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Le Burkina Faso suspendu des instances de la CEDEAO

Un homme montre une affiche d'un homme en uniforme sur laquelle on peut lire : « L'homme fort du Burkina ».

Plusieurs manifestants brandissaient des pancartes du nouveau maître du pays, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sophie Garcia

Agence France-Presse

Le Burkina Faso, théâtre d'un coup d'État militaire lundi, a été suspendu vendredi de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), à l'issue d'un sommet virtuel de l'organisation dont les chefs d'État se retrouveront le 3 février à Accra pour évaluer à nouveau la situation dans ce pays.

La CEDEAO a exigé la libération du président renversé Roch Marc Christian Kaboré, placé en résidence surveillée, ainsi que des autres responsables arrêtés.

Le sommet a en outre décidé de l'envoi samedi à Ouagadougou d'une mission des chefs d'état-major des armées de la CEDEAO, qui sera suivie lundi d'une mission ministérielle.

Le sommet du 3 février à Accra, en présence des dirigeants de la région, étudiera le compte rendu de ces missions pour décider d'imposer ou non d'autres sanctions, comme il l'a fait pour le Mali et la Guinée où des militaires ont également pris le pouvoir.

Ce sommet évoquera aussi la situation au Mali et en Guinée, a précisé le président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, dans un entretien à l'AFP.

« Chaque fois que vous avez un coup d'État, c'est un recul démocratique pour le pays et la région et la réponse de la CEDEAO a toujours été très ferme et très cohérente, c'est la tolérance zéro. »

— Une citation de  Jean-Claude Kassi Brou, président de la Commission de la CEDEAO

C'est aussi une exigence internationale, a ajouté M. Brou, estimant que la période des coups d'État des années 70, c'est révolu. Selon les principes de la CEDEAO, l'armée se doit d'être républicaine et apolitique.

Il a rappelé que son organisation était toujours disposée à accompagner les pays où des putschistes ont pris le pouvoir à aller dans un processus de retour à l'ordre constitutionnel.

La junte joue l'apaisement

Jeudi soir, dans sa première allocution depuis sa prise de pouvoir lundi, le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, avait déclaré à la télévision nationale que son pays avait plus que jamais besoin de ses partenaires.

Disant comprendre les doutes légitimes suscités par le coup d'État, il a assuré que le Burkina Faso continuera à respecter les engagements internationaux, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l'homme, et précisé que l'indépendance de la justice serait aussi assurée.

Le lieutenant-colonel Damiba s'est en outre engagé au retour à une vie constitutionnelle normale, lorsque les conditions seront réunies, sans préciser de calendrier.

La population reprochait notamment au président renversé, Roch Marc Christian Kaboré, de ne pas avoir réussi à endiguer la dégradation sécuritaire depuis 2015, notamment dans le nord et l'est du pays.

Spirale de violence

Des soldats du Burkina Faso en patrouille dans la brousse.

Les forces armées du Burkina Faso sont en lutte constante avec des groupes djihadistes qui perturbent la région.

Photo : Reuters / Luc Gnago

Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, qui ont fait plus de 2000 morts et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

Dans son allocution télévisée, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a assuré vouloir associer toutes les forces vives de la Nation à une feuille de route en vue de redresser le Burkina Faso.

Plusieurs organisations semblent enclines à travailler avec lui.

« Nous avons intérêt à ce que cette armée réussisse à stabiliser le pays. »

— Une citation de  Déclaration de l'association Sauvons le Burkina Faso

Plusieurs partis d'opposition à M. Kaboré, dont le plus important, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) proche de Blaise Compaoré – ex-président chassé par la rue en 2014 après 27 ans de pouvoir –, ont également marqué leur disponibilité à apprécier la vision qui leur sera soumise par la junte.

Roland Bayala, porte-parole de la Coalition des Patriotes africains du Burkina Faso (COPA/BF), qui avait appelé à manifester contre le passage d'un convoi militaire français dans le pays en novembre, a demandé à la CEDEAO de faire attention à ses sanctions contre le peuple burkinabé, qui ne va pas se laisser faire.

Interrogé sur le grand marché du centre de Ouagadougou, Ousmane Zoungrana, quincaillier, est d'accord : On ne veut plus de la CEDEAO. Ils n'ont même pas envoyé de soldats pour aider le Burkina contre les djihadistes.

La question de l'avenir de M. Kaboré devrait également se poser prochainement.

En résidence surveillée, il est en bonne santé, selon plusieurs sources, et a un médecin à sa disposition. Jeudi soir, le chef de la junte n'a pas prononcé son nom.

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