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Microsoft sous les projecteurs des organismes de régulation

Le logo de Microsoft entre deux immeubles vitrés.

La transaction Microsoft-Activision-Blizzard devra passer l’épreuve des autorités de la concurrence avant d’être approuvée.

Photo : afp via getty images / GERARD JULIEN

Agence France-Presse

Avec l'annonce du rachat des studios Activision Blizzard pour près de 69 milliards de dollars américains (86,4 milliards de dollars canadiens), le vétéran des géants de la techno prouve qu'il n'a pas dit son dernier mot – au risque d'attirer l'attention des organismes de régulation et des autorités de la concurrence.

Google, Apple, Facebook, Amazon... Et Microsoft. Le nom du groupe informatique de Seattle arrive souvent après les autres, quand il n'est pas tout simplement oublié des débats sur les technologies, de la modération des contenus sur les plateformes aux questions de droit de la concurrence.

Mais le numéro deux mondial de l’infonuagique (cloud) – aussi fabricant des consoles Xbox, fournisseur de Windows, propriétaire du jeu Minecraft et du réseau professionnel LinkedIn – a peut-être été sous-estimé.

Microsoft ne subit pas le même niveau de pression de la part des organismes de régulation que les GAFA. Au final, Satya Nadella, [le patron de Microsoft], y a vu une opportunité de faire un pari majeur tandis que les autres sont sous le feu des projecteurs et ne peuvent pas convoiter ce genre de gâteau, analyse Dan Ives de Wedbush Securities.

Néanmoins, il va y avoir des obstacles aussi bien à Washington qu'à Bruxelles [siège de la plupart des institutions de l’Union européenne] pour faire accepter une opération de cette taille, a-t-il ajouté.

Car l'acquisition de l'éditeur de jeux vidéo aussi populaires que Call of Duty et Candy Crush serait la plus importante opération de fusion-acquisition à avoir jamais lieu dans l’industrie du jeu vidéo.

Un rachat à l’heure de la régulation

Elle intervient aussi au moment où le gouvernement américain ne cache pas son désir de réguler les géants du web. Alphabet (Google) et Meta (Facebook), notamment, font l'objet d'enquêtes et de poursuites en justice pour abus de position dominante.

L'autorité américaine de la concurrence (FTC) et des personnes élues reprochent par exemple à Meta d'avoir racheté WhatsApp et Instagram pour asseoir sa domination des réseaux sociaux et empêcher l'apparition de toute concurrence sérieuse.

Cette transaction pourrait susciter des inquiétudes en matière de respect de la concurrence si Microsoft décide de restreindre les nouveaux contenus sur sa plateforme et de ne pas autoriser ses jeux à sortir sur les consoles de ses concurrents, comme la PlayStation de Sony, a noté Michael Hewson de CMC Markets UK.

La série Call of Duty, par exemple, est disponible aussi bien sur la Xbox de Microsoft que sur la PlayStation.

Microsoft pourrait choisir de se comporter comme certaines sociétés de médias qui ont repris leurs films ou séries en exclusivité quand elles ont lancé leur propre plateforme de diffusion en continu.

« Même si plusieurs ont fait valoir que cela irait contre ses propres intérêts, et limiterait ses sources de revenus, ce n'est pas impossible vu comment Microsoft s'est comporté dans le passé, avec des offres groupées liant des appareils et des logiciels. »

— Une citation de  Michael Hewson

Mais contrairement aux numéros un et deux de la publicité en ligne (Google et Facebook) ou au géant du commerce en ligne (Amazon), même avec Activision-Blizzard, Microsoft Gaming ne serait que le troisième plus grand acteur des jeux vidéo, derrière le Chinois Tencent et le Japonais Sony, en termes de revenus.

Et l'Américain a pris du retard dans les jeux sur mobile.

Faire le poids face aux géants asiatiques

« Il est difficile de parler de comportement monopolistique [de la part de Microsoft]. »

— Une citation de  Carolina Milanesi, analyste

Personnellement je pense que la FTC ne va pas y regarder d'aussi près que pour Amazon et MGM parce qu'il ne s'agit pas de contrôle des médias, a-t-elle continué, évoquant l'acquisition par Amazon du mythique studio hollywoodien MGM pour renforcer son service de vidéos diffusées en continu.

Les autorités américaines pourraient en outre se montrer sensibles au désir des États-Unis de faire le poids face aux colosses asiatiques, dans un secteur économique aussi florissant et prometteur que celui des jeux vidéo.

D'autant que l'année 2021 a été marquée par un nombre record de rachats, notamment de la part de Tencent. Et ce n'est pas fini, selon les spécialistes.

« On entre dans une nouvelle vague d'acquisitions dans le secteur [vidéoludique]. »

— Une citation de  Laurent Michaud, analyste spécialisé dans l'industrie du jeu vidéo

Electronics Arts constitue une cible assez intéressante pour un GAFA. Si Sony devait jeter son dévolu sur une entreprise, il pourrait être intéressé par Bandai Namco, Capcom, Square Enix, Konami ou Nexen. Et Tencent a déjà pris une part du capital d'Ubisoft, ajoute-t-il.

La transaction Microsoft-Activision-Blizzard devra passer l’épreuve des autorités de la concurrence avant d’être approuvée. Le rachat devrait être finalisé au cours de l’année 2023.

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