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Cinq ans après le verglas, la Péninsule mieux outillée pour affronter la prochaine tempête

En janvier 2017, une tempête sans précédent de pluie verglaçante a décimé le réseau électrique du Nouveau-Brunswick et fait deux morts. Plusieurs régions ont été privées d’électricité par temps glacial. Des localités de la Péninsule acadienne ont seulement retrouvé le courant après 12 jours.

Un poteau électrique tombé à Chiasson Office pendant la crise du verglas

Un poteau électrique tombé à Chiasson Office pendant la crise du verglas (archives).

Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Janique LeBlanc

La Péninsule acadienne est mieux préparée aujourd'hui pour affronter les situations d’urgence. Cinq ans après la crise du verglas, les municipalités se sont dotées de plans d’urgences complets, des entreprises ont pris les grands moyens pour rester ouvertes pendant les pannes d’électricité et Énergie NB a renforcé son réseau électrique. Toutefois, des défis persistent.

Des entrepreneurs mieux préparés

Jacques Chiasson, directeur de la Coopérative de Lamèque, debout devant un rayon de viandes à l'épicerie.

Jacques Chiasson, directeur de la Coopérative de Lamèque, a acheté deux génératrices qui lui permettent de continuer à desservir sa communauté lors de pannes d'électricité.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Aujourd’hui, le directeur de la Coopérative de Lamèque ne craint plus les pannes d’électricité qui lui causaient des nuits blanches et d’importantes pertes. L’entreprise a investi 260 000 $ pour se doter d’une puissante génératrice pour le supermarché, la pharmacie et la quincaillerie.

Avec la génératrice, ça prend 23 secondes et mon magasin reprend de nouveau. Tout est fonctionnel à 100 %. C'est vraiment une grosse sécurité pour les gens de la communauté et beaucoup, beaucoup moins de stress pour nous, les dirigeants, d'avoir des pertes, explique Jacques Chiasson.

Une génératrice portative peut aussi alimenter la station-service, très fréquentée lors des pannes par les clients cherchant de l’essence pour leur génératrice.

Mathieu Chayer, responsable fédéral des mesures d'urgence pour le Nouveau-Brunswick, debout devant l'édifice qui abrite le bureau du coordonnateur des mesures d'urgence de la Péninsule acadienne et qui sert de lieu de coordination en temps de crise.

Mathieu Chayer est le nouveau responsable fédéral des mesures d'urgence pour le Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Le nouveau responsable fédéral des mesures d'urgence pour le Nouveau-Brunswick, Mathieu Chayer, affirme que le verglas a sensibilisé les gens, les entreprises et les municipalités à mieux se préparer et à rester aux aguets des catastrophes naturelles.

Cet ancien militaire a été le premier coordonnateur de l’Organisation des mesures d’urgence (OMU) pour la Péninsule acadienne. Il a occupé ce poste jusqu'à l'automne dernier.

Des municipalités mieux équipées pour répondre aux urgences

Mathieu Chayer assure que les 14 municipalités de la région ont toutes un plan de mesures d'urgence.

C’est une situation un peu unique dans les régions, que vraiment on a 100 %, dit celui qui a beaucoup travaillé avec les municipalités pour exercer la mise en pratique de leur plan d’urgence.

Cédric Landry, devant l'édifice qui abrite le bureau du coordonnateur des mesures d'urgence de la Péninsule acadienne et qui sert de lieu de coordination en temps de crise.

Cédric Landry et responsable des communications et des mesures d'urgence à la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

De son côté, la commission des services régionaux de la Péninsule acadienne (CSRPA) informe les nouveaux élus de leurs obligations et assure le suivi des plans d'urgence municipaux.

Une fois par année, on a une révision du plan pour les nouveaux employés ou même des employés de la municipalité qui sont là depuis un moment pour voir s’ils se souviennent de leur rôle, s'il y a des lacunes ou s’il y a des modifications qu’on peut apporter parce qu'on a appris de nouvelles choses, explique le responsable des communications et des mesures d'urgence à la CSRPA, Cédric Landry.

Dave Brown dehors devant un conteneur de métal vert qui abrite une génératrice.

Dave Brown, directeur général de la Ville de Lamèque, devant une nouvelle génératrice installée pour permettre de mieux faire face aux situations d'urgence dans sa communauté.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

La ville de Lamèque a installé des génératrices au complexe municipal qui abrite la caserne de pompiers et les travaux publics. D’autres génératrices peuvent alimenter la tour d’eau et le système de traitement des eaux.

Si demain matin une nouvelle crise du verglas apparaissait, on a un centre d’opérations avec des génératrices, on est prêts, puis en un claquement des doigts, on se met en opération, assure Dave Brown, le directeur général de la ville de Lamèque.

