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Le coup d’État au Burkina Faso condamné par la communauté internationale

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Un membre du mouvement de la société civile Sauvons le Burkina Faso célèbre la prise du pouvoir par l'armée, lundi, à Ouagadougou.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sophie Garcia

Agence France-Presse

Le coup d'État militaire qui a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso était largement condamné par la communauté internationale mardi, les États ouest-africains annonçant la tenue d'un sommet extraordinaire « dans les prochains jours ».

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a jugé que les coups d'État militaires étaient inacceptables, réclamant aux militaires en Afrique de l'Ouest de défendre leur pays, pas d'attaquer leurs gouvernements.

La Communauté économique des États ouest-africains (CEDEAO) a elle fermement condamné le coup d'État militaire, estimant que la démission de M. Kaboré avait été obtenue sous la menace, l'intimidation et la pression des militaires après deux jours de mutinerie.

Le président français Emmanuel Macron a lui aussi condamné ce coup d'État militaire.

On m'a dit qu'il n'était pas menacé dans son intégrité physique, a ajouté M. Macron, au sujet de Roch Kaboré, dont on ignorait toujours mardi où il se trouvait.

D'autres chancelleries se sont jointes au concert de condamnations et ont demandé la libération de M. Kaboré, comme le Royaume-Uni ou l'Afrique du Sud, qui ont appelé au dialogue et au retour de la démocratie.

Ottawa condamne le putsch

Dans un communiqué publié mardi, Affaires mondiales Canada a fait savoir qu'il joint sa voix à celle de la CEDEAO, de l’Union africaine et de la communauté internationale pour condamner fermement le coup d’État militaire au Burkina Faso.

Nous appelons les responsables de ces actes à restaurer l’ordre constitutionnel et à procéder à la libération immédiate du président Roch Marc Christian Kaboré et des autres membres du gouvernement démocratiquement élus, ajoute le ministère des Affaires étrangères.

L'organisation régionale G5 Sahel qui lutte contre le terrorisme (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), dont la présidence est actuellement assurée par N'Djamena, a de son côté condamné énergiquement cette tentative d'interruption de l'ordre constitutionnel au Burkina Faso.

Le pouvoir y est depuis lundi après-midi aux mains du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) et son homme fort, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, commandant de la 3e région militaire qui couvre notamment la zone est, une des plus touchées par des attaques djihadistes.

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Des centaines de Burkinabés ont manifesté leur appui à l'armée, mardi, à Ouagadougou. Plusieurs brandissaient des pancartes du nouveau maître du pays, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sophie Garcia

À la tête du Burkina Faso depuis 2015, le président Kaboré, réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte antidjihadiste sa priorité, était de plus en plus contesté par une population excédée par les violences djihadistes et son impuissance à y faire face.

Mardi matin, des centaines de manifestants sont descendus sur la place de la Nation, au cœur de Ouagadougou, pour soutenir les militaires.

Nous avions demandé à plusieurs occasions le départ du président Kaboré, qui n'a pas entendu cet appel. L'armée nous a entendus et compris, se réjouissait Lassane Ouedraogo, un manifestant de 43 ans et militant de la société civile.

Pour nous ce n'est pas un coup d'État. C'est une libération de notre pays qui était dirigé par des incompétents, renchérit Julienne Traoré, une enseignante de 30 ans.

Certains manifestants brandissaient des drapeaux malien et russe, appelant à une coopération avec Moscou, comme le régime militaire de Bamako le fait depuis plusieurs mois.

Un proche de Poutine salue le coup d'État

L'homme d'affaires russe Evguéni Prigojine, réputé proche du président russe Vladimir Poutine et soupçonné d'être lié à l'opaque groupe paramilitaire Wagner, a salué mardi le putsch au Burkina Faso comme le signe d'une nouvelle ère de décolonisation en Afrique.

Alexandre Ivanov, connu pour être l'un des représentants des instructeurs russes en Centrafrique a lui aussi loué sur Twitter les putschistes de Ouagadougou, estimant que la France n'avait obtenu aucun succès dans la lutte antiterroriste dans la région.

En dehors de la manifestation dans le centre de Ouagadougou, la vie semblait avoir repris mardi son cours normal : le grand marché, les commerces ou les stations-service étaient ouverts, sans présence militaire notable, a constaté un journaliste de l'AFP.

La junte a par ailleurs annoncé mardi midi la réouverture des frontières aériennes, fermées depuis minuit. Les frontières terrestres rouvrent uniquement pour les véhicules humanitaires, ceux transportant des denrées de première nécessité ainsi que les équipements destinés aux forces de défense et de sécurité, précise un communiqué lu à la télévision nationale.

Le MPSR a instauré un couvre-feu de 21 h à 5 h, heure locale, dissous l'Assemblée et suspendu la Constitution, mais promis un délai raisonnable pour un calendrier de retour à un ordre constitutionnel accepté de tous.

Ramener la paix au Burkina Faso ne sera pas une mince affaire pour le MPSR, tant le pays s'est enfoncé ces dernières années dans une infernale spirale de violences djihadistes.

La majorité de son territoire, en particulier l'est et le nord, est le théâtre d'attaques quasi quotidiennes des groupes affiliés à Al-Qaïda et au groupe armé État islamique.

L'armée, souvent dépassée et visée, n'arrive pas à endiguer ces violences meurtrières qui ont fait plus de 2000 morts et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

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