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La pandémie, un moment propice pour la syndicalisation, affirment des experts

Une femme paie des articles à une caissière.

Seulement 15,3 % des travailleurs du secteur privé sont syndiqués au Canada.

Photo : Getty Images / EmirMemedovski

Radio-Canada

Alors que des millions de travailleurs font face à la détérioration de leurs conditions de travail en raison de la pandémie, des experts et activistes jugent le moment propice pour se syndiquer.

Bien avant qu’arrive la pandémie, Greta Whipple s'est souvent demandé quelle serait la goutte d'eau qui la forcerait à quitter son emploi à temps partiel au service à la clientèle à la librairie Indigo du centre commercial Yorkdale.

Les salaires stagnants et la crainte constante d’être mise à pied faisaient partie des facteurs qui la contrariaient le plus. Elle était toutefois convaincue que la situation n’était pas forcément meilleure ailleurs.

Je ne peux pas vous dire le nombre de fois où j'ai envisagé de changer de poste, mais j'avais vraiment le sentiment que ce ne serait que latéral, explique la jeune femme de 25 ans. Vous vous occupez de la même chose sous une marque différente.

C’était sans compter la COVID-19. Avec elle, Greta Whipple constate rapidement qu’elle ne se sent plus en sécurité au travail. Le manque d’équipement de protection individuelle et la résistance de clients qui refusent de porter un masque.

Portrait d'une jeune femme souriante.

Greta Whipple a poussé pour que les employés de la librairie Indigo du centre commercial Yorkdale se joignent à un syndicat.

Photo : Soumise par Greta Whipple

Mais, plutôt que de partir, elle décide de mettre son énergie pour convaincre ses collègues de se syndiquer à l’instar d’au moins cinq autres magasins Indigo au Canada.

La COVID-19 a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, raconte Greta Whipple. Nous avons été confinés en 2020 [et 2021] et les gens se sont absentés du travail. Je pense qu'en revenant, cela les a en quelque sorte réveillés.

Depuis l’été dernier, Mme Whipple et ses collègues font partie de 35 000 membres de la section locale 1006A des Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC), un syndicat qui représente aussi bien des travailleurs de magasins au détail, d’épiceries que des salariés de la restauration.

Un exemple à suivre, mais semé d'embûches

La démarche de Greta Whipple et des employés de cette librairie Indigo est loin d'être isolée.

Lesley Prince, directrice du recrutement de la section locale 1006A des TUAC dit constaté un fort intérêt de la part de nombreux travailleurs du commerce de détail pour la syndicalisation.

Depuis la fin de 2020, les travailleurs de quatre librairies et de huit magasins de vente au détail de cannabis en Ontario ont voté pour se joindre aux TUAC 1006A , indique-t-elle dans un courriel adressé à CBC News. Nous voyons cette tendance se poursuivre en 2022, car les travailleurs cherchent à avoir une voix significative au travail.

Il faut dire que peu d'employés du secteur privé au pays adhérent à un mouvement syndical. Selon Statistique Canada, seulement 15,3 % de ces travailleurs sont syndiqués, un chiffre en baisse par rapport à 1997 alors que 21,3 % des salariés du secteur privé appartenaient alors à un syndicat.

Un homme passe devant un magasin. Il porte un masque et des écouteurs sans fil. Dans la vitrine, une affiche dit en anglais : Nous embauchons".

Selon Statistique Canada, le nombre total d'emplois vacants, tous secteurs confondus, a atteint le chiffre record de 912 600 au troisième trimestre de 2021.

Photo : Associated Press / Jeff Chiu

Pourtant, ce n'est pas par manque de volonté, explique Jim Stanford, directeur du Centre for Future Work, un institut de recherche au Canada et en Australie.

Si vous faites un sondage et demandez aux travailleurs : "Voulez-vous la protection des salaires, des avantages sociaux et des pensions qui accompagnent un contrat syndical?", la majorité d'entre eux répondront par l'affirmative, soutient l'ancien économiste et directeur des politiques chez Unifor.

Selon lui, il s'agit davantage d'obstacles juridiques et opérationnels qui empêchent ces salariés traditionnellement non syndiqués à le faire, notamment les règles régissant les campagnes de syndicalisation et les votes d'accréditation.

Selon Satistique Canada, le pourcentage de travailleurs syndiqués dans l'ensemble du pays se maintient à plus de 30 % depuis environ une décennie, pandémie ou non, grâce à la forte syndicalisation des salariés du secteur public. En 2021, 77,2 % d'entre eux appartenaient à un syndicat.

Une autre barrière est l'intimidation des employeurs, un phénomène contre lequel les gouvernements n'en font pas assez, même s'il est illégal.

Mais avec la dégradation des conditions de travail liées à la pandémie, M. Stanford s'attend ce que les efforts visant à obtenir des droits et des protections pour les travailleurs s'accélèrent, notamment au moment de la réouverture complète de l'économie après la COVID-19.

De meilleures relations de travail

Selon Greta Whipple, bien que leur convention collective soit encore en cours de négociation, la syndicalisation a eu un effet immédiatement notable sur le moral des employés.

Je pense que la raison pour laquelle tant d'entre nous sont restés à Indigo pendant si longtemps est que nous aimons le travail. Ce que nous n'aimions pas, c'est le manque de respect que nous subissions, confie-t-elle.

« Savoir que nous avons enfin quelqu'un dans notre cour pour se porter garant de nous, cela devient beaucoup plus tentant de rester. »

— Une citation de  Greta Whipple, employée syndiquée de la librairie Indigo de centre commercial Yorkdale

De son côté, la chaîne de librairie Indigo souligne que la syndicalisation de ses magasins canadiens ne signifie pas que les travailleurs bénéficient de salaires plus élevés, de vacances, de congés de maladie payés, de prestations de santé supplémentaires ou d'heures garanties.

Avec la déduction automatique des cotisations syndicales, le salaire net des employés syndiqués est en fait inférieur. Même avec une déduction fiscale minimale, la perte de revenu peut être substantielle, précise dans un courriel Madeleine Lowenborg-Frick, directrice de la communication d'entreprise d'Indigo.

« Nous respectons le droit de nos employés à chercher une représentation tierce, mais nous préférons avoir une relation directe avec eux. »

— Une citation de  Madeleine Lowenborg-Frick, directrice de la communication d'entreprise d'Indigo

Pour Jim Stanford, les employeurs devraient néanmoins réaliser que la syndicalisation peut les aider à attirer et à retenir des salariés à long terme, en particulier en période de pénurie de main-d'œuvre.

Un syndicat offre aux travailleurs un canal sûr et prévisible pour exprimer leurs opinions et contester les décisions de la direction qu'ils considèrent comme arbitraires ou injustes, souligne-t-il. Parfois, cela fait toute la différence dans [une] expérience professionnelle.

La Chambre de commerce de l'Ontario et le Toronto Board of Trade ont refusé de commenter l'effet des syndicalisations sur les entreprises.

Avec des informations de CBC

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