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Primes aux infirmières : Québec est loin de l’objectif espéré

Le premier ministre parlait « d’une petite révolution » lors de l’annonce du programme, cet automne.

Une infirmière marche dans une aile à l'hôpital.

Une prime salariale n'était peut-être pas la mesure qu'attendaient les infirmières avec impatience.

Photo : Radio-Canada / Peter Turek

Des primes allant de 12 000 à 15 000 $ pour combler la pénurie de main-d’oeuvre en santé. De quoi faire saliver de nombreux travailleurs. Près de cinq mois après l’annonce du gouvernement, qui souhaitait ramener 4300 infirmières dans le réseau, l’objectif est loin d’être atteint.

En date du 19 janvier 2022, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) confirme avoir procédé à l’embauche de 2163 infirmières en lien avec les nouvelles primes offertes.

Ce qu’on vous annonce aujourd’hui, ce n’est rien de moins qu’une petite révolution dans la gestion du réseau de la santé, avait pourtant affirmé le premier ministre François Legault, lors de l’annonce du programme, en septembre.

Le compteur continue toutefois de tourner. Les infirmières, ainsi que les inhalothérapeutes et les perfusionnistes cliniques, ont maintenant jusqu’au 31 mars pour signer leur engagement de travail à temps complet. C'est la deuxième fois que la date limite est repoussée.

Le gouvernement a aussi présenté à la mi-janvier un plan de 500 millions de dollars afin de garder son personnel de la santé, durant cette cinquième vague de COVID-19.

51 % d’adhésion à Québec

Ces primes d’environ 15 000 $ venaient avec quelques conditions, entre autres les congés sans solde. Un travailleur qui signe une entente pour obtenir la prime s’engage à prendre un maximum de 10 jours de congé.

Selon Laurier Ouellet, du Syndicat des professionnels en soins de Chaudière-Appalaches, les infirmières ont été peu nombreuses à se prévaloir des primes, parce que les restrictions étaient encore trop nombreuses.

Elles avaient peur aussi que ça chamboule leur horaire encore plus, comme si elles avaient maintenant les mains liées, soutient-il.

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, 46 % des salariés qui auraient pu demander la prime, ont signé l’engagement.

En moyenne, selon les données obtenues par les établissements de santé de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale, 51 % des infirmières ont demandé la prime.

Le CHU de Québec-Université Laval s’en tire avec le taux le plus élevé, soit 63 %. Suit l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) avec 744 employés qui ont signé sur 1310 employés qui répondaient aux critères pour obtenir les primes (56 %).

12 000 travailleurs absents

Ces primes d’environ 15 000 $ servaient dans un premier temps à offrir un bonus aux infirmières qui sont déjà à temps plein dans le réseau.

Le MSSS n’est pas encore en mesure de dire combien d’infirmières de cette catégorie, dans l’ensemble de la province, ont demandé la prime.

Le gouvernement souhaitait aussi encourager les infirmières à temps partiel à s’engager dans un horaire à temps complet durant un an.

La mesure a permis de rehausser 5181 travailleurs à temps partiel vers du temps plein au Québec, d’après le MSSS.

Et, de manière plus générale, la situation s’améliore dans le réseau. Mardi, le ministre de la Santé s’est félicité que le Québec soit passé de 20 000 travailleurs absents à 12 000. Nos efforts ont été payants… mais on est encore dans la tempête, a cependant tenu à préciser Christian Dubé.

Plan rapproché de Christian Dubé devant des drapeaux du Québec

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en conférence de presse. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La qualité de vie au travail

Difficile d'expliquer totalement pourquoi des employés ne sont pas si enthousiastes à l’idée de recevoir une prime.

Une professeure adjointe en gestion des ressources humaines à l’École nationale d'administration publique explique que l’aspect financier n’est pas toujours au sommet de la pyramide des priorités des employés.

Dans la littérature scientifique, des études sur l'opinion des infirmières démontrent qu’elles sont davantage à la recherche de reconnaissance. On voit un fort désir de participer aux décisions, d’avoir plus de latitude décisionnelle. Ce n'est pas seulement l’intérêt pécuniaire qui les motive, poursuit Maude Boulet, dont les travaux portent sur la qualité de vie au travail.

Si on fait juste donner une prime, ou augmenter les salaires, les irritants ne s’en iront pas automatiquement, fait-elle valoir.

Plan rapproché de Maude Boulet, souriante

Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines

Photo : ENAP/Denis Chalifour

Elle précise que lors de sondages récents sur le terrain, dans les milieux de la santé et de l’éducation, il a été observé que la charge de travail demeure l’aspect principal qui préoccupe les employés rencontrés.

Avec les primes annoncées en septembre, le gouvernement souhaitait justement ajouter du personnel pour diminuer la pression sur les épaules des travailleurs déjà présents.

C'était, bien entendu, avant l'arrivée du variant Omicron et la hausse fulgurante des admissions dans les hôpitaux du Québec et d'ailleurs au pays.

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