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Non, la 3e dose de vaccin n’a pas une « efficacité négative » contre Omicron

Les données britanniques citées par un chercheur à la retraite dans une vidéo virale diffusée sur Facebook indiquent plutôt que la dose de rappel renforce la protection contre ce variant du SRAS-CoV-2.

Bernard Massie parle à la caméra lors d'un appel Zoom. Le mot FAUX est superposé sur l'image.

La vidéo dans laquelle Bernard Massie affirme que la troisième dose de vaccin anti-COVID a une « efficacité négative » a été vue plus de 260 000 fois.

Photo : Facebook

Une vidéo (Nouvelle fenêtre), dans laquelle Bernard Massie, un ancien chercheur de l’Institut de recherche en biotechnologie du Conseil national de recherches du Canada, avance que la troisième dose de vaccin contre la COVID-19 rend les gens plus susceptibles de contracter le variant Omicron et d’en être plus gravement malades, a été vue plus de 260 000 fois dans la dernière semaine sur Facebook. Ce chercheur à la retraite en conclut donc que la dose de rappel a une « efficacité négative ». Or, la source que cite le Dr Massie pour appuyer ses dires vient en fait contredire ces affirmations, et plusieurs nuances s’imposent si l’on analyse les statistiques en question.

Allez voir les chiffres que l’Angleterre publie chaque semaine, dit le Dr Massie au chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, dans la vidéo partagée plus de 11 500 fois à partir de la page Facebook Ralliement Québec et de la page officielle du politicien. Les gens qui sont triplement vaccinés sont plus susceptibles d’être infectés, et pas seulement d’être infectés, mais d’être malades plus gravement, avance-t-il. Protégez votre santé, refusez la triple dose.

La question des cas

Le dernier rapport hebdomadaire (Nouvelle fenêtre) de surveillance de la vaccination de l’agence de santé publique du Royaume-Uni ne distingue pas entre le taux d'infection des personnes ayant reçu deux et trois doses, mais amalgame plutôt ces données. Il en ressort cependant qu'effectivement, le taux d'infection de ces personnes vaccinées est nettement supérieur à celui des non-vaccinés pour tous les groupes d’âge de plus de 18 ans, au niveau populationnel, entre le 13 décembre 2021 et le 3 janvier 2022.

Le document indique toutefois très clairement, trois fois plutôt qu’une, que les taux de cas parmi les populations vaccinées et non vaccinées ne doivent pas être utilisés pour estimer l'efficacité du vaccin contre l'infection à la COVID-19, comme le fait le Dr Massie, en raison de plusieurs possibles biais statistiques.

Le document explique que le taux d’infection plus élevé chez les personnes vaccinées que présentent les données brutes pourrait être expliqué par une multitude de facteurs. Par exemple, que les personnes entièrement vaccinées peuvent être plus soucieuses de leur santé et donc plus susceptibles de se faire tester pour la COVID-19, ou encore que les personnes qui n’ont jamais été vaccinées sont plus susceptibles d’avoir attrapé la COVID-19, leur conférant une immunité naturelle.

Et si l'on tient à souligner malgré tout ce que disent ces données brutes, il faut alors mentionner aussi qu'elles montrent que les taux d’hospitalisation et de décès sont bien plus importants dans tous les groupes d’âge (plus de 5 fois plus pour certains d’entre eux) pour les non-vaccinés que pour les personnes vaccinées à deux ou trois doses. En se basant sur ces statistiques, il est donc faux de dire que les personnes triplement vaccinées – ou vaccinées en général – sont plus gravement malades que les personnes non vaccinées, comme le prétend Bernard Massie.

Les données brutes en question peuvent être consultées à la page 43 de ce document (Nouvelle fenêtre).

Dénominateur inconnu, statistiques variables

Ce taux d’infection apparemment plus élevé chez les personnes vaccinées au Royaume-Uni alimente des doutes sur l’efficacité vaccinale depuis plusieurs mois, avant même l’arrivée d’Omicron. Mais il est important de souligner qu’on ne sait pas réellement combien de personnes ne sont pas vaccinées au Royaume-Uni, ce qui rend potentiellement trompeuses les statistiques de l’agence de santé publique sur lesquelles s'appuie le Dr Massie, comme l’ont expliqué récemment The Guardian (Nouvelle fenêtre), Full Fact (Nouvelle fenêtre) et The Sunday Times (Nouvelle fenêtre).

C’est que le nombre de personnes non vaccinées est calculé en soustrayant le nombre de personnes vaccinées de la population totale. Mais comme le Royaume-Uni n’a pas fait de recensement de sa population depuis 2011, différents organismes gouvernementaux ont des estimations de population qui peuvent varier de plusieurs centaines de milliers d’habitants par groupe d’âge. Cela peut donc changer considérablement la proportion de cas de COVID-19 pour 100 000 personnes non vaccinées, suivant la source sur laquelle on se base pour estimer la population non vaccinée. Notons qu’il est facile de connaître avec précision le nombre de personnes vaccinées, parce que les doses administrées sont dûment comptabilisées.

L’Autorité de la statistique du Royaume-Uni a parfaitement illustré la situation dans un billet de blogue publié le 2 novembre 2021, (Nouvelle fenêtre) qui explique que les taux de cas pour 100 000 personnes non vaccinées sont complètement différents si l’on se sert des estimations de population du National Immunisation Management Service (bande bleu pâle) ou de celles de l’Office for National Statistics (bande grise).

