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La Fed se prépare à relever ses taux dès mars

Jerome Powell, les index joints devant sa bouche, l'air pensif.

La Fed, dirigée par Jerome Powell, laisse entrevoir une hausse des taux à la mi-mars.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Agence France-Presse

La Réserve centrale américaine (Fed) a signalé son intention de relever dès mars ses taux directeurs, prenant acte des améliorations sur le front de l'emploi et d'une inflation élevée qui pourrait persister.

Le comité de politique monétaire de la Fed est d'avis d'augmenter les taux des fonds fédéraux lors de la réunion de mars, en supposant que les conditions soient appropriées pour le faire, a déclaré le président de l'institution, Jerome Powell, lors d'une conférence de presse, sans précision sur l'ampleur de cette hausse envisagée.

Ce commentaire inhabituellement précis est venu compléter le communiqué publié plus tôt, à l'issue de la réunion régulière de l'institution.

La Fed avait indiqué qu'elle relèverait ses taux bientôt, tout en ajoutant qu'elle mettrait fin à ses achats d'actifs – condition sine qua non pour relever les taux – début mars, soit juste avant sa prochaine réunion.

Et l'institution est, a précisé M. Powell, prête à réduire plus tôt et peut-être plus vite qu'après la crise de 2008, son bilan gonflé par deux années d'achats d'actifs. Autrement dit, les laisser atteindre leur maturité sans les renouveler.

Les taux directeurs avaient été abaissés dans une fourchette de 0 à 0,25 % en mars 2020 quand la pandémie de la COVID-19 s'est propagée aux États-Unis, plongeant l'économie dans le marasme. L'objectif était de soutenir la consommation.

Mais désormais, la priorité est de ralentir l'inflation. En remontant les taux, la Fed veut modérer la demande.

Si Jerome Powell mise sur un ralentissement de l'inflation en 2022, cela devrait cependant prendre du temps. Il a également mis en garde contre le risque que l'inflation élevée se prolonge. Il y a un risque qu'elle accélère encore plus, a-t-il même estimé.

Impact sur les bourses

Car les difficultés mondiales d'approvisionnement qui provoquent retards et pénuries et font grimper les prix ne seront pas résolues d'ici à la fin de l'année, a-t-il jugé, même si des progrès devraient être réalisés au cours du second semestre.

La perspective d'une hausse des taux avait fait dévisser les marchés européens lundi et Wall Street avait plongé au plus bas depuis des mois.

Mercredi, le Nasdaq a d'abord grimpé de plus de 3 % avant une réaction plus modérée, et Wall Street a finalement terminé la séance en ordre dispersé.

Jerome Powell l'air sérieux.

Le patron de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell.

Photo : Associated Press / Graeme Jennings

L'annonce n'avait pourtant rien d'une surprise. La Fed avait damé le terrain lors de sa précédente réunion, mi-décembre, en annonçant qu'elle mettrait fin plus tôt que prévu à ses achats d'actifs.

Elle avait aussi, pour la première fois, cessé de qualifier de temporaire cette inflation.

Les prix ont grimpé de 7 % en 2021, leur rythme le plus rapide depuis 1982, selon l'indice CPI. La Fed privilégie un autre indicateur de l'inflation, l'indice PCE, dont les données pour 2021 seront publiées vendredi.

La Fed s'était jusqu'à présent montrée prudente sur les hausses, craignant que cela ne ralentisse trop brutalement la reprise économique et, par ricochet, le marché de l'emploi.

Mais ce dernier est désormais très, très solide et mon sentiment profond est que nous pouvons augmenter les taux sans lui nuire gravement, a déclaré le président de la puissante Réserve fédérale.

Une tâche délicate

Jerome Powell n'a cependant pas mentionné les inégalités persistantes sur ce front, et notamment un taux de chômage toujours bien plus élevé chez les Américains noirs.

La Fed insistait pourtant régulièrement, au début de la reprise économique, sur le marché de l'emploi inclusif que ses responsables souhaitaient atteindre avant d'envisager de relever les taux.

Les gains d'emplois ont été solides ces derniers mois et le taux de chômage a considérablement diminué, a relevé dans son communiqué la Fed, dont l'un des deux mandats est de favoriser le plein emploi.

Le pays a désormais presque renoué avec le plein emploi, le taux de chômage ayant chuté en décembre à 3,9 %, proche de son niveau d'avant la crise (3,5 %), avec une pénurie de main-d’œuvre qui place les salariés en position de force par rapport aux employeurs.

Relever les taux s'avère une tâche délicate puisque le risque est aussi de ralentir la croissance.

En outre, en dehors des États-Unis, une hausse des taux trop rapide pourrait pénaliser les pays émergents et en développement, dont la dette est libellée en dollars, avertit depuis des mois le Fonds monétaire international.

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