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Les Louanges amène sa pop bigarrée à un autre niveau sur Crash

Un jeune homme de profil, sur fond jaune.

Vincent Roberge, alias Les Louanges, lance son deuxième opus, « Crash ».

Photo : Bonsound / Alex Blouin/Jodi Heartz

Charles Rioux

Vincent Roberge, alias Les Louanges, lance vendredi son deuxième album, Crash, trois ans après le séisme provoqué par la sortie de son premier opus, La nuit est une panthère (2018). Le jeune homme originaire de Lévis continue de jouer avec les codes de la pop et du R’n’B, tout en démontrant une fois de plus son don pour les mélodies diaboliquement efficaces.

Fuck la microdose, moi j’y vais à fond, lance Vincent Roberge sur la pièce d’introduction à saveur jazz de son nouvel album, Prologue. C’est ainsi que Les Louanges annonce ses couleurs pour les 14 titres qui suivent, sur lesquels il poursuit son exploration musicale hors des sentiers battus.

Le chanteur et multi-instrumentiste a commencé la composition de Crash à son retour forcé de France à la fin de l’hiver 2020, alors qu'il devait se produire à Marseille. Il a ensuite dû annuler toute sa tournée, notamment son premier concert au MTelus, à guichets fermés.

De retour au Québec, il a passé sa quarantaine dans le chalet de la famille de sa gérante, avec ses instruments. J’ai [transformé] le chalet en studio, explique-t-il au bout du fil, à quelques jours de la sortie de son album.

« Dans la vie, il y a plein d’affaires que tu ne peux pas contrôler. Faire de l’art, de la musique, pour moi, c’est une manière d’avoir un certain contrôle. »

— Une citation de  Les Louanges

Vincent compare son état d’esprit au début de la pandémie à celui de Don Draper, le stoïque protagoniste de la série Mad Men. En se lançant à pieds joints dans le travail, peut-être pourrait-il éviter de devoir composer avec ce qui se passait autour de lui.

Le tumulte de la vingtaine et du succès

Cette pause soudaine a permis au jeune musicien de prendre un pas de recul et de constater le chemin parcouru depuis ses débuts pas si lointains. Mon album est sorti quand j'avais 23 ans. La jeune vingtaine reste quand même un moment vraiment le fun, mais des fois, c’est vraiment raide.

« Crash, c’est l’impact, c’est la vraie vie qui te rentre dedans. »

— Une citation de  Les Louanges

Thématiquement, Crash traite donc de ce tumulte qui suit parfois le succès instantané, entre le regard des autres qui change, les obligations professionnelles et le risque de brûler la chandelle par les deux bouts.

Le tout avec, en trame de fond, une histoire d’amour qui se termine, évoquée dans la chanson Qu’est-ce que tu me fais. Je suis tombé en amour pis pas à peu près, pis quand je pogne ma débarque, je la pogne pas à peu près, résume le musicien.

Les Louanges, homme-orchestre

Si Les Louanges est un nom pluriel, le processus créatif de Vincent Roberge a toujours été l’affaire d’un seul homme, ou presque. Cette formule n’a pas changé sur Crash.

Je dois t’avouer qu'au niveau créatif, l’équipe est très restreinte. J’ai quand même un EP, un album, une trame sonore de film, du travail pour la pub; je commence à en avoir un peu derrière la cravate, explique-t-il. J’ai acquis une certaine expérience et je suis de plus en plus autonome.

Le seul autre cerveau ayant accès au poste de commande est le Français Félix Petit, Montréalais d’adoption, fidèle collaborateur de l'artiste, qui a coréalisé et arrangé La nuit est une panthère.

Ce dernier intervient lorsque Vincent se perd dans ses idées et lorsque vient le temps d’exécuter certains trucs qui lui échappent. On finit les tounes ensemble. Il est là aussi pour le contrôle de la qualité, il agit même comme souffleur parfois quand j’oublie mes paroles.

Un jeune homme tient un pissenlit, sur fond bleu. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vincent Roberge, alias Les Louanges

Photo : Bonsound / Alex Blouin/Jodi Heartz

Pour les vrais instruments qui se mélangent à ses chansons, largement composées sur ordinateur, Les Louanges peut également compter sur les musiciens Gabriel Godbout-Castonguay, Pierre-David Girard et William Côté, le meilleur drummer du Québec, ainsi que les chanteuses québécoises Marie-Christine Depestre et Dawn Cumberbatch aux chœurs.

Chanter avec Corneille, le king du R’n’B conscient

Pour la première fois sur un album, Les Louanges a également enregistré une chanson avec un autre artiste. Le chanteur Corneille ajoute sa voix à la pièce-titre, Crash.

Félix me disait à la blague que ma musique, c’était du "R’n’B conscient", un peu comme du rap conscient. Après, on s'est demandé c’était qui, le "king du R’n’B conscient", le top. Et le king, c’est Corneille, en tout cas au Québec et dans la francophonie, explique Vincent.

Une collaboration inattendue, qui surprend encore Vincent Roberge des mois plus tard. Pour moi, je vis dans une simulation, résume-t-il en riant.

Des influences métabolisées en un son unique

Le son de l'artiste Les Louanges découle d’un creuset d’influences disparates qui étaient plus faciles à cerner sur son premier album. Sur Crash, le jeune mélomane semble avoir absorbé, puis métabolisé ces influences pour arriver à une esthétique sonore qui lui est propre, quelque part entre le R’n’B, la pop, la soul, le jazz et le rap.

Je dois t’avouer que pour le premier album, j’avais des exemples clairs sur lesquels me reposer. Un des grands, pour moi, c’était Frank Ocean et son album Channel Orange. Ou encore Anderson .Paak, quand il est arrivé avec Venice (2014), puis Malibu (2016), résume Vincent.

Mais pour Crash, je n’y ai pas trop pensé. J’ai essayé de suivre mon guts et de faire quelque chose que je n’entendais pas trop non plus. Maintenant, c’est plus facile de faire du reverse engineering, [de l’ingénierie inverse]. Quand j’écoute mes tounes, je vois très bien où je me retrouve dans mon iTunes.

Il donne l’exemple de Chaussée, premier simple de l’album lancé en septembre dernier, qui lui fait penser à la chanson Strange Relationship, de Prince. Ou encore Cruze, une mention de la chanson Feel Good Hit of the Summer, de Queens of the Stone Age, autant dans le thème que dans le rythme. Il cite aussi l’influence récente d'un saxophoniste américain vivant à Montréal, Colin Stetson, que Félix Petit lui a fait découvrir.

La nouvelle pop québécoise

Il y a quelques mois, en entrevue pour la sortie de leur deuxième album, les gars du groupe Choses Sauvages ont glissé un mot sur Les Louanges, affirmant qu’avec Hubert Lenoir, il faisait partie de ces artistes de la nouvelle génération qui ouvrent la porte à aller faire une pop alternative, un peu plus « champ gauche ».

Un constat avec lequel Vincent Roberge n’est pas en désaccord. J’ai l’impression de faire partie d’une génération qui mélange le jeu de cartes. Mais, au-delà des étiquettes, Les Louanges affirme que sa démarche est d’abord motivée par son amour profond pour la musique.

Pour moi, la musique, c’est l’affaire qui se rapproche le plus d’une croyance religieuse. Je fais de la musique pour le Vincent mélomane, et je fais de la musique pour les prochains ti-culs mélomanes.

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