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Mort d’un travailleur migrant temporaire dans Windsor-Essex

Six travailleurs agricoles cueillent des fraises dans un champ.

Le travailleur ne réagissait pas lorsqu'il a été retrouvé.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson/CBC

Un travailleur migrant d’une quarantaine d’années, originaire de la Jamaïque, est mort alors qu’il effectuait sa quarantaine.

C’est une nouvelle absolument triste pour Joe Sbrocchi, directeur général de l’Association des producteurs en serre de fruits et légumes de l'Ontario (Ontario Greenhouse Vegetable Growers) qui indique que le travailleur était en isolement dans un espace approuvé par la santé publique.

Il affirme que cette situation fait partie de celles dans lesquelles on ne sait absolument pas ce qui aurait pu être fait pour éviter le pire.

Le jour qui a précédé, il semblait bien aller. Il ne réagissait pas lorsqu’on l’a retrouvé le matin du 17 janvier. Il était censé sortir de quarantaine le 18 janvier. [...] Lorsque le propriétaire est allé s’enquérir, puisqu’il faisait lui-même ces visites, il ne répondait pas à la porte, explique-t-il

« Je ne saurais trop insister sur le fait que tous les protocoles ont été respectés à la lettre. Malheureusement, ce genre de choses arrivent, ce qui est malheureux. »

— Une citation de  Joe Sbrocchi, directeur général, Association des producteurs en serre de fruits et légumes de l'Ontario.

M. Sbrocchi affirme que le travailleur, qui était doublement vacciné, précise-t-il, avait été déclaré positif à son arrivée au Canada.

Ce n’est pas la première fois qu’un travailleur agricole décède dans Windsor-Essex. Durant l’été 2020, différentes éclosions ont eu lieu dans des exploitations de la région et des travailleurs ont perdu la vie.

Le fédéral sur le banc des accusés

S’il ignore tout des raisons qui ont conduit à ce décès, il insiste sur le fait que les protocoles prévus par la santé publique ont été respectés à la lettre par l’agriculteur pour lequel le défunt allait travailler.

Je pense qu’il serait juste de dire qu’il y a énormément de protocoles, des protocoles dans les exploitations agricoles, qui ont été développés en collaboration avec les experts en santé, avec le gouvernement de l’Ontario, indique-t-il.

Joe Sbrocchi en visioconférence.

Joe Sbrocchi affirme que les protocoles ont été scrupuleusement respectés par l'agriculteur.

Photo : CBC

Pour Syed Hussan, directeur de l’organisme Migrant Workers Alliance for Change qui défend les droits des travailleurs migrants, trop peu est fait pour les protéger.

Ça fait des années que cette crise est en cours. Les travailleurs migrants continuent de mourir, ils travaillent lorsqu’ils sont malades, on les blâme pour la COVID et le gouvernement fédéral refuse de faire la seule chose dont les travailleurs migrants ont besoin pour se protéger, il s’agit d’un statut de résident permanent, explique-t-il.

Son organisme, souligne M. Hussan, est toujours dans l’attente de réponses. Nous ne savons pas pour quelle raison cette personne est décédée. [...] Nous voulons de l’action, pas des mots, pas des explications, nous ne voulons pas que le blâme soit jeté sur la COVID-19.

« Cet homme, comme beaucoup d’autres, est venu au Canada pour cultiver vos tomates, vos poivrons et vos concombres. Il est mort à cause des échecs du système d’immigration fédéral. »

— Une citation de  Syed Hussan, directeur de l’organisme Migrant Workers Alliance for Change.

M. Hussan dit ne pas vouloir dévoiler la totalité des détails dont il dispose à la fois pour respecter la vie privée des proches du défunt, mais également pour éviter des représailles aux travailleurs qui sont au courant de l’affaire et qui transmettent les informations aux associations qui défendent leurs droits.

Peur et stupeur

Syed Hussan affirme toutefois que les travailleurs sont considérablement affectés par cette situation, certains craignant même pour leur vie.

À la fois les travailleurs qui sont employés dans cette exploitation [celle dans laquelle travaillait le défunt] et ceux qui le connaissaient, ne savent pas à quoi va ressembler le futur. [...] De nombreux travailleurs nous disent qu’ils doivent simplement s’accrocher, indique-t-il.

« Les travailleurs à travers le monde disent maintenant à leur famille qu’ils doivent aller là-bas [au Canada] mais qu’ils ne savent pas s’ils vont rentrer parce que personne ne va s’assurer que les règles soient meilleures. »

— Une citation de  Syed Hussan, directeur de l’organisme Migrant Workers Alliance for Change.
Un défenseur des droits des travailleurs agricoles au micro.

Syed Hussan se dit fatigué d'entendre les belles paroles du gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Julia Kosak

M. Hussan indique que nombre de travailleurs n’ont pas les protections individuelles adéquates et ne vivent pas dans les conditions décentes, une situation qui l’inquiète puisqu’on n’en est encore qu’au début de la saison agricole.

Les gens commencent à peine à arriver. Nous ne pouvons pas endurer une troisième année de catastrophes. Il y a déjà à Windsor-Essex et à travers le pays des personnes qui travaillent alors qu’elles sont malades, précise-t-il.

Pour Joe Sbrocchi, la solution réside plutôt dans l'aménagement de la manière dont fonctionne la quarantaine des travailleurs.

Il considère qu’il est souhaitable à la fois pour la santé mentale des travailleurs et pour leur sécurité qu’ils ne fassent pas leur quarantaine seuls.

Ils devraient au moins être autorisés à s'isoler par groupe de deux, ce que nous demandons depuis un certain temps. Durant l’été 2020, nous avons demandé que les travailleurs puissent être deux par chambre, afin qu’ils puissent passer le temps de quarantaine ensemble vu que certains d’entre eux n’avaient pas de symptômes, indique-t-il.

« À l’origine, lorsque nous avons fait cette proposition, tout le monde a pensé que nous essayons de faire des économies d’argent. Il n’a jamais été question de ça. Il s’agissait du fait que ces agriculteurs connaissent leurs travailleurs. Certains de ces travailleurs reviennent 9, 10, 11 ans de suite. »

— Une citation de  Joe Sbrocchi, directeur général, Association des producteurs en serre de fruits et légumes de l'Ontario.

M. Sbrocchi ajoute que s’ils font la quarantaine ensemble, [les travailleurs] peuvent veiller les uns sur les autres parce que même si vous êtes dans un centre d’isolement, cela ne signifie pas que vous aurez quelqu’un qui veillera sur vous tout le temps.

Le bureau de santé locale de Windsor-Essex, refuse de se prononcer sur le décès du travailleur migrant.

Le médecin hygiéniste local, le Dr Shanker Nesathurai, affirme vouloir respecter la vie privée des personnes concernées par cette tragédie.

En ce qui concerne le ministre du Travail de l’Ontario, Radio Canada n’avait pas encore reçu de réponse à sa demande d’information au moment de la publication de ce texte.

Avec des informations de CBC News

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