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Vague de froid : la sécurité des sans-abris est compromise, martèlent des organismes

Un homme vu de dos dans la rue qui tend un verre pour recevoir de l'argent.

Un sans-abri fait la manche à la station Mackenzie King d'OC Transpo à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Radio-Canada

Les organismes en itinérance d'Ottawa et de Gatineau sont très inquiets pour la sécurité des sans-abris devant la vague de froid qui perdure. On craint pour la sécurité de ceux qui doivent dormir à l'extérieur. On demande des solutions durables pour sortir les gens de la rue.

En matinée vendredi, Environnement Canada a publié le maintien de l'avis de froid extrême dans pratiquement toute la région. Dans la nuit de vendredi à samedi, la température frôlera les -29 degrés Celsius alors que le refroidissement éolien pourrait atteindre -40 degrés Celsius.

Chaque année, ça devient une urgence quand il fait -45, fait valoir Vanessa Woodberry, chef d'équipe des intervenants à la Soupe populaire de Hull. On met des solutions qui sont temporaires, mais quand il ne fera plus froid, ces gens-là vont encore se retrouver à la rue.

Comme plusieurs autres organismes de l'Outaouais, Mme Woodberry réclame des solutions permanentes qui permettraient véritablement aux gens de se sortir de la rue.

« On les maintient vraiment dans la rue présentement. »

— Une citation de  Vanessa Woodberry, chef d'équipe des intervenants à la Soupe populaire de Hull

Selon cette dernière, les services offerts ne suffisent pas. Les gens sont sur des listes d’attente, ils ne savent pas où ils vont dormir ce soir, a-t-elle illustré. Elle affirme que les intervenants vivent beaucoup d'impuissance face à la situation.

La chef d'équipe explique que, depuis la fermeture du centre d'hébergement d'urgence de l'aréna Guertin, aucune solution de remplacement n'a été mise sur pied. On n’a plus rien, on a besoin d’un centre polyvalent qui accueillerait tous ces gens en détresse, a-t-elle ajouté.

Vanessa Woodberry en entrevue devant les locaux de la soupe populaire.

Vanessa Woodberry souligne que n'importe qui pourrait se retrouver en situation d'itinérance à un moment ou à un autre de sa vie.

Photo : Radio-Canada

Les organismes de la région se relaient pour s’assurer que pendant toute la journée et la nuit, les sans-abris aient au moins une option pour se réchauffer. Malgré cet effort, un problème de taille persiste : les déplacements.

Quand il fait beau, c’est bien de marcher, mais quand il fait -45, quand les personnes ne sont pas aptes, que ce soit déficience physique, santé mentale, toxicomanie, énumère Mme Woodberry. C’est sûr que nous on craint beaucoup pour leur sécurité présentement.

Cette crainte est justifiée. Il y a deux semaines, un homme est mort d'hypothermie à Gatineau. À Montréal vendredi matin, une femme en situation d'itinérance a été retrouvée morte. C'est la deuxième en 10 jours seulement.

Selon Manon Ledoux, la coordonnatrice de la Soupière de l'amitié, le froid rend la tâche plus difficile. Les gens qui couchent dans la rue, ils ont hâte que moi j’ouvre parce que la halte chaleur ferme à 9 h, a-t-elle aussi confié en entrevue.

Malgré une capacité maximale fixée à 10 personnes seulement, Mme Ledoux assure qu'elle n'a pas eu à refuser l'accès à qui que ce soit pour l'instant. Une chose l'attriste cependant : la proportion de jeunes qui viennent se chercher des repas a considérablement augmenté.

Une situation d'autant plus difficile en raison de la COVID-19

Des cas de COVID-19 ont été répertoriés la semaine dernière chez les usagers et le personnel du BRAS Outaouais. Vendredi, seuls deux employés et huit usagers étaient toujours en isolement.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais nous a fourni des places en zone chaudes pour les gens atteints de la COVID-19 en situation d’itinérance, a indiqué Annie Castonguay, la directrice adjointe du BRAS Outaouais.

Devant le froid extrême, la Santé publique a dû adapter les règles sanitaires à la situation. On a eu comme consigne de la santé publique de prioriser les places pour les gens à cause du froid plutôt que la distanciation, a expliqué Mme Castonguay.

Les organismes de l'Outaouais qui accueillent de personnes en situation d'itinérance n'ont pas à refuser le gîte à une personne pour des raisons de capacités d'accueil.

« On a également allongé les heures de la halte chaleur de Gatineau dans le secteur Notre-Dame et pour Hull, on a ouvert une pièce de plus pour installer des gens avec des lits. »

— Une citation de  Annie Castonguay, directrice adjointe du BRAS Outaouais

Même si toutes les mesures possibles ont été mises en place pour éviter aux gens de dormir dans la rue, il y a des gens qui ont passé la nuit dans leur tente dehors, a commenté Mme Castonguay.

C’est certain que ce n’est pas l’idéal, mais on ne peut pas non plus forcer les gens à sortir de leur tente, a-t-elle fait valoir. Pour assurer la sécurité de ceux-ci, le Service de police de la Ville de Gatineau a fait une tournée pour offrir de l'information sur les ressources. Les policiers ont également reçu la consigne de diriger les gens vers la halte chaleur en cas de besoin.

La distanciation s'applique quand même à Ottawa

Dans la capitale nationale, la situation est différente. Les refuges sont tenus de respecter la limite de capacité et de respecter la distanciation physique, et ce, même par période de grand froid.

Le directeur général de la Mission d'Ottawa, Peter Tilley, indique qu'en temps normal, ils ont 259 lits à la disposition des sans-abris, mais qu'en raison de la pandémie, seuls 190 lits sont disponibles.

Une affiche est installée sur le bâtiment de la Mission d'Ottawa. On y lit : ouvert 24 heures par jours et 365 jours par année.

En raison des restrictions sanitaires, la Mission d'Ottawa ne peut pas héberger autant de gens qu'à l'habitude.

Photo : Radio-Canada

La Ville d'Ottawa a cependant proposé des alternatives pour permettre à la Mission d'Ottawa d'accueillir les sans-abris. On a un arrangement avec la Ville et on peut déplacer des gens au 75, rue Nicholas ou à l’aréna Tom Brown, a expliqué M. Tilley.

« Nous sommes très reconnaissant que la Ville ait ouvert l’aréna Tom Brown, non seulement comme centre de jour, mais aussi d’offrir des lits la nuit.  »

— Une citation de  Peter Tilley, directeur général de la Mission d'Ottawa

Selon le directeur général, la Mission d'Ottawa a atteint sa pleine capacité depuis les avertissements de grands froids des derniers jours, mais que tous ceux qui sont venus chercher refuge ont été accommodés.

Pour ce qui est de ceux qui refusent de passer la nuit à l'un des endroits prévus à cet effet en raison de craintes concernant le coronavirus ou d'une méfiance envers les autres, plusieurs patrouilles sont organisées chaque jour par les différents organismes de la région. On fait de notre mieux pour garder les gens au chaud, a assuré M. Tilley.

Avec les informations de Nafi Alibert et de CBC

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