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Nettoyage des puits orphelins : une facture gérable, mais parsemée d’incertitudes

Un puit dans un champ.

Le nombre de puits orphelins en Alberta est passé de 700 à plus de 8600 en 10 ans.

Photo : The Canadian Press / Jeff McIntosh

Les fonds alloués par Ottawa devraient être suffisants pour éponger la facture du nettoyage des puits orphelins dans l’Ouest, selon le Bureau du directeur parlementaire du budget (DPB). Le rapport évoque toutefois plusieurs facteurs qui pourraient conduire à une sous-estimation du coût final.

Selon les calculs du DPB, le coût pour nettoyer tous les puits orphelins, situés principalement en Alberta et en Saskatchewan, s’élèvera à 1,1 milliard de dollars en 2025. Or, le gouvernement fédéral a alloué une enveloppe de 1,7 milliard de dollars pour ce nettoyage en avril 2020.

Les puits orphelins sont les puits pétroliers et gaziers laissés à l’abandon et pour lesquels il n’y a pas d’entité viable pour payer les coûts de colmatage et de remise en état des terres. Leur nombre s’est accru de manière importante en Alberta et en Saskatchewan depuis la chute des prix du pétrole, en 2014.

Leur présence représente un risque environnemental parce que, tant que ces puits ne sont pas bouchés correctement, ils émettent du méthane, un gaz contribuant à l’effet de serre et au réchauffement climatique.

Des questions sur la gestion albertaine

Si la conclusion du rapport est rassurante, le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, fait plusieurs mises en garde en ce qui a trait à son estimation.

La facture de 1,1 milliard de dollars n’inclut pas toutes les étapes de nettoyage et de remise en état des terres. Si des puits ont des fuites, les terres contaminées doivent être assainies, mais selon le DPB, ce coût d’assainissement est très mal évalué et a donc été exclu des calculs.

Yves Giroux souligne également que la moitié des fonds du fédéral alloués par l’Alberta est allée à des entreprises profitables. Des pétrolières qui ont récemment annoncé des profits en hausse et des investissements dans la production comme Canadian Natural Resources, Cenovus et l’Impériale ont notamment reçu de l’argent de l’enveloppe fédérale par l’entremise du programme provincial.

Des ouvriers travaillent sur un puits abandonné.

L'enveloppe fédérale pouvait être allouée à tous les puits inactifs, notamment pour relancer l'emploi du secteur en Alberta et en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Selon M. Giroux, la province est dans son droit, puisqu’Ottawa a donné cet argent pour tous les puits inactifs, orphelins et autres. À l’époque, le secteur pétrolier et gazier souffrait de grosses pertes financières. L’argent fédéral visait à résoudre un problème environnemental tout en apportant une source d’emplois pour l’industrie. 

On ne commente pas sur l’à-propos de l’allocation de fonds qui a été faite. C’est juste un énoncé de faits. [...] Si on continue d’allouer une bonne proportion des fonds à des compagnies qui sont déjà rentables et qui auraient les moyens de nettoyer les puits, ça peut juste déplacer des fonds que les compagnies auraient alloués à cette fin, explique-t-il.

La même question n'a pas été soulevée pour la Saskatchewan.

Le DPB met aussi l'Alberta en garde quant à son manque d’argent pour gérer la croissance du nombre de puits orphelins.

Toutes les entreprises ayant une mauvaise cote financière doivent faire un dépôt pour couvrir le nettoyage de leurs puits. Selon les prévisions du DPB, la Saskatchewan a assez de fonds, mais l’Alberta a déjà un déficit de 178 millions de dollars entre la garantie disponible et ses estimations.

Si le dépôt de garantie disponible n’augmente pas, l’écart de financement atteindra 642 millions de dollars d’ici 2025, souligne le rapport.

L’Alberta se justifie

En réponse par courriel, Jennifer Henshaw, la porte-parole de la ministre albertaine de l’Énergie, fait la distinction entre puits inactifs et orphelins.

Le milliard de dollars de financement fédéral en 2020 [pour l’Alberta] était destiné aux entreprises de services pétroliers pour accélérer le nettoyage de tous les puits inactifs. Le rapport du DPB s’intéresse seulement aux puits orphelins, ce qui est différent des puits inactifs, écrit-elle. 

Elle défend également la qualité du programme provincial de nettoyage mis en place par le gouvernement albertain avec les fonds fédéraux. Le programme a accéléré le nettoyage des sites inactifs et créé plus de 1900 emplois, ajoute-t-elle. 

Le fondateur d’un groupe de citoyens et d’environnementalistes intéressés par le sujet, Alberta Liabilities Disclosure Project, trouve toutefois la remarque du DPB légitime. Selon Regan Boychuk, le gouvernement fédéral aurait dû poser des conditions à ce cadeau d’un million de dollars

Regan Boychuk devant une affiche d'un chevalet de pompage.

Regan Boychuk estime que le Directeur parlementaire du budget minimise l'ampleur du problème posé par l'héritage des forages pétroliers et gaziers.

Photo : Radio-Canada / Terri Trembath

Par contre, le reste du rapport le déçoit. Même en excluant les questions d’assainissement, le bureau sous-estime, selon lui, les coûts réels d’un nettoyage de puits.

Il pense également que le rapport ne s’attaque qu’à une fraction minime du problème en ne s’intéressant qu’aux puits orphelins qui ont obtenu une telle certification par les provinces. Qu’en est-il des puits abandonnés en Alberta, en Saskatchewan, mais aussi en Ontario et en Colombie-Britannique, demande Regan Boychuk. 

« C’est un décompte partiel qui utilise le plus petit nombre possible. »

— Une citation de  Regan Boychuk, fondateur Alberta Liabilities Disclosure Project

Le DPB a indiqué que son mandat est de s’intéresser aux finances publiques alors que s’intéresser à l’ensemble des puits inactifs l’aurait amené à examiner des puits dont le coût de nettoyage sera assumé par des entreprises privées.  

Le Bureau du directeur parlementaire du budget ne s'est intéressé qu’aux puits de pétrole et de gaz conventionnels. Il n’a pas fait d’évaluation du coût de nettoyage des sites d’exploitation de sables bitumineux.

Avec les informations de Mirna Djukic

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