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Edem Awumey détricote la colère pour tisser l’espoir

Montage photo d'un portrait d'Edem Awumey et de la couverture de son roman « Noces de coton ».

Le roman Noces de coton d'Edem Awumey.

Photo : Radio-Canada / Photos : Jean-Marc Carisse / Éditions du Boréal

Le Gatinois d’adoption Edem Awumey dévoile son sixième roman, Noces de coton, aux Éditions du Boréal. Dans un huis-clos haletant, l’auteur né au Togo aborde les injustices liées à la filière du coton au fil du temps. De l’esclavage à nos jours, et à travers le monde, il raconte les champs de coton du sud des États-Unis et les exploités des filatures africaines ou asiatiques, esclaves des temps modernes qui profitent au capitalisme américain.

C’est l’histoire d’un paysan ruiné par l’aventure du coton transgénique, qui va essayer de faire une action, un coup d’éclat. Il va prendre en otage, avant un vernissage dans un musée, un journaliste venu couvrir cet événement, détaille Edem Awumey. Tout au long du roman, on va être le témoin de cette colère, de cette fureur.

Au bout du tunnel de la fureur, une lueur d’espoir

Dans un pays africain situé entre le Sahel et l’Atlantique, Toby Kunta, le ravisseur, est un ancien bibliothécaire ayant repris un peu malgré lui la ferme parentale. L’aventure du coton transgénique ne fonctionne pas. C’est une immense désillusion pour lui, explique le romancier.

Face à lui, l’otage est un journaliste berlinois, d’origine africaine, qui court le monde et écrit des articles sur le monde paysan, poursuit Edem Awumey, qui voit dans la rencontre de ces deux personnages, la confrontation de deux solitudes, pas nécessairement de deux visions du monde, mais entre une colère et ce regard plus serein, plus distancié du journaliste.

Mais dans ce face-à-face de deux réalités, de deux sensibilités, il y a de l’espoir, souligne le romancier. La possibilité d’un combat, d’une fraternité qui peut faire en sorte qu’on peut progressivement apporter des réponses à bien des maux qui secouent notre société actuelle.

L’insoutenable dureté du coton

C’est pour tenter d’apporter des réponses à des questions qui souvent [l]’empêchent de dormir, que Edem Awumey a souhaité s’attaquer dans ce roman à la question de l’exploitation, afin de raconter la réalité de ces paysans en Afrique, en Asie ou ailleurs, qui triment et qui malgré tout portent le monde à bout de bras.

Petit-fils de cultivateurs togolais auxquels il dédie ce roman, l’auteur dit aussi avoir voulu explorer le rapport à la ruralité, tout en racontant la réalité de ceux qui ont tenté l’aventure du coton transgénique [et qui] ont été pris dans une sorte d’enfer. Désignée sous le nom générique de la Firme, l’ombre de la multinationale qui exploite froidement les travailleurs agricoles plane au fil des pages.

Un champ de coton.

Edem Awumey explore la question de l'exploitation au sein de la filière du coton, au fil du temps et à travers le monde.

Photo : iStock / Funtay

Edem Awumey tenait enfin à remonter les aiguilles du temps, pour tenter d’offrir un écho perpétuel entre l’action qui se déroule au présent dans ce huis-clos et l’histoire de l’esclavage, qui a marqué l’histoire des États-Unis et de ses champs de coton.

Comment se fait-il que ces injustices, aussi vieilles que le monde, soulève l’auteur, perdurent? S’il estime [qu’]écrire un roman, n’est pas avoir un mandat politique qui peut amener à changer les choses, Edem Awumey veut croire à l’importance de la littérature.

« Il ne s’agit pas tant de chercher à changer les choses dans l’immédiat, mais de poser les bonnes questions, de ne pas fermer les yeux devant ce qui ne tourne pas rond. »

— Une citation de  Edem Awumey

Plusieurs fois primé pour ses romans, Edem Awumey a notamment été finaliste en 2009 de la première sélection du prix Goncourt en France pour Les pieds sales, et finaliste en 2019 au Canada du Prix littéraire du Gouverneur général pour Mina parmi les ombres.

Avec les informations de Marika Bellavance

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