Depuis 2017, la municipalité entourée d’eau a colligé un registre avec les noms des résidents de chaque domicile.

« S'il y a une urgence dans un tel secteur, on peut donner [la liste des résidents] aux pompiers. Ils vont faire du porte-à-porte. C'est beaucoup plus facile. On n'avait pas cette banque de données avant, maintenant on l’a. »

— Une citation de  Dave Brown, directeur général, Ville de Lamèque

La ville de Tracadie a maintenant trois centres communautaires équipés de génératrices au diesel où les gens pourront se réchauffer ou même dormir en cas de crise majeure.

Son responsable des mesures d’urgence, Scott Myles, indique qu'il a de petites génératrices, des bacs contenant des sacs de couchage, des chargeurs et tout ce qu’il faut pour nourrir les personnes appelées à gérer une situation de crise.

Scott Myles, responsable des mesures d'urgence à la Ville de Tracadie, debout devant des bacs de plastique noir.

Scott Myles est responsable des mesures d'urgence à la Ville de Tracadie.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Tracadie est aussi équipée d’un nouveau système de communication, aux allures de walkie-talkie, qui permet de mettre en lien tous les premiers répondants.

On n’avait pas de façon de communiquer avec une autre agence, mais avec ça, on peut contacter la répartitrice du 911, elle ouvre un poste qui est attitré aux policiers ou aux ressources naturelles ou aux mesures d’urgence puis là on peut communiquer directement sur la radio, précise l’ancien policier Scott Myles.

Des trousses d'urgence en région

Pour les régions moins bien équipées, le coordinateur de l'OMU a prévu quatre trousses d'urgence faciles à déplacer qui permettent de soutenir le comité de coordination d’une crise pendant 72 heures.

On y trouve notamment de la nourriture lyophilisée, des pilules de purification d’eau, des lits pliants et des chargeurs solaires pour téléphones cellulaires.

Il fallait que ce comité-là puisse avoir la paix d'esprit et savoir que oui, je vais manger, je vais boire. Je vais pouvoir charger mon cellulaire pour savoir ce qui se passe et regarder la météo, explique Mathieu Chayer de l'OMU.

Amélioration du réseau électrique

La société Énergie NB a investi plus de 50 millions de dollars pour renforcer le réseau électrique dans la Péninsule acadienne.

Elle a remplacé plus de 600 poteaux électriques par des plus résistants, certains en acier. Les transversales en métal plus résistantes ont pris la place de celles en bois. Au moins 189 transformateurs ont été remplacés.

Marc Belliveau.

Marc Belliveau, responsable des communications pour Énergie Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Camille Bourdeau

Le travail continue même cinq ans après sur nos lignes de transmission, des infrastructures beaucoup plus fortes. Nous avons fait des investissements assez profonds sur des logiciels, des systèmes d’ordinateurs qui nous donnent une meilleure idée où on va avoir des pannes avant une tempête par exemple, explique le porte-parole d’Énergie Nouveau-Brunswick, Marc Belliveau.

Selon lui, la société d’électricité a aussi amélioré ses communications avec les clients pour mieux estimer la durée des pannes.

Un monteur de ligne dans sa nacelle coupe des branches couchées sur les fils sous le poids du verglas

Il avait fallu une douzaine de jours de travail acharné pour rétablir le courant pour les 133 000 clients d'Énergie NB touchés par les pannes durant la crise du verglas 2017.

Photo : Radio-Canada

Pendant la crise du verglas, Énergie NB a dû gérer 380 équipes de monteurs de lignes, bien plus que les 72 équipes dont elle dispose normalement.

Les leçons de 2017 ont mené à une révision du fonctionnement de son centre de commandement.

« Quand on a une grosse tempête, immédiatement, il y a une équipe de plusieurs douzaines de personnes. Tout le monde travaille et tout le monde sait exactement quelle est leur tâche. »

— Une citation de  Marc Belliveau, porte-parole d'Énergie NB

Soutien aux personnes vulnérables en temps de crise

La crise du verglas a mis au jour la vulnérabilité de personnes pauvres et isolées, parfois dans des maisons presque inhabitables.

Martine Haché, aujourd’hui directrice du Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne, se souvient que des employés cognaient aux portes pendant la crise pour donner une boîte de nourriture aux personnes dans le besoin.

Martine Haché, assise dans une salle communautaire, tient un livre intitulé Rita le verglas.

