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La 6e extinction des espèces serait sous-estimée

L'Amérique du Nord de l'espace.

De 150 000 à 260 000 espèces vivantes se sont éteintes dans les dernières centaines d’années.

Photo : NASA

Radio-Canada

En prenant en compte les mollusques terrestres (escargots et limaces), de 7,5 à 13 % des espèces animales et végétales ont disparu depuis l’an 1500, montre une étude franco-américaine qui tend à confirmer que la sixième extinction est bel et bien commencée.

Jusqu'à aujourd'hui, on estimait que 0,04 % des espèces étaient disparues.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Biological Reviews (Nouvelle fenêtre) (en anglais) se sont intéressés aux invertébrés, particulièrement aux mollusques, puisque leurs coquilles demeurent après la disparition d'une espèce.

Selon ces chercheurs, de 150 000 à 260 000 espèces vivantes se sont éteintes dans les dernières centaines d’années.

L'inclusion des invertébrés est essentielle pour confirmer que nous assistons bien au début de la sixième extinction de masse de l'histoire de la Terre, affirme le professeur Robert Cowie, de l’Université d’Hawaï.

Jusqu’à maintenant, les vertébrés, qui ne représentent que 3 % de la biodiversité connue, étaient surreprésentés dans les calculs de la disparition des espèces associée à cette extinction de masse qui se distingue des autres par le fait qu’elle est causée par les activités humaines.

Repères

  • L'extinction la plus brutale, la dernière en date, a été déclenchée au Crétacé, il y a quelque 65 millions d'années, vraisemblablement lorsqu'un astéroïde d'environ 15 km de diamètre s'est abattu sur la Terre, dans l'actuelle péninsule du Yucatan, au Mexique. La collision a été d'une puissance équivalente à celle d'un milliard de bombes atomiques. Conséquence : 76 % des espèces auraient disparu, en particulier les dinosaures.
  • De nombreux mammifères, des tortues, des crocodiles, des grenouilles et des oiseaux ont survécu, tout comme la vie marine, dont les requins, les étoiles de mer et les oursins. Avec la disparition des dinosaures, les mammifères ont proliféré, conduisant à la naissance d'Homo sapiens, l'espèce responsable de la sixième extinction.

Une 6e extinction contestée

Apparue dans la littérature scientifique dans les trois dernières décennies, l’idée d’une sixième extinction ne fait toujours pas l’unanimité.

Certains préfèrent la notion de crise de la biodiversité en affirmant que les taux d'extinction estimés sont exagérés et que le taux d'extinction actuel n'est pas significativement plus élevé que le taux naturel de base associé à la trajectoire évolutive de la vie sur Terre.

Nous incluons dans nos travaux toutes les extinctions anthropiques depuis que l'humain moderne a quitté l'Afrique il y a 200 000 à 45 000 ans, bien que les taux d'extinction soient aujourd'hui beaucoup plus élevés qu'au début, expliquent Robert Cowie et ses collègues Philippe Bouchet et Benoît Fontaine, du Muséum national d'histoire naturelle de France.

Ces chercheurs estiment que les taux d'extinction actuels, notamment chez les invertébrés terrestres, sont beaucoup plus élevés que les taux d'extinction naturels. Selon eux, l'utilisation des données d'extinction de la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour déterminer les taux d'extinction actuels conduit inévitablement à une sous-estimation, sauf pour les oiseaux et les mammifères.

L'incorporation dans cette étude d'estimations du nombre réel d'extinctions d'invertébrés permet, selon les auteurs, de conclure que le taux dépasse largement le taux naturel et que nous pourrions bien assister au début de la sixième extinction de masse.

Les quatre autres grandes extinctions

  • La première serait survenue il y a environ 445 millions d'années à la suite d’une période glaciaire courte, mais intense. De 60 % à 70 % des espèces seraient disparues lors de l’extinction de l'Ordovicien. À cette période, la vie se trouvait principalement dans les océans. Les experts estiment que la formation rapide de glaciers a congelé la plus grande partie de l'eau de la planète, provoquant une chute du niveau de la mer.
  • La deuxième se serait déroulée il y a environ 360 à 375 millions d'années et aurait été causée par un manque d'oxygène dans les océans. Jusqu'à 75 % des espèces se seraient éteintes au moment de l’extinction du Dévonien. Encore une fois, les organismes marins ont été les plus touchés. La fluctuation du niveau des océans, le changement du climat ou l'impact d'un astéroïde sont soupçonnés d'en être responsables.
  • La troisième, celle du Permien, a eu lieu il y a environ 252 millions d'années. Quelque 95 % des espèces seraient disparues à cette période. Deux causes probables sont avancées : impacts d'astéroïdes et activité volcanique intense. Parfois qualifiée de mère de toutes les extinctions, cette crise biologique de grande ampleur a dévasté les océans et les terres. Elle est la seule à avoir également pratiquement vu la disparition des insectes. Certains scientifiques pensent qu'elle s'est produite sur des millions d'années, d'autres seulement sur 200 000 ans.
  • La quatrième serait survenue il y a environ 200 millions d'années durant le Trias, quand les archosauriens, ancêtres des dinosaures, ont disparu. Pas moins de 75 % des espèces vivantes seraient disparues à ce moment-là. Plusieurs causes sont avancées, mais celle d’éruptions massives de lave au moment du morcellement de la Pangée, le dernier supercontinent, se dégage des autres. Ces éruptions, accompagnées d'énormes volumes de dioxyde de carbone, auraient provoqué un important réchauffement climatique.

Notre étude expose des arguments montrant clairement qu'il existe une crise de la biodiversité, et très probablement le début de la sixième extinction de masse, affirment les chercheurs.

Nous sommes pessimistes quant au sort de la majeure partie de la biodiversité, dont une grande partie disparaîtra sans que nous sachions jamais qu'elle a existé. Nier la crise, l'accepter et ne rien faire, ou l'accepter et la manipuler pour le bénéfice […] est une abrogation de la responsabilité morale, concluent-ils.

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