Un diagramme à bandes qui montre les taux d'infection des personnes vaccinées et non vaccinées au Royaume-Uni selon différentes sources.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les taux de cas pour 100 000 personnes non vaccinées sont complètement différents selon qu'on se sert des estimations de population du National Immunisation Management Service (bande bleu pâle) ou de celles de l’Office for National Statistics (bande grise).

Photo : Office for Statistics Regulation UK

Notons que l’agence de santé publique se sert des statistiques du National Immunisation Management Service (bande bleu pâle).

Bernard Massie se défend

Joint par les Décrypteurs, le Dr Massie a soutenu que les statistiques brutes de l’agence de santé publique du Royaume-Uni sur les hospitalisations et les décès ne sont pas fiables, parce qu’elles ne tiennent pas compte de certains facteurs confondants.

Si on ne fait pas une analyse plus fine des chiffres, on ne peut pas tirer de conclusions ou dire que le vaccin protège contre des formes plus graves, avance le Dr Massie. Si, dans ma population de non-vaccinés, j’ai une grande proportion de gens susceptibles d'être malades pour toutes sortes de raisons, c’est sûr que plus de gens vont se retrouver à l’hôpital. Il faut que les populations soient comparables, et on sait qu’une partie des non-vaccinés ne sont pas vaccinables parce qu’ils sont gravement malades. [...] Il faut être prudent quant à ce qu'on veut faire dire aux chiffres.

Rappelons que les taux d’hospitalisation et de décès sont parfois plus de cinq fois plus élevés pour les non-vaccinés dans certains groupes d’âge, selon les statistiques auxquelles se réfère Bernard Massie. Ils sont également plus élevés pour les non-vaccinés dans tous les groupes d’âge.

D’après le Dr Massie, il faudrait se fier à des études contrôlées randomisées pour réellement mesurer l’efficacité vaccinale. Par contre, il est clair, selon lui, que les statistiques du Royaume-Uni démontrent que la troisième dose ne diminue pas les chances d’avoir une infection et ont même l’air de montrer que le risque d’être infecté est plus grand.

Selon le professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie Benoit Barbeau, il n’y a aucune base scientifique pour dire que les personnes vaccinées sont moins protégées que les non-vaccinés.

Oui, les personnes vaccinées seront de moins en moins protégées avec le temps, mais elles auront une meilleure protection que les non-vaccinés, toutes proportions gardées. Les vaccins sont bénéfiques en partie pour lutter contre l’infection, mais surtout contre les hospitalisations, analyse M. Barbeau.

Une personne tient dans sa main  une bouteille du vaccin anti-COVID-19 Comirnaty de Pfizer-BioNTech.

Le Royaume-Uni a commencé à administrer des doses de rappel du vaccin anti-COVID en septembre 2021.

Photo : afp via getty images / JAVIER TORRES

Les études plus fiables que les données brutes, dit l’agence

Dans son rapport hebdomadaire, l’agence de santé publique du Royaume-Uni explique qu’il vaut mieux se fier à des études de cohortes qu’aux données brutes pour mesurer l’efficacité vaccinale, rappelant les possibles biais statistiques mentionnés plus tôt.

Un exposé technique de l’agence (Nouvelle fenêtre) publié le 14 janvier montre que les personnes vaccinées (et surtout les personnes triplement vaccinées) ont moins de chances de contracter le variant Omicron que les personnes non vaccinées, en se basant sur les dernières données de l’étude SIREN (Nouvelle fenêtre) du gouvernement britannique. Celle-ci suit une cohorte de 44 000 travailleurs de la santé de 135 hôpitaux en les testant pour la COVID-19 avec un test PCR toutes les deux semaines.

Selon les données de l’étude SIREN du 1er décembre 2021 au 4 janvier 2022, le taux d’infection des personnes triplement vaccinées n’ayant jamais contracté la COVID-19 avant la période étudiée est de 41,6 personnes pour 100 000. Celui-ci grimpe à 73,4 pour 100 000 pour les doublement vaccinés, et à 108,5 pour 100 000 pour les non-vaccinés. Pour les personnes ayant déjà contracté le virus avant la période étudiée, le taux de réinfection est de 31 pour 100 000 pour les triplement vaccinés, 43,5 pour les doublement vaccinés et 60,9 pour les non-vaccinés.

Une maladie moins grave pour les personnes vaccinées, selon les études

Les données tirées de près d’une quinzaine d’autres études de cohorte au Royaume-Uni colligées dans le dernier rapport hebdomadaire de surveillance montrent également qu’il est faux de dire que les personnes vaccinées (et surtout, vaccinées à trois doses) sont plus gravement malades que les personnes non vaccinées.

Selon ces données, la protection contre les hospitalisations liées au variant Omicron serait d’environ 74 % dans les deux à quatre semaines suivant l’administration de la troisième dose et chuterait à 66 % dix semaines et plus après l’injection.

L’efficacité de la troisième dose pour prévenir les maladies symptomatiques contre le variant Omicron serait quant à elle de 65 % à 75 % dans les deux à quatre semaines suivant l’injection et chuterait à 45 % à 50 % dix semaines plus tard, selon l’exposé technique et le rapport hebdomadaire.

Dans les deux cas, c’est une efficacité moindre que celle contre le variant Delta, mais elle n’est pas négative pour autant.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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