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Le transfert de patients des hôpitaux vers des lits d’urgence commence lentement

Ces places supplémentaires permettront d'accueillir des personnes qui sont actuellement à l'hôpital en attente d'une place dans un établissement de soins de longue durée.

Un patient tient la barre métallique de son lit d'hôpital.

La province du Nouveau-Brunswick estime que près du tiers des patients hospitalisés pourraient recevoir des soins adaptés ailleurs qu'à l'hôpital.

Photo : AFP via GETTY / HANNAH MCKAY

Plus de 160 places d'urgence ont été créées dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick, selon le ministère du Développement social. Il reste toutefois beaucoup de travail à faire avant de pouvoir transférer tous ces patients.

Le 13 janvier, à travers le monticule de nouvelles restrictions sanitaires, Blaine Higgs fait part de cette initiative à court terme. L’objectif, avec ces lits, est de transférer des personnes qui ne requièrent plus de soins aigus vers des foyers de soins spéciaux, entre autres, et de relâcher la pression qui pèse sur le système hospitalier.

Mais le travail est encore loin d’être bouclé. Pour le moment, seulement une poignée de patients a été transférée dans l’un des 556 établissements de soins de longue durée de la province.

Selon le porte-parole du ministère du Développement social, si 160 lits ont été identifiés dans la province, le transfert des patients reste un processus complexe.

Des efforts sont faits pour que ce soit le plus rapidement possible, affirme M. Duguay.

« On ne peut pas seulement mettre quelqu'un dans un taxi et le déplacer. [...] Le système de soins de longue durée était déjà étiré avant la crise, on n'a pas de ressources illimitées, mais elles sont consacrées totalement à appuyer ces initiatives [liées à la COVID-19]. »

— Une citation de  Robert Duguay, porte-parole du ministère du Développement social

Le directeur général par intérim de l'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick Michael Keating croit que plusieurs établissements peinent déjà à répondre à la demande et sont à bout de souffle en raison du manque de personnel et d'éclosion de COVID-19.

Michael Keating interviewé.

Michael Keating, directeur général intérimaire de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, estime que le manque de personnel est un obstacle pour l'accueil de patients des hôpitaux.

Photo : Radio-Canada/Zoom

Notre problème c’est de trouver du personnel, indique M. Keating. Plus que ça, il y a aussi des standards qu’on doit rencontrer.

Pour ce qui est de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux, on indique que plusieurs établissements ont des lits disponibles, mais que le niveau de soins n’est peut-être pas celui requis par le ministère.

On accueille des niveaux 1 et 2, donc des personnes autonomes, semi-autonomes ainsi que des personnes de niveau 3 qui font de la démence. Il y a plusieurs opérateurs qui ont l’équipement et le personnel en place et qui sont prêts à donner un coup de main, souligne le directeur Kevin Vienneau.

Le ministère indique que chaque transfert est évalué au cas par cas et que les besoins des individus doivent être évalués avant de procéder à un transfert.

Une solution importante

Malgré la lenteur d’exécution et la complexité de la tâche, des experts consultés ont bon espoir que le déploiement de ce projet pilote permettra de désengorger les hôpitaux.

Claire Johnson en entrevue Zoom.

Selon Claire Johnson, la pandémie a permis de faire émerger des lacunes du système de santé du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Aux yeux de la professeure en gestion des services de santé à l’Université de Moncton, Claire Johnson, cette manœuvre semble être la moins mauvaise décision parmi des options imparfaites. Elle admet que cette démarche peut paraître contre-intuitive à première vue, parce que tout le monde est déjà à bout de souffle.

Mais en période de crise, comme celle que traverse actuellement le Nouveau-Brunswick, la priorité est de protéger le système de santé.

À mon avis, si on le fait de façon sensible et délicate, où on cible justement des établissements de soins de longue durée qui sont relativement stables, qui ne sont pas en plein milieu d’une gestion d’éclosion active, ça pourrait sembler comme une approche relativement raisonnable, nuance-t-elle.

Préserver l’état de santé des patients

Selon Andrew MacLean, ancien directeur du programme de médecine familiale de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, il s’agit d’une alternative intéressante pour les personnes âgées qui séjournent actuellement en milieu hospitalier.

Il convient que, pour la plupart d’entre elles, les soins prodigués sont mieux adaptés à l’extérieur de l’hôpital que dans l’hôpital.

Un avis que partage Claire Johnson, qui rappelle que l’enjeu des soins alternatifs n’est pas nouveau et qu'il existait bien avant la pandémie.

« Des fois, les patients vont rester dans les milieux hospitaliers, alors que la meilleure place pour eux, ça serait plutôt dans les résidences de soins de longue durée. »

— Une citation de  Claire Johnson, professeure à l'Université de Moncton

Quand on sait que les aînés sont plus à risque de la COVID-19, on voit un niveau de motivation super élevé, pour eux, de se faire transférer et de les amener dans un endroit qui sera plus sécuritaire et apte à leurs besoins, détaille-t-elle.

De plus, la qualité des soins a chuté dans les hôpitaux dans le but de soigner un plus grand volume de patients.

Autrement dit, l’éventail de soins offerts rétrécit, constate Claire Johnson. Physio[thérapie], ergo[thérapie], nutrition, tous les autres professionnels alliés prennent un petit peu le bord, parce qu’on est concentrés sur des soins aigus, illustre-t-elle.

Des occasions d’apprentissage à saisir

Si la pandémie nous a permis de mettre une chose en lumière, ce sont bien les lacunes du système de santé, avisent Claire Johnson et Stéphanie Collin, également professeure en gestion des services de santé à l’Université de Moncton.

Cette dernière espère que la mesure déployée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick servira à alimenter la réflexion collective sur l’organisation des soins prodigués dans la province.

« Oui, en temps de crise sanitaire, il faut trouver des stratégies à court terme. Mais il faut que ça fasse partie d’une solution à long terme. »

— Une citation de  Stéphanie Collin, professeure à l'Université de Moncton

Elle pense notamment au plan de réforme en santé, dévoilé par le ministère de la Santé l'automne dernier. L'un des cinq volets du rapport mise d'ailleurs sur une meilleure offre de soins à domicile.

Par ailleurs, le document souligne que près d'un lit d'hôpital sur trois est occupé par des aînés qui pourraient bénéficier d'une meilleure qualité de vie. On estime qu'à l'heure actuelle, 645 patients hospitalisés sont en attente d'une place dans un établissement de soins de longue durée.

Je pense que ça fait longtemps qu'on se dit que les personnes âgées n'ont pas leur place dans les lits d'hôpitaux s'ils ne doivent pas être là, relate Stéphanie Collin. Maintenant, il est question de se dire : comment on peut réfléchir notre plan avec une stratégie comme celle-là? propose-t-elle.

À son avis, le Nouveau-Brunswick en est à un moment charnière qui nécessite, d'abord et avant tout, de redéfinir les rôles de chacun.

Avec les informations de l'émission La matinale d'ICI Acadie

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