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Santé mentale : la fin de l’émission Huissiers réclamée

Un homme flouté montre son badge d'huissier.

La série « Huissiers » est la cible de plusieurs organismes communautaires, qui l'accusent d'exploiter la misère des gens pour en faire un spectacle.

Charles Rioux

Plusieurs groupes communautaires du Québec joignent leurs voix afin de demander l’arrêt de la diffusion de la série Huissiers, présentée sur les ondes de Noovo. Ils accusent la production de l’émission d’exploiter la détresse des personnes filmées pendant leur éviction, de porter atteinte à leur dignité et de renforcer les préjugés sur la santé mentale.

Cette démarche, appuyée par une pétition signée jusqu’ici par quelque 2000 personnes, fait suite à un cri d’alarme lancé en 2021 par 112 organismes communautaires.

L’organisme d’aide en santé mentale Projet PAL, qui s’était fait le porte-voix des autres organisations, revient à la charge avec sa demande : l’arrêt immédiat de la production, de la diffusion et de la rediffusion d'Huissiers, ainsi que le retrait des épisodes déjà produits du web.

Rappelons que la série Huissiers, dont la cinquième saison est présentement en production, suit le quotidien d'huissiers de justice qui doivent évincer de leur logement des locataires en défaut de paiement ou encore saisir des biens; des situations qui tournent souvent au drame.

Nous avons été profondément choqués par le traitement réservé aux personnes qui vivent des situations personnelles dramatiques et qu’on livre en pâture au grand public, a fait savoir en conférence de presse virtuelle Doris Provencher, directrice générale de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ).

Je comprends que le producteur tient beaucoup à cette émission, parce qu’elle fait de très bonnes cotes d’écoute, mais nous, nous pensons avant tout aux conséquences néfastes produites par cette émission sur la dignité des personnes concernées.

Une série qui nourrit les préjugés

Selon Mme Provencher, la série Huissiers vient nourrir les préjugés négatifs sur les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale, un avis largement partagé par Caroline Lévis, présidente du CA du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ).

Les préjugés véhiculés par l’émission Huissiers aggravent l’exclusion sociale et l’itinérance. On individualise des problèmes sociaux comme la pauvreté, la crise du logement et le faible accompagnement des personnes en détresse, a-t-elle ajouté après sa collègue.

« Quand on vit de la détresse, on a besoin de soutien, pas d’une caméra qui vient bouleverser davantage nos vies. Profiter du malheur des gens pour faire sensation, c’est non. »

— Une citation de  Carole Lévis, présidente du CA du RRASMQ

Sylvain, un membre de Projet PAL dans la cinquantaine qui a lui-même vécu dans la précarité, abonde dans le même sens.

La misère humaine n’est pas un spectacle, a-t-il souligné. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles une personne ne peut pas payer : problèmes de santé mentale, problèmes de dépendance créés par différents facteurs de vie comme la dépression, une perte d’emploi, etc. L’habitation devrait être un droit acquis par-dessus tout.

Le double discours de Bell, selon les organismes

Un autre élément vient déranger les organismes communautaires et autres signataires de la pétition pour mettre fin à Huissiers. Il s’agit de l’implication de Bell – dont la filiale Bell Média est propriétaire de Noovo – dans la sensibilisation à la santé mentale par le biais de son initiative Bell cause pour la cause.

C’est d’autant plus choquant quand on sait que [Bell] mène depuis plusieurs années une campagne de sensibilisation par rapport à la santé mentale. En même temps, il s’engage dans ce genre d’émissions. Il y a une contradiction flagrante entre ce qui est dit et ce qui est fait, a résumé Doris Provencher.

« La belle image que veut se donner Bell se fissure. C’est indigne de cette grande compagnie. »

— Une citation de  Doris Provencher, directrice générale de l'AGIDD-SMQ

Les organismes et les signataires de la pétition demandent donc à Bell cause pour la cause de s’impliquer dans le choix des émissions produites afin de mettre en application leur mission au sein même de leur entreprise.

Puisque "Bell cause pour la cause", qu’on parle de toute la détresse psychologique et de la pression sur la santé mentale des locataires qui vivent dans des logements mal entretenus et insalubres. À quand une émission qui dénonce les vrais problèmes liés au logement?, s’est demandé Marion Duval, du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

Noovo répond aux critiques

Noovo a répondu aux critiques à propos de la série diffusée sur ses ondes en évoquant notamment une rencontre entre Pixcom, producteur d'Huissiers, et le projet PAL en 2021.

À la suite de cette rencontre, Pixcom a travaillé étroitement avec les organismes communautaires, dont Urgence sociale, pour s’assurer de mettre de l’avant les ressources disponibles aux participants de l’émission et aux téléspectateurs, a affirmé par courriel Éliane Légaré, relationniste pour Bell Média.

Depuis septembre 2021, certaines modifications ont également été apportées à la série pour refléter les préoccupations des organismes communautaires, notamment un traitement des situations avec plus de nuance et de sensibilité et l’ajout d’intervenants en santé mentale.

Le floutage des visages, des voix et de certains lieux, en plus du rayonnement des ressources d’aide en santé mentale et de l’apport de solutions concrètes pour les personnes en difficulté, a également été ajouté à la saison en cours et aux saisons antérieures, a poursuivi Mme Légaré.

La page web de la série (Nouvelle fenêtre) comprend également des liens vers des ressources pour les personnes qui pourraient se sentir interpellées par les situations dépeintes dans Huissiers.

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