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Les Cris partageront leur ressource de caribou migrateur avec les Innus

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Les chefs de toutes les communautés innues et cries ont participé à une réunion virtuelle pour signer une entente historique entre deux nations qui se sont souvent disputé le partage du gibier au cours de la dernière décennie (archives).

Photo : Petter Jacobsen

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Les nations crie et innue signent une entente traditionnelle pour se partager la chasse aux caribous.

La nation crie permettra aux neuf communautés innues d’avoir accès à des troupeaux de caribous qui se trouvent sur le territoire traditionnel cri.

Les Cris partageront cet hiver leur quota annuel de caribous migrateurs disponibles pour la chasse avec les Innus, qui ne pourront toutefois pas dépasser la limite de récolte admissible de 300 caribous. Ce nouveau quota devra être réparti entre les neuf communautés innues du Québec.

Les chefs de toutes les communautés innues et cries ont participé à une réunion virtuelle pour signer cette entente historique , alors que les deux nations qui se sont souvent disputé le partage du gibier au cours de la dernière décennie.

Portant le nom de Maamuu nisituhtimuwin/ Matineu-mashinaikan atiku e uauinakakanit, qui se traduit par compréhension mutuelle, l'entente vise la protection d'une ressource de plus en plus vulnérable.

Un règlement de comptes

En mars dernier, des représentants du gouvernement cri avaient dénoncé la chasse par des chasseurs innus de 280 caribous issus d’un troupeau dont la récolte était limitée depuis 2018.

Le gouvernement cri avait interdit la chasse sportive des caribous du troupeau de la rivière aux Feuilles en raison du déclin démographique au sein du troupeau.

En 2020, la population du troupeau de la rivière aux Feuilles s'élevait à environ 190 000 bêtes, contre 600 000 il y a 20 ans.

Le seul autre troupeau de caribous migrateurs au Québec, le troupeau de la rivière George, est passé de 800 000, dans les années 1990, à 8100 têtes en 2020.

Ce troupeau semble tout de même regagner des forces depuis les dernières années. En 2018, un creux historique au sein de sa population avait été enregistré, à environ 5500 caribous.

La chasse sportive du troupeau de la rivière George est interdite depuis 2012.

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Malgré l'interdiction de la chasse sportive pour les deux troupeaux de caribous migrateurs au Québec, la chasse de subsistance pratiquée par les Autochtones est cependant maintenue (archives).

Photo : Gracieuseté : Animal Paquin Wildlife & Landscape Photography

En 2017, sept nations autochtones s’unissaient pour préparer un plan de gestion et de conservation afin de préserver les troupeaux de caribous migrateurs. C’était la naissance de la Table ronde autochtone du caribou de la péninsule d'Ungava (TRACPU).

Mais la récolte des 280 caribous par des Innus en mars 2021 et la réprimande qui s'en est promptement suivie du côté des Cris révélaient un terrain d’affrontement entre les deux nations.

La confusion territoriale perdure

Des chevauchements territoriaux, vieux de plusieurs décennies, persistent toujours et ont longtemps brouillé les pistes menant vers une conciliation.

Par exemple, la zone où la chasse en question a eu lieu en mars dernier se trouve dans les régions de l'extrême est du territoire cri, dans une région où les Innus affirment y avoir, eux aussi, chassé traditionnellement.

Autrefois, les chasseurs innus de Matimekush-Lac-John, naskapis de Kawawachikamach et cris de la communauté de Chisasibi se réunissaient pour chasser le caribou sur le même territoire partagé.

Aujourd’hui, la chef de la nation crie de Chisasibi, Daisy House, se réjouit de signer une entente qui rappelle la camaraderie du passé.

« Je suis très heureuse de pouvoir dire que deux nations s’unissent pour partager convenablement et de manière appropriée la même richesse. »

— Une citation de  Daisy House, chef de la communauté crie de Chisasibi
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La chef de la communauté crie de Chisasibi, Daisy House, a été une actrice « rassembleuse » dans le développement de la compréhension mutuelle, selon le chef innu Mike Mckenzie (archives).

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Elle se dit comblée de pouvoir compter sur la collaboration des communautés innues pour en arriver à une compréhension commune. Grâce à leurs efforts, les nations se sont entendues sur une décision inévitable, annonce-t-elle.

La grande chef de la Nation Crie, Mandy Gull Masty, estime que l’entente signée lundi est un grand moment pour les deux nations. Selon elle, il était impératif de s’unir pour assurer la pérennité d’une ressource inestimable pour ces nations autochtones.

« Le caribou est une pierre angulaire dans la diète des Innus et des Cris. »

— Une citation de  Mandy Gull Masty, grande chef de la nation crie

La grande chef souligne par ailleurs l’implication des maîtres de trappe, qui ont participé aux délibérations qui ont mené à l’entente dévoilée, lundi. Selon la Loi sur les droits de chasse et de pêche dans les territoires de la Baie-James et du Nouveau-Québec, les maîtres de trappe sont responsables de la surveillance des activités relatives à l’exercice du droit d’exploitation dans un terrain de piégeage cri. Ce sont eux qui régissent la chasse sur des territoires ancestraux dont ils ont hérité au fil des décennies.

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Mandy Gull Masty, grande chef de la nation crie, reconnaît l'autorité des maîtres de trappe des territoires de chasse (archives).

Photo : Mandy Gull-Masty

L’entente prévoit notamment l’obligation pour les chasseurs innus d'être accompagné par une personne crie déterminée par l'autorité locale de Chisasibi ou le maître de trappe concerné.

Un regard vers l'avenir

Le chef innu de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, Mike Mckenzie, perçoit le quota imposé aux chasseurs non pas comme une entrave, mais plutôt comme une lueur d’espoir pour les générations de futurs chasseurs.

« Cette nouvelle entente n'est pas une limite pour nous, mais bien une expression de la valeur que nous accordons à la conservation de la nature. »

— Une citation de  Mike Mckenzie, chef de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam et porte-parole des neuf communautés innues du Québec
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Le chef innu, Mike Mckenzie, espère que l'entente signée encouragera d'autres nations autochtones du Québec à délibérer et à convenir à des ententes entre elles, sans avoir à attendre que le gouvernement provincial emboîte le pas (archives).

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Le caribou fait partie intégrante de notre identité, précise-t-il. Nous voulons entretenir le lien traditionnel et ancestral avec la chasse pour nos générations futures.

Ça fait tellement d'années que la nation innue n'est pas allée à la chasse, mais l'entente permet une chasse communautaire pour les neuf communautés innues, se réjouit Mike Mckenzie.

La chef crie Daisy House ne cache pas non plus son émotivité en ce qui concerne l’ampleur anticipée de cette entente.

Je suis très fière de la signature d'aujourd'hui, car nous continuons à faire preuve d'une bonne gestion de la terre et des animaux, comme nos ancêtres l'ont toujours fait, laisse-t-elle tomber.

Bien que l’entente doive prendre fin dans un an, elle pourrait aisément être renouvelée pendant des décennies, comme l’ont indiqué des représentants des nations autochtones présents à la signature du document.

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