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Une première exposition d’art dans Fortnite signée Kaws

Deux personnages colorés et le musée londonien Serpentine.

Une représentation virtuelle du musée londonien Serpentine Gallery a fait son apparition dans le jeu vidéo « Fortnite ».

Photo : Epic Games

Agence France-Presse

L’artiste américain Kaws a installé mardi ses toiles pop et ses sculptures colorées au musée londonien Serpentine Gallery, mais aussi dans l'environnement de sa réplique virtuelle dans Fortnite, le jeu vidéo aux centaines de millions d'adeptes.

Au milieu des pelouses givrées de Hyde Park, dans le centre de Londres, des curieux et curieuses visent avec leur téléphone intelligent le toit de la Serpentine Gallery.

Ces personnes prennent-elles en photo l'édifice aux briques rouges et aux colonnes blanches? Pas du tout! Grâce à leur téléphone, elles font apparaître en réalité augmentée une large sculpture d'un bonhomme bleu assis sur le toit, invisible à l'œil nu.

Une exposition, trois volets

Le virtuel et la réalité s'entremêlent tout au long de l'exposition Kaws: New fiction.

Celle-ci est en effet composée de trois couches, selon ce qu’a expliqué à l'Agence France-Presse (AFP) le directeur artistique Hans Ulrich Obrist. Il y a l'exposition physique à la Serpentine Gallery, avec des peintures et sculptures, il y a les éléments en réalité augmentée et il y a la Serpentine Gallery dans Fortnite, l'un des jeux vidéo les plus populaires au monde.

Cette semaine seulement, les quelque 400 millions d'adeptes du titre d'Epic Games ont accès à une réplique totalement fidèle du musée londonien dans le jeu. Les internautes peuvent s'y balader avec leur avatar et contempler les œuvres de Kaws.

La culture s’invite dans le métavers

Epic Game a déjà collaboré de façon similaire avec des artistes de renommée internationale. La chanteuse pop Ariana Grande et le rappeur Travis Scott, par exemple, ont offert des concerts dans le jeu. Un festival de courts métrages y a aussi été présenté à deux reprises.

Mais c'est la première fois que Fortnite collabore avec les arts visuels, avec une galerie publique, se félicite M. Obrist.

Il juge très différent de voir une exposition dans un jeu et physiquement, mais estime ces expériences complémentaires : l'univers du jeu vidéo n’est pas familier pour de nombreux visiteurs et visiteuses, et ce genre de manifestation culturelle pourrait les y intéresser. On peut imaginer un scénario similaire pour la communauté de joueurs et joueuses, qui pourrait développer un intérêt pour les arts visuels.

« Pour nous, il s'agit de toucher des publics très différents [et de créer] un dialogue transgénérationnel. »

— Une citation de  Hans Ulrich Obrist

Élargir son public

L’âge moyen des joueurs et joueuses de Fortnite est beaucoup plus jeune que celui d'une visiteuse ou d’un visiteur moyen d'un musée, souligne Hans Ulrich Obrist, qui espère qu'une toute nouvelle génération viendra ainsi à la galerie.

D'ailleurs, cette initiative touchera un public qui est probablement 10 fois plus large que celui de la Biennale de Venise, affirme le conservateur de l'exposition Daniel Birnbaum.

Pour l'artiste aussi, Brian Donnelly de son vrai nom, l'intérêt de cette démarche réside dans le fait de rendre ses œuvres plus accessibles. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir que mon travail peut être vu par un enfant en Inde comme à Londres, explique le peintre et sculpteur de 47 ans à l'AFP.

Une si grande communauté pourra soudainement aller au musée, voir ces peintures et sculptures, se félicite l'ex-graffeur devenu plasticien.

« Je pense que pour plusieurs enfants, ça sera la première fois qu'ils ou elles se sentiront à l'aise, dans leur zone de confort, à l'intérieur d'une exposition. »

— Une citation de  Brian Donnelly

Ses personnages à tête de mort stylisée, qui ont déjà fait le tour du monde à coup d'installations géantes et de produits dérivés, ont de quoi séduire la jeune clientèle de Fortnite, par leur côté pop, accessible et coloré.

Kaws explique que ses œuvres seront exposées dans le creative hub, un mode spécifique du jeu, bien loin des parties où les joueurs et joueuses s'affrontent pour être la dernière personne debout.

Il n'y aura pas de fusillade dans l'exposition, plaisante-t-il, vantant une communauté différente de celle à laquelle on pense.

Quant à savoir si les adeptes d'adrénaline s'arrêteront vraiment pour contempler ses œuvres dans le jeu, c'est difficile à dire, concède l'artiste, sans être défaitiste : Si vous amenez un enfant de 11 ans dans un musée traditionnel, vous ne savez pas s'il regardera les œuvres. Ce n'est pas différent.

L’exposition se tient jusqu’au 25 janvier prochain.

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