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Crise ukrainienne : après l’escalade verbale, le discours est à l’apaisement

Monsieur Zelensky parle aux médias. Derrière lui se trouvent des drapeaux ukrainiens.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, en conférence de presse à Kiev le 28 janvier.

Photo : Associated Press / Ukrainian Presidential Press Office

Agence France-Presse

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé vendredi les Occidentaux à ne pas semer la « panique » autour des tensions avec la Russie, un ton apaisant au moment où les efforts diplomatiques se multipliaient.

Alors que le président russe Vladimir Poutine et son homologue français Emmanuel Macron convenaient de la nécessité d'une désescalade, les chefs militaires américains ont souligné qu'un conflit en Ukraine, qui aurait des conséquences épouvantables pour la population ukrainienne, n'est pas inéluctable.

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a dit estimer qu'avec plus de 100 000 soldats russes déployés aux frontières ukrainiennes, la Russie avait désormais amassé des forces suffisantes pour une invasion, mais il a souligné qu'un conflit entre l'Ukraine et la Russie n'est pas inéluctable.

Il reste du temps et du champ pour la diplomatie, a-t-il ajouté au cours d'une rare conférence de presse.

Cependant, le président Joe Biden a maintenu vendredi la pression sur Moscou en annonçant l'envoi prochain d'un nombre limité de soldats en Europe de l'Est.

Le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a prévenu qu'une invasion, qui pourrait être favorisée par des sols gelés, aurait des conséquences épouvantables.

Vu le type de forces qui sont déployées, les forces terrestres, l'artillerie, les missiles balistiques, l'armée de l'air [...], vous pouvez imaginer à quoi cela pourrait ressembler dans les zones urbaines denses, a-t-il averti, prévoyant un nombre élevé de victimes en cas d'offensive.

La probabilité de l'attaque existe, elle n'a pas disparu et elle n'a pas été moins grave en 2021, mais nous ne voyons pas d'escalade supérieure à celle qui existait l'année dernière, a de son côté déclaré M. Zelensky, au cours d'une conférence de presse à Kiev.

Nous n'avons pas besoin de cette panique, a-t-il souligné tout en appelant la Russie à faire des pas pour prouver qu'elle ne va pas passer à l'attaque.

Risque de déstabilisation interne

Le plus grand risque pour l'Ukraine actuellement, c'est la déstabilisation de la situation à l'intérieur du pays, a-t-il dit estimer.

La Russie dément tout projet d'invasion, mais s'estime menacée par l'expansion de l'OTAN depuis 20 ans et par le soutien occidental à l'Ukraine.

Elle a donc lié la désescalade à la fin de la politique d'élargissement de l'Alliance atlantique, notamment à l'Ukraine, et au retour des déploiements militaires occidentaux aux frontières de 1997.

Les États-Unis et l'OTAN ont formellement rejeté ces demandes mercredi.

Les réponses des États-Unis et de l'OTAN n'ont pas tenu compte des inquiétudes fondamentales de la Russie, a relevé le Kremlin dans un communiqué consacré à l'entretien entre MM. Poutine et Macron.

On a fait abstraction de la question clé, à savoir comment les États-Unis et leurs alliés comptent [...] mettre en œuvre le principe selon lequel personne ne doit renforcer sa sécurité au détriment d'autres pays, a fait valoir le chef de l'État russe, selon la même source.

Selon l'Élysée, les deux dirigeants ont toutefois convenu de la nécessité d'une désescalade et d'une poursuite du dialogue dans la crise ukrainienne.

Aucune intention offensive

Le président Poutine n'a exprimé aucune intention offensive, a noté la présidence française. Les Européens et les Américains ont promis des sanctions féroces et sans précédent en cas d'attaque contre l'Ukraine.

Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine virtuellement.

Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine lors d'une vidéoconférence.

Photo : Getty Images / MICHEL EULER

Ont été évoqués le gazoduc stratégique Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne ou encore l'accès des Russes aux transactions en dollars, la monnaie reine dans les échanges internationaux.

Washington et l'Union européenne ont affirmé vendredi dans une déclaration commune qu'ils travaillaient à la fourniture de volumes supplémentaires de gaz naturel destinés à l'Europe afin de faire face à un éventuel contrecoup d'une nouvelle invasion russe de l'Ukraine.

Les États-Unis ont par ailleurs saisi le Conseil de sécurité de l'ONU jeudi, réclamant une réunion lundi en raison de la menace évidente que fait peser à leurs yeux la Russie sur la paix et la sécurité internationales.

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a assuré que la Russie ne voulait pas de guerre et préférait la voie de la diplomatie.

Sous couvert de l'anonymat, un haut responsable américain a salué ces déclarations. Mais il faut que ce soit appuyé par des actes, a-t-il souligné, insistant sur le retrait des troupes russes de la frontière ukrainienne.

Les pays européens et les États-Unis doivent faire très attention à ne pas faire de concessions à la Russie ou offrir aux Russes quelque chose qu'ils n'avaient pas avant, a dit estimer vendredi la première ministre estonienne Kaja Kallas dans un entretien avec l'AFP. La seule qui peut procéder à une désescalade est la Russie.

Moscou avait prévenu qu'un rejet de ses demandes allait se traduire par des représailles d'ampleur, sans plus de précisions.

Moscou interdit l’entrée à des responsables européens

Dans la soirée, la diplomatie russe a annoncé qu'elle interdit d'entrée en Russie des représentants des forces de l'ordre ainsi que des organes législatifs et exécutifs de certains pays de l'UE qui sont personnellement responsables de la propagation de la politique antirusse.

Des députés russes en vue ont quant à eux proposé que la Russie reconnaisse l'indépendance des territoires séparatistes prorusses en Ukraine et qu'elle les arme.

Le Kremlin est déjà considéré comme l'instigateur de ce conflit dans l'est du territoire ukrainien, déclenché en 2014 peu après l'annexion russe de la Crimée ukrainienne et dans la foulée d'une révolution pro-occidentale à Kiev.

Londres veut s’attaquer à l’argent russe

Le premier ministre britannique Boris Johnson veut éviter une effusion de sang en Ukraine et doit appeler cette semaine Vladimir Poutine pour l'exhorter de nouveau à reculer et à s'engager diplomatiquement, a déclaré vendredi soir une porte-parole de Downing Street.

Boris Johnson.

Boris Johnson à la Chambre des communes, à Londres, le mercredi 12 janvier 2022.

Photo : AP

Le premier ministre est déterminé à accélérer les efforts diplomatiques et à renforcer la dissuasion pour éviter une effusion de sang en Europe, a dit cette porte-parole dans un communiqué.

La diplomatie britannique doit annoncer lundi au Parlement un durcissement de son régime de sanctions pour permettre au Royaume-Uni, accusé de fermer les yeux sur l'afflux de fonds russes sur son sol, de cibler des intérêts stratégiques et financiers de Moscou.

Le député conservateur Tom Tugendhat, président de la Commission des Affaires étrangères au Parlement, a souligné que la menace russe provient non seulement des chars mais aussi de l'argent liquide.

Pendant que Moscou montre ses muscles en Ukraine, l'argent russe empoisonne toujours nos rivages, a-t-il écrit dans un journal local, compte tenu du fait que les fonds placés dans des comptes et des propriétés à Londres sont utilisés pour miner la sécurité du Royaume-Uni.

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