•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le coup d’État se confirme au Burkina Faso

Un homme parle dans un micro au milieu d'une foule composée d'hommes ayant le poing levé en guise de victoire.

Des Burkinabés rassemblés à la place de la Nation, à Ouagadougou, célèbrent l'annonce du départ du président Kaboré. Le développement leur a été annoncé par Mamadou Drabo, secrétaire exécutif du mouvement Sauvons le Burkina Faso, qui avait réclamé le départ du président.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sophie Garcia

Radio-Canada

Dans une déclaration faite à la télévision nationale du Burkina Faso, des militaires en uniforme ont confirmé lundi soir avoir démis de ses fonctions le président Roch Marc Christian Kaboré, consacrant de facto un coup d'État.

La déclaration annonce également la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, et la fermeture des frontières aériennes et terrestres dès minuit, heure locale.

Le communiqué des putschistes a été lu par le capitaine Kader Ouedraogo, qui était entouré d'une quinzaine de militaires.

Il était cependant signé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, identifié comme le président d'un nouveau Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR).

Commandant de la troisième région militaire, le lieutenant-colonel Damiba apparaît ainsi comme le nouvel homme fort du pays.

« Le mouvement, qui regroupe toutes les forces de défense et de sécurité, a décidé de mettre fin au pouvoir de M. Roch Marc Christian Kaboré ce 24 janvier 2022. »

— Une citation de  Extrait de la déclaration lue à la télévision nationale
Des hommes, jeunes pour la plupart, célèbrent dans une rue. Ils tiennent un drapeau du Burkina Faso et ont le poing levé en signe de victoire.

Des Burkinabés se sont rassemblés lundi à la place de la Nation, à Ouagadougou, pour démontrer leur appui aux putschistes.

Photo : Getty Images / AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

Citant la dégradation de la situation sécuritaire et l'incapacité manifeste du président à unir les Burkinabés, le MPSR a déclaré avoir décidé d'assumer ses responsabilités en déposant le président.

Il affirme que sa prise du pouvoir s'est déroulée sans effusion de sang et sans aucune violence physique sur les personnes arrêtées qui sont détenues en lieu sûr dans le respect de leur dignité.

Les putschistes se sont par ailleurs engagés à proposer dans un délai raisonnable après consultation des forces vives de la nation un calendrier de retour à un ordre constitutionnel accepté de tous.

Un couvre-feu est instauré de 21 h à 5 h sur tout le territoire burkinabé.

Des soldats et un véhicule militaire devant l'emplacement de la Radiodiffusion télévision du Burkina.

Des mutins gardaient le siège de la Radiodiffusion télévision du Burkina lundi matin.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sophie Garcia

Depuis les mutineries survenues dimanche dans plusieurs casernes militaires, le sort du président Kaboré, qui était aux commandes du pays de 20 millions d'habitants depuis 2015, s'avère incertain.

Des sources sécuritaires ont affirmé qu'il était détenu par des soldats, mais une source gouvernementale a plutôt soutenu qu'il avait été exfiltré de sa résidence dimanche soir par des gendarmes de sa garde.

Sur le compte Twitter de M. Kaboré, un message posté en début d'après-midi lançait un appel au dialogue, mais il était impossible de savoir s'il en était bien l'auteur.

Le secrétaire général de l'ONU condamne le putsch

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a condamné fermement le coup d'État militaire, appelant leurs auteurs à déposer les armes et à protéger l'intégrité physique du président Kaboré.

Dans ce texte lu par son porte-parole, le chef de l'ONU indique qu'il s'inquiète notamment du sort et de la sécurité du président [...] suite au coup d'État perpétré le 23 janvier par des sections des forces armées.

Le secrétaire général de l'ONU, qui dénonce régulièrement l'épidémie de coups d'État qui touche le monde, suit les développements au Burkina Faso avec une profonde inquiétude, a ajouté le porte-parole, Stéphane Dujarric.

Il appelle tous les acteurs à faire preuve de retenue et à choisir le dialogue pour résoudre la crise au Burkina Faso, a-t-il indiqué.

Le Burkina Faso est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique de l'Ouest. Malgré son activité dans la production d'or, il a été le théâtre de nombreux coups d'État depuis 1960, date de son indépendance.

Gros plan de Roch Marc Christian Kaboré.

Le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, lors d'une visite à Paris, le 12 novembre 2021.

Photo : La Presse canadienne / AP/Michel Euler

Le parti du président appelle à la résistance

Avant la déclaration des putschistes, le parti de M. Kaboré avait dénoncé une tentative avortée d'assassinat du chef de l'État et constaté que le pays s'acheminait d'heure en heure vers un coup de force militaire.

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) déplorait également le saccage du domicile privé du chef de l'État et la tentative d'assassinat d'un ministre dont il ne précise pas le nom.

Il dénonçait aussi l'encerclement du palais présidentiel de Kosyam par un groupe d'hommes armés et cagoulés, et l'occupation de la radio et télévision nationale à Ouagadougou.

Il appelait les forces de défense et de sécurité loyalistes, patriotes et républicaines à combattre cette énième tentative de déstabilisation et à se mettre du côté du peuple burkinabè, de la légalité et de la démocratie.

Les États-Unis et l'Union européenne avaient pour leur part appelé l'armée à la libération immédiate du président Kaboré en exhortant les parties à entreprendre un dialogue.

Les États d'Afrique de l'Ouest et l'Union africaine avaient quant à eux dénoncé une tentative de coup d'État et le parti du président Kaboré.

Les ratés de la lutte antidjihadiste

Le président Kaboré avait été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte antidjihadiste sa priorité. Il était cependant de plus en plus contesté par une population excédée par les violences djihadistes et son impuissance à y faire face.

Les mutins avaient d'ailleurs réclamé dimanche le départ des chefs de l'armée et des moyens adaptés à la lutte contre les djihadistes, qui frappent ce pays depuis 2015.

Plusieurs manifestations de colère ont eu lieu au cours des derniers mois dans plusieurs villes du pays pour dénoncer l'incapacité du pouvoir à contrer les attaques djihadistes qui se multiplient.

Tout au long de la journée de dimanche, des manifestants avaient apporté leur soutien aux mutins et avaient dressé des barrages de fortune dans plusieurs avenues de la capitale, avant d'être dispersés par la police.

Des hommes ont les bras dans les airs, en signe de victoire.

Des Burkinabés ont célébré dans les rues de Ouagadougou après avoir appris lundi la détention du président Kaboré.

Photo : Reuters / VINCENT BADO

Comme le Mali et le Niger, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe armé État islamique.

Au cours des dernières années, les insurgés islamistes ont étendu leur influence dans de nombreuses régions du pays, où ils imposent une vision rigoriste de la loi islamique.

Leurs attaques, qui visent civils et militaires, sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l'est du pays.

Les violences des groupes djihadistes, qui grèvent les maigres ressources financières du pays, ont fait plus de 2000 morts en près de sept ans, et contraint 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !