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L’imposition du passeport vaccinal dénoncée par des commerces à grande surface

Un agent de sécurité demande à un client de lui présenter son passeport vaccinal à l'entrée d'un magasin.

Le passeport vaccinal est maintenant exigé dans les magasins à grande surface dont la superficie est supérieure à 1500 mètres carrés.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

À peine la mesure est-elle en vigueur que des commerçants dénoncent l'imposition du passeport vaccinal aux clients des magasins à grande surface du Québec.

IKEA, Walmart, Costco, Canadian Tire, La Baie : les non-vaccinés ou les personnes qui n'ont pas leur passeport vaccinal en leur possession ne peuvent plus entrer chez ces géants pour faire leurs emplettes depuis lundi matin.

La mesure controversée touche en fait tous les magasins dont la superficie est supérieure à 1500 mètres carrés, à l'exception des épiceries et des pharmacies, considérées comme des services essentiels.

Même si elles vont tout de même le respecter, les quincailleries Canac désapprouvent le décret publié dimanche soir.

[Il y a] plusieurs raisons qui font qu'on est déçus, a expliqué Patrick Delisle, directeur marketing de Canac sur les ondes de RDI lundi matin. Premièrement, on aurait aimé être traités comme un service essentiel, ce qu'on est, et ce qu'on a toujours été depuis le début de la pandémie.

Gérer des clients qui doivent composer avec un sinistre deviendra particulièrement compliqué, dénonce M. Delisle.

« On a des besoins essentiels auxquels on fait face chez Canac. Quelqu'un qui a un dégât d'eau, on ne lui demande pas si tu es vacciné ou pas. Pour nous, c'est très décevant de gérer les clients qui vont vivre ces événements-là. On considère que ce n'est pas notre rôle. »

— Une citation de  Patrick Delisle, directeur marketing de Canac
Des voitures dans le stationnement d'un magasin Costco en hiver.

Les magasins de la chaîne Costco sont des endroits particulièrement achalandés. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Alexander Behne

Coûts importants

Cette décision du gouvernement Legault engendre également des coûts importants pour ces commerçants : embauche d'agents de sécurité et achats de téléphones intelligents pour vérifier le passeport de chacun.

L'imposition du passeport vaccinal pourrait coûter jusqu'à 100 000 $ par semaine à Canac, selon ses estimations. Si la mesure devait se maintenir jusqu'en avril, les coûts pourraient atteindre un million de dollars.

Des clients font la file à l'extérieur du IKEA.

Au IKEA de Québec, les clients ont dû faire la file lundi matin par un froid extrême.

Photo : Radio-Canada

Simon Gagnon, propriétaire d'un magasin Sports Experts à Sherbrooke, nage aussi dans l'incertitude. Les coûts et la pénurie de main-d'œuvre lui causent déjà des maux de tête. Recruter des agents de sécurité ou des employés affectés à la vérification du passeport vaccinal représente un défi colossal.

Ça se passe quand même bien ce matin parce qu'il fait froid, donc c'est plus tranquille. Mais on a quand même des inquiétudes [pour] quand il y aura plus de monde. Avec la pénurie de main-d'œuvre, ce sera difficile de prévoir le personnel, déplore-t-il.

Concurrence déloyale

Pour Simon Gagnon, cette nouvelle mesure entraîne également une concurrence déloyale dans son domaine. Il se sent désavantagé par rapport aux plus petits magasins d'articles de sport.

« C'est une mesure de plus qui contraint les gens. Nous, ce qui nous fait peur, c'est qu'au lieu de faire la file, les gens [s'en] retournent ou aillent magasiner ailleurs. Je trouve que ce n'est pas très concurrentiel. Les gens sont avantagés d'aller dans des endroits plus que d'autres et nous, on veut qu'ils viennent chez nous. »

— Une citation de  Simon Gagnon, propriétaire d'un Sports Experts à Sherbrooke
L'entrée extérieure d'un commerce.

Les magasins Sports Experts sont considérés comme des commerces à grande surface.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe

Clients frustrés

La mesure crée aussi son lot de déceptions chez les entrepreneurs qui ont l'impression d'être les boucs émissaires d'une décision qui n'est pas la leur.

Canac affirme par exemple devoir composer avec des clients plus frustrés que jamais en deux ans de pandémie.

C'est l'événement qui a créé le plus d'agressivité envers nous depuis deux ans. On n'est que le messager là-dedans. On va l'appliquer. Mais ce n'est pas nous qui décidons de le faire. Partout sur les médias sociaux, on reçoit beaucoup de messages de gens qui se vident le cœur, pour le dire poliment, mentionne Patrick Delisle.

Un agent de sécurité tient un appareil pour lire les codes QR.

Les agents de sécurité et les propriétaires de quincailleries Canac doivent composer avec des clients frustrés.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Pas d'exception

Les travailleurs de la construction qui représentent une énorme part de la clientèle dans les quincailleries ne seront par ailleurs pas traités de façon différente.

Des ouvriers réclamaient récemment plus de souplesse de la santé publique à leur endroit. C'est qu'ils sont appelés, dans le cadre de leur travail, à se rendre plusieurs fois par jour dans des quincailleries.

L'Association de la construction du Québec, qui regroupe 18 000 entrepreneurs, appelle néanmoins ses membres à respecter la décision de la santé publique.

Des solutions de rechange existent pour les travailleurs non vaccinés, concède son porte-parole, Guillaume Houle.

« Quand il y a des grands chantiers, les entrepreneurs n'ont pas besoin de se présenter. Donc, ils peuvent appeler, passer leurs commandes et la faire livrer directement sur un chantier. »

— Une citation de  Guillaume Houle, porte-parole de l'Association de la construction du Québec

Les travailleurs non vaccinés peuvent aussi aller dans [les] quincailleries de plus petites surfaces [qui n'ont pas à exiger le passeport vaccinal], ajoute-t-il.

Environ 10 % des travailleurs de la construction ne seraient pas vaccinés, un peu à l'image de l'ensemble de la société québécoise, selon M. Houle.

Avec les informations d'Hadi Hassin et de Marion Bérubé

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