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L’accès aux ressources multilingues sur la COVID-19 est inégal au Manitoba

Mme Desjardins souriante devant un bâtiment en pierre.

Renée Desjardins est professeure agrégée à l’École de traduction de l'Université de Saint-Boniface.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

L’accès aux ressources en ligne du Manitoba portant sur la COVID-19 est inégal si on les consulte dans d’autres langues que l’anglais, notamment en français, selon une étude d’une chercheuse de l’Université de Saint-Boniface (USB).

La recherche de la professeure agrégée à l’École de traduction de l’USB Renée Desjardins sera prochainement publiée sous la forme d’un chapitre évalué par les pairs dans un ouvrage collectif.

Renée Desjardins, spécialiste de la communication multilingue en contexte numérique, indique qu’elle a été interpellée par certains reportages portant sur l’éclosion à l’abattoir de l’entreprise Cargill de High River, en Alberta.

Près de 1000 personnes y ont été infectées, et 3 sont mortes. Un nombre important d’employés ne parlaient pas anglais, rappelle Renée Desjardins.

On rapportait que certains employés n’avaient pas un accès aisé à certaines consignes ou certaines politiques, car elles étaient seulement diffusées en anglais, explique la professeure. Je me demandais si, au Manitoba, la situation était semblable ou différente.

Un bâtiment avec une coupole dans la neige.

L'Université de Saint-Boniface est située dans le quartier du même nom, à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Renée Desjardins a donc examiné le site web de la province ainsi que la présence du gouvernement du Manitoba sur les réseaux sociaux, à partir du printemps 2020.

Effectivement, on mettait en priorité une diffusion en anglais, parfois en français, mais de manière asymétrique et évidemment, toutes les autres langues étaient très peu représentées, conclut la chercheuse.

Présupposer que toute la population parle anglais

Comme la pandémie de COVID-19 est une situation de crise, explique Renée Desjardins, il est compréhensible qu’il y ait un certain écart temporel dans la traduction d’informations.

Ce que j’ai constaté en analysant le site du gouvernement du Manitoba, c’est que non seulement il y avait un écart temporel, mais il y avait un écart dans les contenus , poursuit-elle.

La présentation visuelle et la présentation des contenus sur le site en anglais était beaucoup plus intuitive, plus aisée que la version française. Parfois, en français, on reprenait la forme, mais certains documents étaient absents ou n’étaient pas traduits.

Elle note qu’il fallait souvent plus de clics pour accéder au contenu en français.

« Si l'on parle une autre langue, pour accéder à ces contenus-là, il faut nécessairement passer par la version anglaise. »

— Une citation de  Renée Desjardins, professeure agrégée à l’école de traduction de l’USB

Un citoyen, par exemple qui parle le français et l’arabe, ne pourrait pas accéder à des contenus en arabe via le site en français. Il faudrait nécessairement passer par la version anglaise, ce qui présuppose que tous les citoyens parlent anglais, poursuit la professeure.

En tant que citoyenne, Renée Desjardins affirme qu’elle est déçue par cette asymétrie qui favorise l’anglais au détriment du français.

La traduction n’est pas au cœur de la stratégie de la province

La professeure souligne qu’une lentille de bilinguisme officiel n’est pas suffisante pour examiner la stratégie linguistique du gouvernement du Manitoba, notamment à la lumière d’affaires comme l’éclosion à l’abattoir de Cargill à High River.

Selon le recensement de 2016, la langue la plus parlée à la maison de 144 800 Manitobains n’est ni le français ni l’anglais, souligne Renée Desjardins. Il s’agit d’un bon indicateur de la langue dans laquelle ces personnes sont le plus à l’aise pour consulter des documents importants, comme des consignes sanitaires pendant une pandémie.

On a repris des affiches, des capsules vidéo, mais pour ce qui est de toutes les consignes diffusées en temps réel, on donne la priorité à l’anglais et parfois au français, dit la professeure.

Mme Desjardins souriant devant un panneau d'arrêt bilingue.

La professeure souligne qu’une lentille de bilinguisme officiel n’est pas suffisante pour examiner la stratégie linguistique du gouvernement du Manitoba pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

L’un des contenus en d’autres langues que l’anglais ou le français produits par la province est une série de capsules vidéo sur les mesures de base pour contrer la transmission de la COVID-19. Elles sont offertes en 11 langues, dont le cri, l’arabe et le mandarin.

Si ces capsules sont un pas vers la communication multilingue, indique Renée Desjardins, l’approche visuelle est toujours la même, et elles ne tiennent pas compte de l’intersection de la langue et de la culture.

Renée Desjardins croit que la province aurait dû mettre la traduction au cœur de sa stratégie pour contrer la propagation du coronavirus. La langue et l’accès aux renseignements dans sa langue de prédilection sont des déterminants sociaux de la santé, explique-t-elle.

L’étude de la professeure sera publiée dans les prochaines semaines sous forme de chapitre dans le livre Translation and Social Media Communication in the Age of the Pandemic, aux éditions Routledge.

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