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Bon accueil pour le changement d’approche dans les hôpitaux envisagé par Québec

À Québec, la cheffe libérale accuse François Legault d'avoir « perdu le contrôle ». Québec solidaire invite le gouvernement à faire preuve de transparence, tandis que le Parti québécois se dit inquiet.

Deux personnes poussent une civière sur laquelle se trouve une patiente, près d'une ambulance.

Des ambulanciers paramédicaux transfèrent une patiente dans un hôpital de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada

Le plan de Québec visant à revoir pour quatre à six semaines la façon dont le réseau de la santé prodigue des soins aux citoyens en raison du débordement des hôpitaux reçoit un bon accueil de la part de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Détaillé dans un « Guide pour la priorisation et la gestion des hospitalisations en courte durée en contexte de pandémie de COVID-19 », le plan préconise notamment que les hôpitaux acceptent un certain niveau de risque en ne cherchant plus à empêcher à tout prix l’intrusion du virus et en redéfinissant la qualité minimale des soins.

Bien que le ministère de la Santé affirme que le plan n'est pas prêt à être appliqué, le président de la FMSQ, le Dr Vincent Oliva, se félicite qu'il aille dans le sens de plusieurs des recommandations qu’il a défendues sur des tribunes publiques au cours des derniers jours.

Il faut s’adapter au virus […]. Il faut arrêter de faire une médecine à risque zéro pour cette maladie qui a changé. On doit envisager de prendre certains risques calculés et arrêter de mettre la médecine en pause pour les autres patients, a-t-il commenté à l’émission D’abord l’info.

Selon lui, il est notamment impératif de ramener plus de travailleurs infectés, mais asymptomatiques, dans le réseau quand les conditions le permettent, mais aussi de repenser la gestion des patients n'ayant pas besoin de soins actifs, comme les personnes âgées qui demeurent hospitalisées en attendant un transfert vers un centre de soins de longue durée.

Actuellement, il y a une prudence extrême parce qu’on a été échaudé par la crise des CHLSD lors de la première vague, constate-t-il. Mais maintenant, ces patients-là sont triple[ment] vaccinés, on a des gestes barrières, donc on peut se permettre d’envisager une façon différente de fonctionner.

Le président de la FSMQ approuve aussi l’idée de ne plus isoler systématiquement les patients infectés dans des unités COVID, qui créent de trop importants goulots d’étranglement, selon lui. Ça va faciliter beaucoup le fonctionnement des hôpitaux et, donc, on appuie ces mesures, déclare-t-il.

« En désengorgeant un peu les hôpitaux, en ramenant du personnel, en gérant différemment le flux interne des patients, le décloisonnement, ça va nous donner de la marge de manœuvre, et avec ça, on pense qu’on peut faire un bon bout de chemin. »

— Une citation de  Le Dr Vincent Oliva, président de la FMSQ

Le Dr Oliva invite par ailleurs à la prudence quant à la possibilité que le réseau se consacre à soigner le plus de personnes à intensité plus basse plutôt que de soigner moins de personnes à qualité optimale, tel que l’évoque le rapport.

C'est une série de mesures avec un plan de contingence, avec plusieurs niveaux auxquels on ne se rendra pas nécessairement, a-t-il commenté. Commençons à appliquer ce qui est applicable, ce qui est faisable et ce qui va nous permettre de fonctionner dans un environnement sécuritaire, où le risque zéro n’existe pas.

Mais c’est un risque très faible, et les autres mesures, évidemment, où on coupe sur la qualité des soins, c’est évident qu’on ne veut pas se rendre là et, à notre avis, on est capable de ne pas se rendre là, précise-t-il.

« Ce dont je suis content, c’est qu’il y a un mouvement. Actuellement, je pense qu’on a accepté le fait que c’est une maladie différente, qu’on peut la considérer différemment, et c’est extrêmement positif parce que je pense que ça va faire bouger les choses. »

— Une citation de  Le Dr Vincent Oliva, président de la FMSQ

Une idée « brillante » pour optimiser les soins

S’il reconnaît que les mots utilisés dans le rapport peuvent sembler lourds, le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), n’en est pas moins d’avis que l’idée générale préconisée est brillante.

Je vois une volonté d’enfin entreprendre un chantier global sur les soins de santé au Québec, a-t-il déclaré à Tout un matin. Les soins de santé au Québec ont une inefficience qui fait qu’on traite excessivement bien les maladies très graves, très aiguës. On a probablement un des meilleurs [systèmes] du monde pour ça.

Mais on applique la même recette à des maux qui sont beaucoup moins complexes et qui ne sont donc pas bien servis par une escalade de soins à la fois onéreuse et inefficace parce qu’elle gaspille beaucoup de ressources qui pourraient être mieux investies ailleurs.

Il donne l’exemple d'un homme souffrant de brûlures d’estomac depuis 30 ans et qui s’est présenté à son hôpital la nuit dernière. Il a été vu par une infirmière, un médecin résident et a subi un électrocardiogramme et une prise de sang… avant de se voir remettre son antiacide habituel.