Martine Haché, directrice générale du Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne, qui a produit un livre pour enfants sur la crise du verglas.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

« Ça a été une réalité assez choquante pour beaucoup de gens de la Péninsule acadienne (de voir) qu’il y avait encore des gens qui étaient isolés, pauvres aussi. »

— Une citation de  Martine Haché, directrice du Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne

Chacun des programmes du Centre de bénévolat a développé un système de communication avec la liste des clients et les numéros de téléphone des personnes à joindre.

Est-ce que c'est parfait? Sûrement pas. Mais c'est certainement amélioré par rapport à ce qu'on avait en 2017, admet Martine Haché. Elle croit qu’il faudra refaire du porte-à-porte pour rejoindre les personnes isolées si une nouvelle crise du genre se reproduit.

La Péninsule acadienne mieux préparée qu’ailleurs?

Échaudée par la crise du verglas, la Péninsule acadienne a fait ses devoirs en matière de préparation aux urgences.

« On est beaucoup plus prêt qu'on l'était avant le verglas. Puis, je dirais même que je suis confiant qu'on est beaucoup plus prêt que la plupart des autres régions dans la province. »

— Une citation de  Mathieu Chayer, nouveau responsable fédéral des mesures d'urgence pour le Nouveau-Brunswick

Selon le site de l’Organisation des mesures d'urgence, 87 % des municipalités du Nouveau-Brunswick ont un plan d'urgence. Une statistique qui ne rassure pas Paul Lang, directeur général de la Commission des services régionaux de Kent.

Ça veut dire qu’ils ont quelque chose sur papier, mais ça ne veut pas dire que c'est à jour, dit-il.

Paul Lang, devant l'édifice qui abrite la Commission des services régionaux de Kent.

Paul Lang, directeur général de la Commission des services régionaux de Kent, pense qu'il est important que les municipalités révisent leur plan d'urgence régulièrement.

Photo : Radio-Canada / René Godin

La loi sur les mesures d’urgence oblige les municipalités à avoir un plan, mais le gouvernement n’a pas d’incitatif ou de mesures coercitives pour s’assurer que leur plan est à jour et fonctionnel.

Ça n'existe pas présentement donc on peut se retrouver avec un certain pourcentage de nos municipalités qui ont un plan qui date de peut-être de 20, 25 ans, explique Paul Lang.

Cette situation est préoccupante alors que les événements météorologiques extrêmes se multiplient.

Avec le changement climatique, c'est sûr qu'on va avoir besoin de changer nos manières de penser aussi, puis NB Power devrait faire la même chose parce que c'est pas les mêmes conditions qu’il y avait 10, 15 ans passés, lance le maire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, Bernard Savoie.

Bernard Savoie, maire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, dans un dépanneur.

Bernard Savoie, maire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, pense que les gens de sa communauté sont plus prêts à affronter les tempêtes.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Chez Énergie Nouveau-Brunswick, Marc Belliveau admet qu’il est très difficile de prédire ce qui va se passer dans les années à venir. On suit les normes dans l'industrie. Les régions côtières se font frapper vraiment dur donc on essaie de renforcer même plus nos réseaux-là, explique le porte-parole de la société d’électricité.

Même avec un réseau électrique renforcé, la région des îles de Lamèque et Miscou a subi plusieurs pannes récentes à cause du froid et du sel marin accumulé sur les isolateurs.

Le directeur de la Coopérative de Lamèque se demande si Énergie NB a vraiment bien équipé la région en fonction de ses conditions météorologiques difficiles.

Quand on dit que c'est le salange [la vapeur salée dans l’air près de la mer] qui fait que ça altère les bornes où les fils passent, ils doivent savoir que dans les îles, il y a du salange. Ça fait qu’on peut se poser certaines questions, affirme Jacques Chiasson.

Prévoir une urgence en pleine pandémie

Hormis les pannes d’électricité, plusieurs s’interrogent sur le déroulement d’une opération d’urgence qui surviendrait en période de confinement à cause de la COVID-19.

Mathieu Chayer y avait pensé bien avant la pandémie.

Comme coordonnateur de l’OMU dans la Péninsule acadienne, il a mis des masques N-95 dans les quatre trousses d’urgence en prévision d’une éclosion encore plus mortelle que la COVID-19, comme le virus Ebola.

Les plans d’urgence de la région prévoient aussi des interventions adaptées à la pandémie.

C'est sûr que ça ne sera pas la même chose qu'avant. On a besoin de centres d'accueil beaucoup plus grands pour maintenir la distanciation, de règlements comme le port du masque à l'intérieur du centre d'accueil et des tests de COVID faits régulièrement. La planification a été faite. C'est sûr qu'on se croise les doigts. On espère que ça n'arrive pas, conclut le nouveau responsable fédéral des mesures d’urgence au Nouveau-Brunswick.

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