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Cinquième vague : 2000 travailleurs de la santé infectés à l’hôpital au Québec

Des chiffres inédits obtenus par Radio-Canada révèlent l'ampleur des éclosions dans les centres hospitaliers de la province.

Une infirmière prépare un soluté à l'hôpital Humber River de Toronto.

Les éclosions nosocomiales signifient que des patients et du personnel de la santé s'infectent à l'intérieur même de l'établissement.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Le gouvernement du Québec recense 1982 employés du réseau de la santé ayant attrapé la COVID-19 sur leur lieu de travail, à l'hôpital, dans des éclosions actives durant la présente vague de la pandémie. Cette information, jamais rendue publique, provient du fichier central des éclosions du ministère de la Santé, que Radio-Canada a obtenu, dans lequel tous les établissements entrent leurs données quotidiennes.

Contrairement aux éclosions dans les CHSLD et les RPA, mises à jour et publiées quotidiennement par Québec, les éclosions en milieu hospitalier sont un mystère pour le grand public. Pourtant, le gouvernement reçoit ces informations tous les jours en provenance des CISSS et des CIUSSS.

Nous avons ainsi découvert dans cette base de données du ministère, et avec l'appui de quelques sources locales, qu'au moins 360 éclosions de COVID-19 sont actives dans les hôpitaux du Québec.

À titre de comparaison, c'est plus que toutes les éclosions survenues dans des centres hospitaliers de la province entre août 2020 et février 2021.

Ces éclosions signifient que des patients et du personnel de la santé s'infectent à l'intérieur même de l'établissement. On appelle ça des infections nosocomiales.

Ces données concernent les travailleurs infectés dans les installations, mais pas ceux infectés par transmission communautaire.

Par ailleurs, ces chiffres doivent être distingués de ceux sur les hospitalisations COVID, publiés chaque jour, et qui incluent uniquement les patients déclarés positifs à leur entrée à l'hôpital.

Dans le cas des infections nosocomiales, les patients étaient négatifs lors de leur admission et sont devenus positifs au cours de leur hospitalisation.

131 patients morts dans les éclosions à l'hôpital

Les données du ministère révèlent que les éclosions survenues durant la cinquième vague en centre hospitalier ont coûté la vie à 131 patients. Leur décès est attribué directement à la COVID-19 ou cette dernière a été un facteur contributif à leur mort.

À l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, on déplore 17 victimes des éclosions. À l'Hôpital de Saint-Jérôme, on en dénombre 16.

Nous avons demandé au ministère de la Santé pourquoi il ne rend pas publiques les données sur les éclosions dans les centres hospitaliers, comme celles pour les CHSLD et les RPA. Il n'a pas été possible d'obtenir de réponse avant publication.

Des informations capitales pour les travailleurs de la santé en isolement

Actuellement, 12 000 travailleurs de la santé sont absents à cause de la COVID-19. Pour plusieurs d'entre eux, savoir qu'ils ont été infectés au travail plutôt que dans la communauté change complètement la donne.

En effet, c'est une nouveauté de la cinquième vague, avec l'ampleur de la contamination communautaire, certains CISSS et CIUSSS ont refusé de faire suivre à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) les cas de travailleurs de la santé absents à cause de la COVID-19.

Concrètement, dans le cas où ces travailleurs sont infectés sur leur lieu de travail, leur salaire est pris en charge par la CNESST durant leur absence, mais dans le cas où l'infection se fait dans la communauté, ils doivent piger dans la banque de jours de congé de maladie, s'il en reste.

Toute la difficulté réside dans la démonstration que la maladie a été contractée au travail. C'est le problème auquel fait face Stéphane, un travailleur de la santé à temps partiel dans un CISSS de la région de Montréal.

Il n'a plus de congés de maladie dans sa banque et vient d'attraper la COVID-19, sans la preuve formelle que l'infection vient du travail.

« Je me retrouve avec 0 $ de salaire » pour le temps de l'isolement, dit-il. « Déjà qu'on est épuisés, on doit passer dans des dédales administratifs », déplore-t-il.

Ce sont les bureaux de santé qui mènent les enquêtes pour déterminer si la contamination s'est faite au travail. La CNESST prend sa décision selon l'information reçue de l'employeur et de l'employé.

Les travailleurs non adéquatement vaccinés plus infectés

Les données du ministère révèlent que 16 % des travailleurs infectés dans les éclosions actives à l'hôpital sont des employés non vaccinés ou ayant reçu uniquement une dose de vaccin, alors que ces personnes représentent 2 % des effectifs.

Le 24 décembre, la CNESST a étendu l'usage des masques N95 aux travailleurs de la santé. Mais sur le terrain, leur déploiement n'a pas toujours satisfait la Commission.

Le 23 janvier, elle a rappelé à l'ordre le CISSS de Laval pour que soient équipés tous les travailleurs se trouvant dans la même aire (ex. chambre, salle, etc.) qu'un usager suspecté, à risque modéré, à risque élevé ou confirmé pour la COVID-19.

À Laval, 169 des 209 travailleurs de la santé du territoire infectés dans une éclosion l'ont été à l'hôpital de la Cité-de-la-santé.

À la mi-janvier, lorsque les hospitalisations atteignaient un sommet depuis le début de la pandémie, le ministère de la Santé est passé près d'imposer un plan de gestion de crise qui prévoyait, entre autres, d'accepter un plus grand risque d'éclosions en diminuant les mesures de prévention et de contrôle des infections.

Toutefois, une grande partie du guide n'a pas été mise œuvre parce que le nombre d'hospitalisations a stagné par la suite.

Selon nos sources, le gouvernement annoncera jeudi une baisse de 117 hospitalisations, le premier vrai fléchissement depuis la mi-décembre.

Avec la collaboration de Daniel Boily

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