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Temps durs pour les plus démunis

Des itinérants déambulent dans le secteur de la rue Saint-Jean, dans le Vieux-Québec, l'hiver.

Des itinérants déambulent dans le secteur de la rue Saint-Jean, dans le Vieux-Québec, l'hiver.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

De la détresse et davantage d'anxiété : les derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour les personnes en situation de pauvreté, notent les organismes qui les représentent dans l’Est-du-Québec. Ils dénoncent par le fait même l’inaction du gouvernement Legault pour leur venir en aide.

Devant l'inflation qui a atteint des sommets au cours de la dernière année (4,8 %) et les mesures sanitaires qui accentuent le désespoir et l'isolement des plus démunis, les organismes communautaires peinent à venir en aide à ces personnes.

On ressent beaucoup de détresse dans à peu près tous les organismes communautaires, autant du côté du personnel que de celui des personnes qu’ils aident, affirme sans ambages Jacinthe Leblanc, coordonnatrice de l’organisme Droits devant et porte-parole gaspésienne du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Et l’année 2022 ne semble pas offrir beaucoup de perspectives intéressantes aux plus démunis, à entendre les membres du Collectif.

« Il y a beaucoup de gens ces temps-ci qui pensent que la vie ne vaut plus rien, que la vie n’est pas utile : il y a une détresse. »

— Une citation de  Jacinthe Leblanc, porte-parole gaspésienne du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Besoin d'aide pour vous ou pour un ou une proche?

  • Si vous êtes en détresse, si un ou une proche vous inquiète ou si vous vivez un deuil lié au suicide, composez le 1-866-APPELLE.

Les gens se sentent démunis et seuls, et ça a des répercussions sur tout. Quand tu es anxieux, que tu ne sais pas comment tu vas faire pour te nourrir, te loger, te vêtir, que tes besoins de base sont en danger, tu penses juste à ça. Tu ne peux pas penser plus loin. Tout le monde est dans sa bulle avec ça, [cette anxiété].

Un panier d'épicerie.

Les prix des aliments ont augmenté de 3,9 % au Canada en 2021. Cette hausse se poursuivra en 2022 pour atteindre de 5 % à 7 %, selon les estimations du Rapport annuel sur les prix alimentaires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mme Leblanc indique qu’il est très difficile, dans les conditions actuelles, d’offrir des services alors que toutes les activités destinées à rejoindre leur clientèle sont suspendues.

Notre mission même est en péril, déplore-t-elle. On a bien hâte que [la pandémie] finisse afin de pouvoir accompagner ces gens-là de façon plus solide.

Des mesurettes

L'annonce de la hausse du salaire minimum à 14,25 $ de l'heure à partir du mois de mai est loin de réjouir la Table des groupes populaires, sur la Côte-Nord, à l’instar de syndicats et d’autres organismes qui luttent contre la pauvreté.

Selon l'organisme de Baie-Comeau, cette hausse de 0,75 $ du taux horaire de base n'est pas suffisante pour permettre aux personnes qui travaillent au salaire minimum de sortir de la pauvreté.

« On se demande pourquoi une personne qui travaille à temps plein au salaire minimum et qui est seule n’est pas capable de sortir de la pauvreté. C’est inacceptable. »

— Une citation de  Michel Savard, coordonnateur de la Table des groupes populaires de Baie-Comeau
Michel Dubé tient une affiche sur laquelle sont écrits les mots Minimum 18 dollars.

Michel Dubé, coordonnateur d'Action populaire Rimouski-Neigette

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Un salaire minimum d'au moins 18 $ de l'heure est demandé notamment par le Collectif pour un Québec sans pauvreté.

On dit 18 $ de l'heure, et ça, ce sont des calculs qui ont été faits l'été passé. Je ne sais pas, avec l'augmentation du coût de la vie qui est vraiment parti en flèche, ce que ça représenterait aujourd'hui, croit le coordonnateur de la Table des groupes populaires de Baie-Comeau, Michel Savard.

Il souligne d’ailleurs, pour apaiser certaines craintes, que ce n'est pas la hausse du salaire minimum qui est à l'origine de la poussée inflationniste actuelle.

Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, indique régulièrement pour sa part que le mécanisme de calcul actuel pour fixer le salaire minimum prévoit qu'il doit équivaloir à 50 % du taux horaire moyen au Québec, soit autour de 28,47 $, selon lui, actuellement.

Jean Boulet en conférence de presse.

La hausse annoncée par le ministre Boulet concerne environ 301 000 travailleurs, dont 166 000 travailleuses (archives).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

De son côté, Jacinthe Leblanc reproche à Québec de se baser sur des chiffres qui datent de 2008 pour évaluer les besoins de base des citoyens. Comme ses homologues, elle craint que le manque à gagner ne se creuse encore davantage d’ici la fin de la pandémie.

« La dignité en prend un coup et ce n’est pas les mesurettes qu’ils nous envoient ces temps-ci qui vont changer quelque chose. »

— Une citation de  Jacinthe Leblanc, porte-parole gaspésienne du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Hausse du coût du logement, hausse du prix du panier d’épicerie, hausse du coût des transports… Ce qu’on constate, c’est que les gens commencent à couper dans les soins de santé, les médicaments, soulève Michel Dubé, coordonnateur d'Action populaire Rimouski-Neigette.

La situation est tellement documentée qu' on se serait attendus à ce qu’au moins le gouvernement atteigne les 15 $ de l’heure, qui était la cible depuis des années. Mais maintenant, la cible, c’est 18 $ de l’heure, ajoute-t-il.

Jacinthe Leblanc rappelle qu'une personne sur dix n'a pas les moyens de couvrir ses besoins au Québec, des données qui datent d’avant le début de la pandémie.

Il y a des élections cette année et on espère que la population va juger le manque de solidarité que le gouvernement a démontré pendant la crise envers les citoyens les plus pauvres, conclut Michel Dubé.

Avec la collaboration de Pierre Chapdelaine et de Laurie Dufresne

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