•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pandémie ou endémie? L’Espagne lance le débat sur l’avenir de la COVID-19

Des citoyens font la file pour le test de la COVID-19 près de Barcelone, en Espagne.

Des citoyens font la file pour le test de la COVID-19 près de Barcelone, en Espagne (archives).

Photo : Reuters / ALBERT GEA

Agence France-Presse

En faisant part de sa volonté de traiter la COVID-19 comme une maladie « endémique », l'Espagne a lancé le débat entre des gouvernements qui aspirent à un retour à la normalité et une communauté médicale qui estime cette évolution prématurée et qui y va d'un appel à la prudence.

La pandémie va-t-elle pouvoir être traitée à terme comme une simple grippe? Si plusieurs responsables politiques ont évoqué cette hypothèse, le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez a été le plus explicite dans sa volonté de faire évoluer sa stratégie sanitaire dans cette direction.

L'Espagne travaille avec la communauté scientifique pour, le moment venu, passer d'une gestion de pandémie à une gestion d'une maladie dont nous espérons qu'elle soit rendue endémique par la science, a affirmé lundi M. Sanchez.

Cette étape, selon le gouvernement espagnol, serait rendue possible par les progrès réalisés en matière de vaccination, mais aussi par le nouveau contexte épidémique, marqué par l'omniprésence du variant Omicron.

Ce dernier a entraîné une explosion des contaminations dans de nombreux pays, mais avec des effets plus limités sur les hospitalisations et les décès, ce qui a amené plusieurs pays à alléger les restrictions sanitaires.

Alors que la COVID-19 devient endémique, nous devons remplacer les obligations légales par des conseils et recommandations, a ainsi affirmé le premier ministre britannique Boris Johnson en annonçant mercredi la levée prochaine de l'essentiel des restrictions anti-COVID-19.

Mais des voix se sont élevées pour avertir qu'une telle évolution était prématurée. La pandémie est loin d'être terminée, a mis en garde mardi le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, en rappelant que de nouveaux variants étaient susceptibles d'émerger.

Pour l'agence onusienne, une éventuelle transformation de la COVID-19 en endémie, à savoir une maladie infectieuse présente de façon latente, ne devrait d'ailleurs pas se traduire par un relâchement sanitaire.

Endémique en soi ne signifie pas que c'est bien; endémique signifie simplement que c'est là pour toujours, a souligné mardi le directeur des urgences de l'OMS, Michael Ryan, en rappelant que le paludisme endémique tuait chaque année des centaines de milliers de personnes.

L'Espagne est bien placée pour lancer ce débat, car elle a l'un des taux de vaccination les plus élevés au monde, avec 90,5 % des plus de 12 ans entièrement immunisés.

Un optimisme prématuré, selon certains

Mais pour Fernando Garcia, chercheur au Centre national d'épidémiologie en Espagne et porte-parole de l'Association madrilène de santé publique, parler de fin de la pandémie à ce stade revient à créer de fausses illusions.

Nous nous dirigeons effectivement vers une endémie accrue du virus, mais je pense que nous ne pouvons pas dire que nous avons déjà atteint cette situation, a souligné Marco Cavaleri, responsable de la stratégie de vaccination de l'Agence européenne des médicaments (EMA).

En ce qui concerne le nombre de cas, il n'existe pas de frontière claire entre l'épidémie et l'endémie.

L'épidémie, c'est quand il y a une flambée de cas très importante, au-dessus de la normale, ce que nous vivons depuis le début de l'année 2020. Et l'endémie, ce sont les maladies qui peuvent avoir un comportement saisonnier, mais qui ne mettent pas le système de santé sous tension, explique à l'AFP le Dr Garcia.

Pour les spécialistes, il n'est pas non plus acquis qu'un virus soit amené à causer moins de dégâts en évoluant.

La gravité future reste une grande inconnue. Il n'y a pas de loi qui stipule qu'un virus s'atténue avec le temps. Il est très difficile de prédire l'évolution de la virulence, a prévenu Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de Genève, sur Twitter.

Pedro Sanchez s'adresse à la presse le 24 novembre.

L'Espagne travaille avec la communauté scientifique pour, le moment venu, passer d'une gestion de pandémie à une gestion d'une maladie dont nous espérons qu'elle sera rendue endémique par la science, a affirmé le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez (archives).

Photo : Reuters / Sergio Perez

Lorsque le coronavirus sera véritablement endémique, la plupart des gens auront des symptômes bénins et seuls quelques-uns décéderont de complications, estime le Dr Garcia.

Dans une telle situation, il n'arrivera jamais qu'un quart des lits dans les unités de soins intensifs soient occupés par des malades de la COVID-19, même pas 5 %, poursuit-il.

Actuellement, plus de 23 % des lits en unité de soins intensifs en Espagne sont occupés par des patients COVID-19. Plus de 91 000 personnes dans le pays sont décédées de la COVID-19 depuis le début de la pandémie, dont 2610 entre le 17 décembre et le 18 janvier.

À l'instar du gouvernement espagnol, certains professionnels ont également lancé un appel à un changement de stratégie.

Arrêtons de tester les personnes en bonne santé présentant des symptômes mineurs, arrêtons de tracer et de tester leurs contacts, abandonnons l'isolement et la quarantaine, a ainsi réclamé début janvier la Société espagnole de médecine familiale et communautaire (SEMFYC).

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !