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Analyse

Comment « vivre » avec la COVID-19? (2)

Un employé d'une SAQ vérifie le passeport de clients à l'entrée de la succursale.

Le passeport vaccinal, en vigueur au Québec depuis le 1er septembre, est exigé depuis mardi dans les succursales de la SAQ et de la SQDC.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Alors que le gouvernement Legault s’apprête à annoncer des assouplissements à ses restrictions sanitaires et économiques du temps des fêtes, les pouvoirs publics ont le devoir d’élaborer, en même temps, une stratégie qui permettra d’éviter d’autres fermetures économiques dans l’avenir. Il est rendu assez clair que l’adhésion à ces mesures est de moins en moins au rendez-vous.

Il est important aussi de rappeler qu’avec une vaccination plus efficace et l’utilisation massive de tests rapides depuis un an, nous n’en serions possiblement pas où nous en sommes présentement. Les Québécois auraient été mieux préparés, mieux protégés, pour faire face au variant Omicron si l’octroi de la dose de rappel avait été plus efficacement planifié.

On ne refera pas le passé. C’est pour cette raison qu’il faut mieux planifier les prochaines vaccinations, si cela devait être nécessaire. Et la réouverture qui s’annonce des activités économiques fermées par le gouvernement doit nécessairement s’accompagner d’une campagne de sensibilisation pour que les citoyens utilisent régulièrement, pour ne pas dire systématiquement, les tests rapides pour réduire les risques de contagion.

J’ajouterais que les débats sur la méthodologie dans les calculs du nombre de décès ou sur la taxation des personnes non vaccinées ne doivent pas nous faire perdre de vue l’essentiel : comment se préparer à faire face, si cela devait arriver, à d’autres vagues et à d’autres variants sans fermer de nouveau une partie de l’économie?

Et, surtout, comment éviter de fermer de nouveau des commerces qui ont déjà pleinement intégré le passeport vaccinal et qui n’accueillent ainsi que des gens adéquatement vaccinés? C’est une question de cohérence et d’acceptabilité sociale. Comment maintenir l’adhésion au passeport vaccinal si, malgré cela, les salles de spectacle, les cinémas, les restaurants doivent fermer du jour au lendemain, en catastrophe?

Un point de rupture

Les prévisions sont difficiles, surtout quand ça concerne l’avenir, semble-t-il! C’est bien pour ça que ça prend beaucoup de clairvoyance, de science et d’analyse dans la gestion de la pandémie actuellement. Non seulement devons-nous mieux préparer notre prochaine opération de vaccination (si elle devait être nécessaire), la distribution des tests rapides et le déploiement du passeport vaccinal, mais il y a urgence d’agir pour rendre notre système de santé plus solide, mieux outillé, plus résilient et plus efficace.

Je ne reviendrai pas sur tout ce qui s’est dit dans les derniers jours sur le manque de lits, la désorganisation dans les soins aux aînés et les décisions publiques qui sont remises en question. Nous comprenons qu’il y a des problèmes structurels dans le réseau des soins de santé et de santé publique au Québec, qui durent et perdurent depuis longtemps.

Nous arrivons surtout à un point de tension que nous n’avons pas connu depuis le début de la crise, il y a deux ans. La fatigue, la frustration, l’exaspération gagnent de plus en plus d’entrepreneurs, de commerçants, de restaurateurs, de diffuseurs culturels au point que certains en arrivent à évaluer la possibilité de défier les règles gouvernementales.

Cette tension a été exacerbée par le fait que l’Ontario a su annoncer un plan de réouverture relativement détaillé des activités économiques, en trois étapes, du 31 janvier à la mi-mars. La France, qui n’a pas ordonné la fermeture des bars, des restaurants et des salles de spectacles, a annoncé également la relance de plusieurs activités et la fin du télétravail.

Et comme je le rappelais la semaine passée, nos voisins américains peuvent aller au restaurant, manger avec des amis, assister à un spectacle ou se joindre à une foule immense, de dizaines de milliers de personnes, dans des amphithéâtres sportifs.

Le contraste avec le Québec demeure frappant.

Frappant et choquant pour tous ces entrepreneurs qui implorent les pouvoirs publics de leur donner un peu de prévisibilité, de leur redonner le droit à leur gagne-pain. Pour une raison difficile à comprendre, et contrairement à ce qu’on a fait en Ontario, le gouvernement du Québec a eu du mal, depuis deux ans, à fournir des indications claires aux milieux d’affaires et culturels.

Plusieurs ont vécu l’annonce de fermeture du 31 décembre, faite le 30 décembre en début de soirée, comme un manque de respect pour ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils apportent à la société, à l’économie, à la culture et à l’histoire du Québec. Cette annonce, à quelques heures d’avis, à un moment crucial de l’année pour beaucoup de restaurateurs, a été accueillie comme une claque au visage.

La question de l’équilibre

Et c’est ici que la question de l’équilibre se pose : jusqu’à quel point la fermeture d’une partie de l’économie et l’interdiction des rassemblements sont efficaces pour contenir la contagion? Et se peut-il que ces restrictions soient plus dommageables socialement que de maintenir un cadre de restrictions sans nécessairement tout fermer?

Je sais que les experts de santé publique font ce type d’évaluation. Et que le gouvernement, à son tour, avant de rendre ses décisions, le fait également. Mais se peut-il que cet équilibre soit fragilisé?

Sachant que la dose de rappel est efficace à 90 % contre les hospitalisations selon les dernières études, et sachant que le niveau de vaccination à la troisième dose augmente rapidement, et malgré les niveaux records d’hospitalisations, le gouvernement Ford a bon espoir de pouvoir rouvrir les restaurants à 50 % de capacité le 31 janvier. Pourquoi le gouvernement du Québec, pour les personnes adéquatement vaccinées et pour des entreprises qui savent comment bien appliquer les règles, n’était-il pas en mesure, la semaine dernière, de fournir la même prévisibilité?

Tout ça pour dire trois choses :

1- Le niveau de méfiance grandit, l’adhésion aux mesures s’effrite. La tension est palpable et il est difficile d’imaginer que les Québécois sont prêts à vivre, de nouveau, ce qui s’est passé dans le dernier mois. Aux prochaines vagues, aux prochains variants, le plan d’action du gouvernement devrait nous mener à ne plus être obligés de fermer une partie de l’économie.

2- Préparer les potentielles prochaines vagues passe, et je me répète, par une meilleure efficacité de la vaccination (si c’est nécessaire), l’accès à des tests rapides, l’imposition du passeport vaccinal et un plan pour le réseau de la santé. Le premier ministre a annoncé que le ministre de la Santé Christian Dubé y travaille.

3- Concentrons nos efforts sur la résilience de notre réseau de la santé, l’encadrement des activités sociales et économiques, les lieux de vie et de travail, pour les rendre agiles, efficaces et sécuritaires.

Comme l’écrivait Stéfane Marion, l’économiste en chef de la Banque Nationale, dans une note publiée la semaine dernière, la pandémie a révélé des capacités inadéquates dans le secteur de la santé qui pourraient bien compromettre le PIB potentiel du Québec et l’objectif ambitieux du gouvernement de rattraper l’Ontario en termes de PIB par habitant. [...] L’heure n’est pas à la complaisance. Le gouvernement devrait revoir ses priorités dans le prochain budget pour s’assurer que notre système de santé ne devienne pas un obstacle structurel à la croissance économique.

Ce sont les choix actuels du gouvernement Legault qui nous permettront de mieux traverser les prochaines étapes de la pandémie. La situation a dérapé dans les dernières semaines et le Québec doit absolument développer une façon de vivre avec la COVID-19.

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