Est-ce que c’est ça, des soins optimaux? Non, parce que pendant que ce patient reçoit ce niveau de soins qui est inapproprié, il y a peut-être un patient à l’urgence qui n’a pas son électrocardiogramme ou sa prise de sang parce que la ressource est finie, a-t-il illustré.

« L’idée n’est surtout pas de dire qu’on va donner des soins qui ne sont pas optimaux. On va juste changer le paradigme et traiter les gens au niveau dont ils ont besoin et non pas au niveau dont on croit qu’on devrait traiter tout le monde de façon indifférenciée. »

— Une citation de  Le Dr Mathieu Simon, pneumologue, intensiviste et chef des soins intensifs à l'IUCPQ

Selon le Dr Simon, il faut espérer que la pandémie et le lourd fardeau qu’elle impose au système de santé agissent comme un électrochoc qui donnera l’impulsion nécessaire pour réaborder le système de santé en dehors des principes et des idées reçues.

Cette crise-là a montré que ce système qui est déjà en train de craquer a atteint ses limites, plaide l'intensiviste. Et je pense que le document dont on parle aujourd’hui est un pas dans la bonne direction.

« On ne peut plus mettre des ressources dans un réservoir percé. Ça ne sert à rien d’essayer de remplir une cruche qui a des trous. Il faut réinventer la cruche et y mettre les ressources à la bonne place. »

— Une citation de  Le Dr Mathieu Simon, pneumologue, intensiviste et chef des soins intensifs à l'IUCPQ

Le président du Collège des médecins, le Dr Mauril Gaudreault, a refusé de commenter le plan lors d'une séance de breffage technique sur l'utilisation du Paxlovid qui a eu lieu mardi avant-midi, arguant qu'il ne s'agissait pas de la bonne tribune pour aborder ce sujet.

François Legault a « perdu le contrôle », déplore Anglade

À Québec, la cheffe libérale Dominique Anglade a botté en touche lorsqu'on lui a demandé ce que son parti ferait devant la situation actuelle dans les hôpitaux du Québec.

Je pense qu'on ne se serait pas retrouvés dans cette situation-là, au départ, a-t-elle répondu. On ne se serait pas retrouvés avec des taux de mortalité aussi grands.

« François Legault n'a pas fait ce qu'il fallait par rapport à tout le déploiement au niveau des tests rapides et, clairement, il a perdu le contrôle. Donc, on ne se serait pas retrouvés dans une situation comme celle-là. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

On n'a pas accès au guide, mais on va prendre le temps d’analyser les détails disponibles et de consulter les gens sur le terrain, a commenté par courriel le porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, Vincent Marissal.

« Plusieurs questions demeurent en suspens : est-ce que ça va régler le problème du manque de lits et du manque de personnel? Le gouvernement doit être transparent avec la population quant à ses objectifs. »

— Une citation de  Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière de santé

Selon M. Marissal, le guide laisse croire que le gouvernement est en mode vivre avec le virus. Le cas échéant, dit-il, le gouvernement doit le dire clairement à la population et présenter son plan aux Québécois.

Son vis-à-vis du Parti québécois, Joël Arseneau, estime que ce plan inquiétant constitue un aveu d'échec du gouvernement Legault, qu'il accuse d'avoir mal anticipé et mal planifié la crise actuelle.

Ce gouvernement a eu deux ans sous l’état d’urgence pour prévoir l’imprévisible, développer des scénarios, rendre le réseau de la santé plus robuste, faire l’embauche massive de personnel, abolir le temps supplémentaire obligatoire pour retenir celui-ci dans le réseau avant que les agences de placement privées l'engloutissent, note-t-il.

« Il est là, l’échec! On n’a rien appris des vagues précédentes, on a simplement espéré que ça irait mieux. Ce plan est inquiétant pour la population, déjà victime du délestage. Le gouvernement doit apporter des solutions concrètes pour préserver la qualité des soins. »

— Une citation de  Joël Arseneau, porte-parole du Parti québécois en matière de santé

En point de presse mardi après-midi, la sous-ministre adjointe à la Santé, la Dre Lucie Opatrny, a indiqué qu'une séance de breffage technique aurait lieu en après-midi pour discuter de ce plan destiné à rendre le système agile pour optimiser les soins qu’on offre à tous.

Ce qu'il est très important de dire, c’est que, pour l’instant, c’est un plan de contingence. Pourquoi? Parce que nous avons la responsabilité et le devoir d’être préparés à toute éventualité. Je veux que ce soit bien clair : on ne diminue pas le niveau de soins en ce moment, a-t-elle tout de même commenté.

Espérons que, comme le protocole de priorisation aux soins intensifs, [ça ne sera] jamais déployé, a-t-elle ajouté ultérieurement. Cela dit, il y a quand même des éléments qu’il faut regarder [pour prévoir] comment faire plus avec ce qu’on a.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a estimé que la seule existence de ce plan démontre qu'il n'est pas encore temps de réclamer un allègement des mesures sanitaires. Il a plutôt invité les Québécois à aller chercher leur troisième dose de vaccin et à respecter les consignes sanitaires toujours en vigueur.

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