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Analyse

Taux directeur et inflation : la très grande patience de la Banque du Canada

Tiff Macklem lors d'une présentation.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a expliqué pourquoi il devient nécessaire de mettre fin à cette période de taux au plancher.

Photo : Reuters / Blair Gable

Depuis plusieurs semaines, tout pointe vers une hausse du taux directeur. Tout le monde en parle, la Banque du Canada multiplie les signaux en ce sens. Tout est en place pour une augmentation : inflation record en 30 ans, plein emploi, forte croissance économique. Et pourtant, la banque centrale a encore choisi d’attendre.

En point de presse mercredi matin, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a expliqué combien il était important d’envoyer des signaux clairs aux Canadiens en ce qui a trait aux hausses de taux, qui vont s’amorcer et qui vont se multiplier. Il a expliqué, en long et en large, pourquoi il devient nécessaire de mettre fin à cette période de taux au plancher.

Trois choses importantes sont à retenir :

  1. Inflation : la forte demande pour les biens, les pressions salariales qui s’accentuent et la croissance plus importante des prix du pétrole contribuent à la hausse de l’inflation. Pour la première moitié de l’année, la banque centrale s’attend maintenant à un taux d’inflation d’environ 5 %. Il devrait passer à 3 % en décembre. Pour l’ensemble de 2022, la projection de la Banque du Canada passe de 3,4 % (projection d’octobre) à 4,2 % (aujourd’hui). La banque s’attend par ailleurs à ce que les problèmes dans l’offre se résorbent d’ici la fin de 2022;
  2. Emploi : il s’est ajouté 800 000 emplois au pays depuis mai 2021. Le Canada compte aujourd’hui 248 000 emplois à temps plein de plus qu’en février 2020, juste avant le début de la pandémie. Le taux de chômage est à 5,9 % dans l’ensemble du pays; il était à 5,7 % en février 2020. Il est à 4,6 % actuellement au Québec;
  3. PIB : la Banque prévoit une croissance économique de 4 % au Canada en 2022, et de 3,6 % dans le monde. C’est une révision à la baisse, mais c’est un niveau qui demeure élevé. Surtout, la banque centrale évalue que le dommage économique du variant Omicron est limité. Les mesures sanitaires et l’absence de nombreux travailleurs provoquées par le variant Omicron freinent l’activité économique au premier trimestre de 2022, écrit la Banque du Canada dans sa politique monétaire. Mais les conséquences sur l’économie devraient être moins graves que lors des vagues précédentes.

Pour toutes ces raisons, la Banque du Canada annonce la fin de son engagement exceptionnel à maintenir le taux directeur à sa valeur plancher et dit s’attendre à ce qu’il soit nécessaire d’augmenter les taux d’intérêt. Mais pas aujourd’hui!

C’est le jour de la marmotte, une semaine à l'avance, affirme l’économiste Warren Lovely, de la Banque Nationale, dans une note économique envoyée mercredi après-midi. Le gouverneur a vu son ombre et a reporté la hausse de taux de six semaines.

Le 2 mars prochain, lors de la prochaine réunion de la banque centrale, il sera plus que temps d’augmenter les taux, selon la Banque Nationale, qui s’attend à ce que le taux passe de 0,25 % à 1,75 % d’ici la fin de l’année. Certains économistes s’attendent à une hausse encore plus importante, jusqu’à 2 %.

La fête est terminée!

Entre-temps, le free-money party arrive à sa fin, écrit la Banque Nationale dans une autre note de recherche publiée mardi. Le resserrement monétaire ne concerne pas que les taux d’intérêt, mais va aussi s'incarner par la revente d'obligations gouvernementales détenues par la Banque du Canada.

Il n'y a pas de recettes toutes prêtes pour procéder à cette vente d'actifs dans les prochains mois et prochaines années. Près de 90 % des 500 milliards de dollars d'actifs que possède la banque sont des obligations du gouvernement fédéral. La possession des obligations de l’État canadien par la banque centrale est passée de moins de 15 % avant le début de la pandémie à plus de 40 % aujourd'hui.

La banque centrale a mis fin à son programme d'achat net d'obligations gouvernementales en octobre 2021. Elle réinvestit en ce moment dans le marché et choisit de maintenir stable son portefeuille d’obligations.

La Banque, écrit-elle dans son communiqué, gardera son portefeuille d’obligations du gouvernement du Canada assez stable au moins jusqu’à ce qu’elle commence à relever le taux directeur. À ce moment-là, le Conseil de direction évaluera la possibilité de clore la phase de réinvestissement et de réduire la taille du bilan de la Banque en ne remplaçant pas les obligations du gouvernement du Canada qui arrivent à échéance.

Selon la Banque Nationale, la Banque du Canada doit mener une opération de normalisation de ses actifs en communiquant une cible mensuelle de revente d'actifs à partir du 2e trimestre de 2022. C’est ce à quoi on pourrait assister en mars prochain, lorsque la Banque fera de nouveau le point sur sa politique monétaire.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale a annoncé qu'elle maintient également son taux directeur inchangé et qu'elle cessera d’injecter des liquidités dans les marchés début mars. Elle pourrait dès lors augmenter son taux directeur.

Instabilité et volatilité en bourse

La clôture de l’intervention massive des banques centrales sonne la fin de la récréation sur les marchés financiers. Les bourses ont carburé aux milliers de milliards de dollars injectés dans l’économie depuis deux ans, alimentant surtout les actifs jugés plus risqués et innovants, surtout dans les technologies. Cette rupture explique la chute des indices boursiers depuis le début de l’année, en particulier le NASDAQ, en correction.

Plusieurs raisons expliquent la chute boursière : le resserrement monétaire des banques centrales qui s’amorce, le variant Omicron qui amplifie les déséquilibres entre l’offre et la demande dans l’économie, les attentes des consommateurs et des entreprises face à un niveau élevé d’inflation et les risques géopolitiques. Ces perturbations, même en période de forte croissance de l’économie, pèsent sur les marchés boursiers.

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