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Des propositions pour freiner la violence armée à Montréal

Un technicien judiciaire prend des photos. De petits cônes au sol signalent l'emplacement des douilles.

À l'intersection de la rue Monselet et de l'avenue de Bruxelles, à Montréal-Nord, les policiers ont trouvé de nombreuses douilles d'armes à feu au sol.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Wagner

Dans une lettre ouverte, l'ancienne responsable de la sécurité publique de la Ville de Montréal Anie Samson et deux sergents retraités du SPVM interpellent le premier ministre du Canada Justin Trudeau, son homologue du Québec François Legault et la mairesse de Montréal Valérie Plante pour agir ensemble rapidement afin de mettre fin à la violence dans les rues de la métropole québécoise.

La volonté des trois cosignataires, membres de Communauté de citoyens en action contre les criminels violents (CCACV), est motivée par le meurtre des adolescents Meriem Boundaoui, Jannai Dopwell-Bailey et Thomas Trudel l'an dernier, ainsi que celui, récent, d'Amir Benayad.

Pour freiner la violence armée qui sévit dans les rues du Grand Montréal, ils lancent une série de 16 propositions.

C'est d'ailleurs aujourd'hui que devait se tenir un forum de deux jours contre les violences armées annoncé en novembre dernier, avant que l'événement ne soit repoussé en raison de la propagation accélérée du variant Omicron.

Le manque de respect pour la vie et le sentiment d’impunité des membres de gangs de rues sont favorisés, entre autres, par le laxisme des lois du Canada, peut-on lire dans la lettre envoyée aux médias.

« Afin d’éviter que les 187 fusillades à Montréal, en 2021, rejoignent les 450 fusillades de Toronto, il y a urgence d’agir. »

— Une citation de  extrait de la lettre ouverte d'Anie Samson, Stéphane Wall et André Gélinas

Le reportage de Pascal Robidas.

Je suis originaire du quartier Saint-Michel, en plus d'avoir été la mairesse de l'arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc Extension pendant 13 ans. Ce secteur de Montréal est le berceau des gangs de rue. J'ai donc tout le temps eu ça en moi, l'importance de la sécurité publique. Pendant toutes mes années en politique, j'ai toujours prêché la prévention, a commenté Anie Samson en entrevue téléphonique.

Elle affirme avoir accepté de se joindre aux deux sergents retraités du SPVM parce que cette démarche est apolitique.

C'est hors contrôle, ce qui arrive en ce moment. J'avais beaucoup d'espoir sur le forum organisé par la Ville de Montréal et la police, mais pendant qu'on n'avance aucune autre date, ça continue quand même à tirer dans nos rues. Je trouve ça intéressant d'interpeller nos gouvernements avec des actions que l'on peut mettre en pratique dès maintenant, affirme Mme Samson.

Portrait d'Anie Samson.

Anie Samson a été vice-présidente du comité exécutif (2013-2017) et responsable de la sécurité publique à Montréal, ainsi que mairesse de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc Extension de 2006 à 2017.

Photo : Radio-Canada

Des propositions pour Ottawa, Québec et Montréal

Anie Samson affirme que l'heure n'est pas aux comités ni aux tables de concertation. Elle estime que la lettre rendue publique propose des actions qui peuvent être mises en œuvre rapidement.

Quand j'étais mairesse d'arrondissement, j'ai travaillé étroitement avec Fadi Dagher, qui est maintenant directeur à la police de Longueuil. Comme il est très difficile de déconstruire l'attachement à un gang de rue d'un jeune criminalisé, nous voulions poser des actions pour changer le cours des choses pour la jeune génération qui s'en venait. Celle qui n'avait pas encore été approchée par le crime organisé, soutient-elle.

Elle croit que des changements législatifs pourront, entre autres, dissuader les jeunes à prendre le risque des plus vieux quand vient le temps de commettre un crime.

Les anciens sergents du Service de police de la Ville de Montréal Stéphane Wall et André Gélinas, qui ont combattu le crime organisé durant toute leur carrière, ont formulé ces propositions.

Propositions pour Ottawa :

Révision des articles 467.1 à 467.14, du Code criminel afin d’adapter la loi sur le gangstérisme aux nouvelles réalités du crime organisé, en criminalisant l’appartenance à un gang de rue reconnu.

Révision de la loi C-75 afin que les mineurs impliqués dans des crimes violents contre la personne subissent un traitement qui reflète la gravité objective du crime commis.

Révision urgente du Projet de loi C-5 sur les peines minimales obligatoires à abolir, particulièrement en ce qui concerne les crimes reliés aux armes à feu.

Accorder le droit aux organisations policières canadiennes d'intervenir dans les réserves autochtones et auprès des criminels du crime organisé autochtone.

Propositions pour Québec :

Valorisation du travail des policiers afin d'éviter le désengagement qui grandit au Québec.

Reconnaissance du rôle des policiers qui comprend les interpellations et les interceptions de véhicules pour arrêter des criminels, saisir des armes, libérer des victimes de proxénétisme, prévenir le crime et récolter de l’information criminelle.

Reconnaître l’article 636 du Code de la sécurité routière qui permet à tout agent de la paix des interceptions aléatoires pour recueillir des renseignements sur un conducteur ou des occupants.

Utilisation du Centre de renseignement policier du Québec pour réduire les interceptions multiples du même propriétaire, parfois assimilées à du profilage racial.

Propositions pour Montréal :

Mettre en place une ligne téléphonique gérée par une équipe multidisciplinaire pour accompagner les parents qui voient leur enfant sombrer dans la violence.

Valoriser les initiatives d’immersion et de rapprochements entre policiers et citoyens.

Éduquer les jeunes sur leurs droits, sur leurs responsabilités et sur les pièges associés aux gangs de rues et à l’exploitation sexuelle.

Pour Anie Samson, l'heure est aux actions. Au-delà des investissements dans le milieu communautaire, les trois ordres de gouvernement doivent également être proactifs pour freiner la violence armée à Montréal.

Quand le feu est pris dans la maison, ce n'est plus le temps de penser à mettre des détecteurs de fumée, ajoute l'ancienne élue avec philosophie.

Le modèle de la police communautaire de Montréal

Quant à l'avenir des postes de quartier, l'ancienne élue affirme qu'il est plus que temps d'investir dans ce modèle au lieu de proposer de les fusionner pour en diminuer le nombre.

Nos policiers peuvent passer une décennie dans le même quartier. Ils finissent par connaître tout le monde. Notre modèle de police est tellement bon que je suis allée faire des conférences en Europe, parce que des corps policiers voulaient s'inspirer de ce que nous faisions à Montréal, souligne Anie Samson.

Ce n'est vraiment pas le temps de se désengager envers les citoyens avec un modèle policier qui s'éloigne de la proximité avec la population, conclut-elle.

Pour lire la lettre du CCACV : Fusillades et gangs de rue, 16 actions proposées par une communauté de citoyens (Nouvelle fenêtre)

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