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Bandes riveraines : les élus de Sherbrooke se positionnent contre les assouplissements

Des arbustes sur le bord de la rivière Magog enneigée.

Une bande riveraine à Sherbrooke en hiver.

Photo : Radio-Canada / Bertrand Galipeau

Thomas Deshaies

Réunis lors d’un comité plénier public, mardi, une majorité des membres du conseil municipal de Sherbrooke (8 contre 7) ont refusé que la municipalité assouplisse sa réglementation sur la protection des bandes riveraines.

Rappelons que le précédent conseil municipal, lorsque Steve Lussier était maire, s’était prononcé en faveur d’assouplissements pour les propriétaires de terrains de petite superficie. Ils étaient alors d’accord avec la réduction de cinq à trois mètres de la largeur des bandes riveraines pour une centaine de propriétés.

Une décision qui était jugée alors comme un compromis avec un groupe de citoyens qui estiment que les règles en vigueur constituaient un obstacle à la jouissance de leur propriété.

Un vote  indicatif 

La majorité des élus de l’actuel conseil souhaitent maintenant infirmer cette décision qu’ils croient nuisible à la protection de l’environnement.

« Si on veut pouvoir améliorer la qualité de l’eau, chaque petit geste compte. La qualité de l’eau, c'est un ensemble de plusieurs gestes qui vont déterminer qu’on va arriver à des résultats améliorés en cours de route. »

— Une citation de  Évelyne Beaudin, mairesse de Sherbrooke

Le vote de mardi était toutefois à titre  indicatif . Les élus devront donc de nouveau se prononcer sur le sujet lors d’une prochaine séance du conseil municipal. Les fonctionnaires ont le mandat de proposer des modifications à la résolution de juin 2021 de l’ancien conseil pour retirer les assouplissements jugés problématiques.

Une conseillère indépendante fait pencher la balance

En plus des élus du parti Sherbrooke Citoyen, la conseillère indépendante Christelle Lefebvre s’est positionnée contre les assouplissements. Elle a mentionné avoir consulté plusieurs experts pour se forger son opinion.

« Quand j’ai consulté les experts, j’aurais eu envie qu’ils me disent que 109 propriétés ce n’est pas cela qui va faire une différence, mais ce n’est pas cela qu’on m’a dit.  »

— Une citation de  Christelle Lefèvre, conseillère municipale

Mme Lefèvre s’est aussi questionnée à savoir si les fonctionnaires de la municipalité n’avaient pas trop rapidement confirmé l’entrée imminente des assouplissements aux citoyens alors que le processus était loin d’être terminé.

La directrice du Bureau de l’environnement de Sherbrooke, Ingrid Dubuc, a rétorqué que ce n’était pas le cas.

Les citoyens étaient informés que deux des cinq modifications (réglementaires) devaient être approuvées par le schéma d’aménagement qui lui devait passer (obtenir l’autorisation) du ministère des Affaires municipales, a-t-elle mentionné.

Pas sous cloche de verre, selon des élus

Plusieurs conseillers municipaux ont martelé lors du débat qui a duré plus d’une heure qu’une bande riveraine ne signifiait pas nécessairement une perte totale de cette portion de terrain végétalisée.

Les gens peuvent continuer à jouir de leur terrain, même si on demande qu’ils soient plus écoresponsables, a souligné le conseiller municipal Raïs Kibonge.

Un point de vue qui avait d’ailleurs été exprimé antérieurement par la biologiste du Conseil de la gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François, Julie Grenier.

Ingrid Dubuc a toutefois martelé que lors des rencontres citoyennes, plusieurs riverains ont rapporté qu’ils jugeaient que la végétation est perçue comme un obstacle à leurs activités.

Des élus appellent au respect de la décision du précédent conseil

Plusieurs élus, qui étaient en poste lors du précédent mandat, ont quant à eux déploré le non-respect de la décision de la précédente administration municipale.

Les assouplissements qu’on a apportés à la réglementation concernent un très petit nombre de propriétaires riverains et sont le résultat d’analyses sérieuses de notre bureau de l’environnement avec pour résultat un réel consensus, a souligné le conseiller Paul Gingues.

Marc Denault a abondé dans le même sens.

On a des gens qui ont fait cela de bonne foi, on essaie juste de reconnaître ce qu’ils ont (les citoyens), on ne veut pas propager et continuer, a-t-il souligné.

La conseillère municipale Nancy Robichaud s’est montrée déçue par la tournure des événements. Elle s’était récemment impliquée pour soutenir les citoyens qui réclament des assouplissements depuis des années.

Le processus pourrait être tout à refaire, s’il n’est pas carrément annulé, s’est-elle désolée. Je demande aux citoyens. On va continuer à travailler et voir ce qu’il sera possible de faire.

D’autres élus se sont quant à eux questionnés sur l’impact réel des assouplissements en termes de gains environnementaux.

Peu de recherche sur les bandes riveraines de trois mètres

L'ingénieur en hydrologie et professeur à l’Université de Sherbrooke Robert Leconte indique que peu de recherche existe présentement sur l'efficacité des bandes riveraines de trois mètres.

« Ce que la recherche dit [...], c’est que plus la bande riveraine s’allonge, meilleure est la rétention des sédiments et des différents contaminants.  »

— Une citation de  Robert Leconte, ingénieur en hydrologie et professeur à l’Université de Sherbrooke

À ma connaissance, il y a très peu d’études qui ont été faites pour montrer l’efficacité des bandes riveraines d’une largeur de l’ordre de trois mètres. La plupart des études que je connais ont été faites sur des largeurs minimales de cinq mètres, ajoute-t-il. Il y a peu de science sur les bandes riveraines aussi peu larges, donc c’est difficile de se prononcer sur l’efficacité de ces bandes riveraines là.

Dans un contexte de changements climatiques, il appelle toutefois à la prudence.

Les averses de pluie seront de plus en plus intenses, ce qui veut dire que les risques d’érosion vont augmenter, donc inévitablement, on va augmenter les quantités de sols qui pourront se retrouver dans les cours d’eau et les contaminants. [...] Un assouplissement, dans un contexte où on s’en va dans un climat changeant, ça m’apparaît contre-intuitif.

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