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Archives

Il y a 50 ans, l’Irlande du Nord était plongée dans un dimanche sanglant

Le 15 juin 2010, une foule est assemblée derrière une bannière sur laquelle est écrite dimanche sanglant en anglais.

Le 30 janvier 1972 survenait le massacre du dimanche sanglant en Irlande du Nord.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 50 ans, le 30 janvier 1972, l’Irlande du Nord assistait à un événement qui l’a profondément traumatisée. Ce jour-là, des soldats britanniques tirent sur des manifestants et tuent 14 personnes. La responsabilité de ce massacre prendra des années à être reconnue par le gouvernement britannique.

Un dimanche sanglant qui alimente le conflit

Une tragédie va profondément traumatiser l’Irlande du Nord et l’enfoncer davantage dans la violence. Les Irlandais appellent ce jour le « Bloody Sunday » (le dimanche sanglant).

Depuis 1922, l’île de l’Irlande est divisée en deux parties.

Au sud se trouve la République d’Irlande formée d’une écrasante majorité catholique.

Au nord, se trouve la province britannique de l’Ulster.

Elle est peuplée d’une communauté protestante majoritaire qui refuse un rattachement de l’Ulster à la République d’Irlande catholique.

Mais la province est aussi habitée par une communauté catholique minoritaire dont une partie importante rêve de voir la fin de la domination britannique et l’union de l’Ulster à sa voisine du sud.

Depuis 1969, la province est secouée par de violents affrontements intercommunautaires. C'est le temps des Troubles.

L’armée britannique doit installer des cordons de sécurité un peu partout en Irlande du Nord pour séparer les quartiers catholiques des quartiers protestants.

Le 30 janvier 1972, l’Irlande du Nord est une poudrière.

Or, ce dimanche-là, 15 000 catholiques manifestent pacifiquement pour leurs droits civiques dans le quartier de Bogside de la ville de Derry (Londonderry pour les protestants).

La revue de l'année internationale 1972, 29 décembre 1972

Une enquête et des excuses tardives

Comme le rappellent le 29 décembre 1972 les journalistes Bernard Derome et Jean-Paul Nolet, qui sont les narrateurs de La revue de l’année 1972 internationale, la contestation tourne à la violence.

Les soldats britanniques répriment les manifestants. Puis un coup de feu est tiré. Bientôt, les balles sifflent.

Les gens s’enfuient pour se mettre en sécurité. Les images montrent des passants tenant des mouchoirs ensanglantés et transportant des blessés.

Le bilan est de 14 morts (13 le jour même), dont sept adolescents. Il y aura aussi 14 blessés graves dont plusieurs touchés dans le dos.

À l’époque, comme le soulignent Bernard Derome et Jean-Paul Nolet, on ne sait pas qui a tiré en premier.

Qui est responsable de cette tuerie?

Les soldats britanniques ou des manifestants catholiques, comme l’affirme le gouvernement de Londres?

On exige par ailleurs des excuses pour les morts et les blessés.

Ce massacre et le camouflage qui a suivi ont attisé la haine de la communauté catholique envers le gouvernement britannique et les protestants nord-irlandais.

Une enquête et des excuses tardives

« Au nom de mon pays, je suis profondément désolé. »

— Une citation de  David Cameron, premier ministre britannique, 2010

Durant des années, la communauté catholique nord-irlandaise a vainement attendu une enquête en bonne et due forme de la part des autorités britanniques.

En 1972, une enquête conclut que les soldats britanniques avaient tiré pour se protéger. On soutient que plusieurs des victimes étaient armées.

Les catholiques nord-irlandais dénoncent les conclusions de l’enquête et affirment qu’elles ne sont qu’une tentative de dissimulation de la vérité.

En 1998, le premier ministre Tony Blair ordonne la tenue d’une nouvelle enquête.

Nouvelles, 15 juin 2010

Le 15 juin 2010, comme le raconte un compte rendu du journaliste Luc Lapierre, le nouveau premier ministre britannique, David Cameron, présente à la Chambre des communes les conclusions de l’enquête menée par lord Saville.

Les soldats britanniques avaient tiré sans sommation ni avertissements sur des civils désarmés qui cherchaient à prendre soin des blessés.

Dans ce contexte, le premier ministre britannique ne met pas de gants blancs.

La responsabilité du massacre incombe à l’armée britannique.

C’était un acte injustifié pour lequel il s’excuse au nom du Royaume-Uni.

À Derry, une foule, composée de catholiques, applaudit avec enthousiasme la déclaration du premier ministre britannique.

Plusieurs proches des victimes affirment qu’enfin la justice a été rendue.

Les conclusions du rapport Saville ouvrent la porte à des poursuites contre les soldats britanniques.

Plusieurs craignent cependant qu’une action de ce genre ne fragilise le processus de paix mis en branle par l'accord du Vendredi saint de 1998.

La reine en Irlande du Nord

Deux ans plus tard, c'est la souveraine britannique elle-même qui vient donner un coup de pouce à la guérison de la société nord-irlandaise et contribuer à effacer le souvenir du dimanche sanglant.

Téléjournal, 27 juin 2012

Comme le rapporte le correspondant Ricky Landry dans un compte rendu présenté au Téléjournal le 27 juin 2012, Élisabeth II est la première souveraine britannique à visiter l'Irlande du Nord.

Elle y donne même une poignée de main historique à Martin McGuinness.

Ce dernier a été un commandant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) qui, pendant des années, a cherché à expulser par des moyens militaires les Britanniques d'Irlande du Nord.

Martin McGuinness, devenu le vice-premier ministre du gouvernement provincial nord-irlandais, a loué les efforts de réconciliation de la souveraine britannique; elle a reconnu pendant ce voyage les souffrances endurées par les républicains irlandais.

Il a aussi rappelé qu'un an auparavant, Élisabeth II s'était rendue en République d'Irlande, où elle avait reconnu les souffrances infligées par les Britanniques aux Irlandais.

La majorité de la population semble approuver ces gestes de réconciliation qui favorisent la pacification de l'Irlande du Nord.

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