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Le Québec manque la cible en matière de réduction des déchets

Un tracteur au centre d'une montagne de déchets.

Au Québec, 96 % des matières résiduelles à éliminer vont directement dans un site d'enfouissement.

Photo : Radio-Canada

Le Québec est en train de rater ses cibles de réduction des déchets et, s'il veut redresser la barre, il doit changer radicalement d'approche en cessant de miser en premier lieu sur le recyclage, estime le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

C'est la conclusion d'un rapport sur la gestion des matières résiduelles publié mardi par l'organisme, après presque un an de travaux et de consultations.

Au Québec, 96 % des matières résiduelles à éliminer vont directement dans un site d'enfouissement, et seulement 4 % sont incinérées. Au rythme actuel, 9 des 38 sites d'enfouissement techniques de la province auront atteint leur pleine capacité d'ici 2030, et 13 autres l'atteindront au cours de la décennie 2030.

Il apparaît donc évident que de nouveaux lieux d’élimination ou des agrandissements de lieux existants devront être autorisés au Québec au cours des 20 prochaines années, peut-on lire dans le rapport. C'est que les Québécois peinent à réduire la quantité de déchets qu'ils produisent annuellement.

L'objectif de réduction du plan d’action 2011-2015 de la politique québécoise de gestion des matières résiduelles a bel et bien été atteint, avec un taux de déchets éliminés par habitant en deçà des 700 kg visés. Or, depuis 2015, il y a vraiment une nette augmentation, nous sommes maintenant à 724 kg, a déploré Joseph Zayed, président de la commission d'enquête.

Il est improbable que l’objectif de 525 kg par habitant soit atteint en 2023, et ce, en dépit des mesures importantes de rattrapage amorcées par le gouvernement du Québec, a déploré M. Zayed, faisant référence à la modernisation de la collecte sélective, l’élargissement de la consigne et la stratégie de valorisation de matière organique lancée par le gouvernement.

Le BAPE estime par ailleurs qu'au rythme actuel, Québec n'arrivera pas à réduire de 50 % d’ici 2025 les 17 000 tonnes de déchets qui sont quotidiennement enfouis dans la province, comme annoncé par le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, en janvier 2021. C'est un objectif ambitieux qui ne pourra pas être atteint, estime M. Zayed.

Qu'est-ce que la hiérarchie des 3RV-E?

Ce principe, au cœur du rapport du BAPE, fait référence aux traitements à privilégier pour se débarrasser des matières résiduelles :

  • La réduction à la source, préférablement;
  • Le réemploi;
  • Le recyclage;
  • La valorisation;
  • L'élimination, en dernier recours.

Revenir à la base

Pour le BAPE, la solution passe par un retour à la base : le ministère de l'Environnement devrait resserrer sa stratégie pour miser sur la réduction de la consommation et le réemploi, plutôt que de concentrer la majorité de ses efforts sur le recyclage.

« La commission reconnaît que beaucoup d'efforts ont ciblé le recyclage de matières résiduelles. A contrario, la réduction à la source et le réemploi ont été laissés pour compte. »

— Une citation de  Joseph Zayed, président de la commission d'enquête du BAPE

La gestion des matières résiduelles ne se résoudra pas à coup de technologie. La technologie, pour la majorité des cas, arrive à la fin de la hiérarchie des 3RV-E. [...] Il faut vraiment cibler les premiers "R", qui sont la réduction à la source et le réemploi, a expliqué M. Zayed.

Le problème de gestion des matières résiduelles n'est pas qu'un problème d'enfouissement. C'est un problème d'enfouissement parce que les efforts nécessaires n'ont pas été mis en amont.

Si on veut réduire, il va falloir prendre des actions assez robustes, a renchéri le commissaire Pierre Renaud, évoquant les limites de l'approche volontaire et la nécessité d'adopter une approche plus coercitive pour inciter les entreprises comme les citoyens à réduire leur quantité de déchets.

L'organisme met en avant plusieurs pistes de solution, de l'imposition d'une écotaxe à l'interdiction de mettre en marché certaines matières ou des produits à usage unique, en passant par une loi contre l'obsolescence programmée, l'incitation au réemploi, un meilleur accès à la réparation des objets, de même qu'une information transparente fournie aux citoyens en amont afin qu'ils puissent consommer de manière plus responsable.

Le BAPE estime également que le gouvernement devrait offrir un rôle plus central à la Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec) et revoir sa mission en plaçant la réduction, le réemploi et l’économie circulaire au cœur de ses objectifs et en développant des pôles d’excellence qui revêtent une importance stratégique.

À l'aube d'une nouvelle ère, selon le ministre Charette

Le ministre de l'Environnement a assuré que les conclusions de ce rapport seront prises au sérieux et qu'elles guideront la suite de nos actions, dans un communiqué publié mardi. L'exercice que nous amorçons fait preuve de notre volonté de trouver des solutions à des problèmes qui persistent depuis de nombreuses années.

Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère où la responsabilisation de tous les acteurs du domaine et le dynamisme économique devront agir de concert pour l'atteinte de nos objectifs en faveur d'une société sans gaspillage, a soutenu Benoit Charette.

Le ministère de l'Environnement avait mandaté le BAPE en 2021 pour dresser un état des lieux sur la gestion des matières résiduelles au Québec, après que l'analyse de plusieurs projets d'agrandissement de sites d'enfouissement eut soulevé divers problèmes quant à l'élimination des déchets, notamment concernant l'acceptabilité sociale.

Chez Équiterre, toutes les recommandations du BAPE ont été accueillies très favorablement. L'organisme espère que le gouvernement du Québec agira rapidement pour les mettre rapidement en application.

Le déchet le plus facile à gérer, c’est celui qu’on ne produit pas, et le BAPE le souligne à gros trait. Il est dit clairement qu’au Québec, si on poursuit dans la voie actuelle, on fonce dans un mur. Il y a une limite à essayer d'enfouir nos problèmes. On doit absolument changer de stratégie, a ainsi réagi Amélie Côté, analyste en réduction à la source chez Équiterre, par communiqué.

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