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Analyse

La grande fatigue de Joe Biden

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Le 20 janvier 2021, Joe Biden prêtait serment comme 46e président des États-Unis.

Photo : Getty Images / Rob Carr

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À la veille du premier anniversaire de l’assermentation de Joe Biden comme 46e président des États-Unis, on pourrait avoir l’impression qu’il est en fait au pouvoir depuis plus longtemps. Tellement la présidence éreintante de Donald Trump semble déjà si loin et tellement aussi parce que les premiers 364 jours de Biden ont été à la fois remplis d’accomplissements politiques majeurs, de promesses non tenues et d’espoirs déçus.

D’abord, parlons des bons coups de Joe Biden. Ils se sont fait sentir dès le début de son mandat lorsqu’il fallait remettre le paquebot américain à flot.

D’abord avec une mégacampagne de vaccination pour essayer d’enrayer la pandémie qui avait mis l’économie du pays en état de catatonie, et un plan de relance majeur ensuite, le American Rescue Plan de 1900 milliards de dollars. Deux réussites qui auguraient bien pour lui.

Depuis un an, ce sont plus de 6 millions d'emplois qui ont été ajoutés (un record pour un président américain), le taux de chômage est passé de 6,3 % à 3,9 % et le salaire moyen a augmenté de près de 5 %.

Ajoutez-y une croissance économique d'environ 7 % au dernier trimestre de 2021, et vous obtenez un bilan économique dont se seraient satisfaits bien d’autres de ses prédécesseurs.

Des ombres au tableau

Par contre, d’autres pans de la réalité économique viennent brouiller les cartes pour le locataire de la Maison-Blanche. De nombreux employeurs ont du mal à pourvoir des postes et les Américains sont de plus en plus nombreux à hésiter à reprendre leur place sur le marché du travail.

Et puis l’autre grosse épine dans le pied de Joe Biden, c’est l'inflation qui a grimpé à 7 % en 2021, remportant la triste palme de la plus grosse augmentation en un an depuis 40 ans.

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Une inflation de 7 % fait presque oublier la bonne performance de l'économie américaine.

Photo : afp via getty images / ROBYN BECK

Les Américains le ressentent dans leur portefeuille et constatent aussi que les chaînes d’approvisionnement ont du mal à suivre après deux ans de pandémie. Rien pour redonner le sourire aux lèvres des électeurs. Même si dans le fond, l'économie du pays va plutôt bien.

Les grosses déceptions

Après des débuts prometteurs et efficaces, le président démocrate semblait bien en selle pour imposer ses deux autres projets de loi mammouth, le plan d’investissement en infrastructures pour commencer et le vaste programme de dépenses et de réformes contenues dans son projet Build Back Better

Le premier a survécu aux votes du Congrès grâce à des efforts bipartites, le deuxième est à l’agonie, pour ne pas dire presque mort et enterré, à cause de deux de ses propres sénateurs, les centristes Joe Manchin et Kyrsten Sinema.

Les deux mêmes qui ont mis un clou dans le cercueil des espoirs du président, qui voulait protéger l’un des droits civiques les plus menacés aujourd'hui, le droit de vote.

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Joe Biden s'est fait bouder par des militants en faveur de la protection du droit de vote des minorités. Trop peu, trop tard, selon eux.

Photo : Getty Images / Megan Varner

Joe Biden voulait que le sénat se débarrasse du fameux filibuster, cette obstruction systématique qui empêche bien des projets de loi d’être adoptés parce qu’ils ont besoin de 60 voix sur 100 pour passer la rampe. Le démocrate voulait que la protection du droit de vote (des minorités) soit adoptée à la majorité simple, soit 50 % + 1.

Mais là encore, face à une opposition républicaine unie, les Manchin et Sinema de ce monde l’ont boudé encore une fois. Provoquant la déception des militants qui, à leur tour, ont boudé le président en boycottant son discours à Atlanta, en Georgie, la semaine dernière. Trop peu, trop tard, ont-ils dit.

Pieds et poings liés

Des espoirs déçus ne cessent de se faire ressentir dans la gestion des affaires internes dans un premier temps, mais aussi à l'international par ricochet.

Ceux qui souhaitaient sortir de la pandémie grâce à la campagne de vaccination massive entamée depuis un an en prennent pour leur rhume.

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L'obligation vaccinale au sein des grandes entreprises imposée par Joe Biden a été battue en brèche par la Cour suprême des États-Unis, au grand plaisir des républicains.

Photo : afp via getty images / ROBYN BECK

Donald Trump ayant réussi lors de son mandat à installer en poste trois juges conservateurs à la Cour suprême des États-Unis, il ne fallait pas s‘étonner que celle-ci bloque l’obligation vaccinale ou de test de dépistage pour la plupart des grands employeurs que Joe Biden voulait imposer.

Bien que plus d’un demi-milliard de doses de vaccin aient déjà été administrées, un peu moins de 63 % des Américains sont complètement vaccinés.

Joe Biden a beau faire des pieds et des mains pour promouvoir la vaccination et le port du masque, la vague Omicron a encore mis à mal ces dernières semaines le système américain de soins de santé, provoquant la lassitude au sein de la population.

Défis internationaux

Les espoirs sur la scène internationale envers la Maison-Blanche étaient tout aussi grands.

Mais là encore, sur le plan de la lutte contre les changements climatiques par exemple, Joe Biden a eu beau promettre de réduire de moitié les émissions américaines de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005 d'ici la fin de cette décennie, le torpillage de son plan « Build Back Better » par les républicains et deux de ses sénateurs l’empêchera d’y arriver.

Les investissements de 500 milliards de dollars pour l’y aider sont en effet dans les limbes.

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Lors de la COP26 à Glasgow, Joe Biden promettait des investissements majeurs pour lutter contre les changements climatiques.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

La plupart des Américains ont peut-être déjà oublié la débâcle du retrait en Afghanistan en août 2021, mais la perte d’influence du gendarme du monde entier, bien entamée sous Trump, continue de se manifester.

Il y a cette semaine des pourparlers cruciaux pour essayer de procéder à la désescalade avec la Russie au sujet de l’Ukraine que Poutine menace d'envahir à nouveau. Une occasion pour Joe Biden d’assumer son rôle d’homme fort de la Maison-Blanche aux yeux de sa population. Mais qu’y a-t-il à gagner vraiment pour l’Américain moyen qui se soucie surtout des problèmes quotidiens au pays?

Grosse fatigue

Bref, tout cela a de quoi provoquer une fatigue chez Joe Biden, mais aussi une fatigue chez les Américains qui, si l’on en croit les sondages d’opinion, sont déjà tannés de leur président et s'apprêteraient à infliger une cuisante défaite à ses troupes lors des élections de mi-mandat de novembre prochain.

Il y a un an, après quatre ans d’une présidence turbulente et tourmentée, l’arrivée de Joe Biden signifiait un certain retour à la normalité et à la décence en politique. Aujourd’hui, dans un contexte politique plus toxique et polarisé que jamais, force est de constater que tout cela ne fait pas recette. Au grand dam d'un président qui a bien besoin d'un nouveau souffle pour renverser la tendance.

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