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L’usine Fortress de Thurso pourrait fermer définitivement d’ici l’automne prochain

Un camion et des voitures garés devant l'usine Fortress de Thurso en hiver.

L'usine de Fortress transformait des produits forestiers en cellulose pour la confection de vêtements (archives).

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

La fermeture définitive de l’usine de Thurso pourrait survenir d’ici 6 à 9 mois, mais Québec assure multiplier les efforts pour trouver la solution afin de relancer l'industrie forestière dans la région.

L'arrêt définitif des activités de la papetière est l’un des scénarios envisagés par le gouvernement Legault. Quoiqu’il arrive, le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, se montre malgré tout déterminé à sauver l’industrie forestière de l'Outaouais.

En entrevue avec Radio-Canada Ottawa-Gatineau, mardi, l'élu affirme qu’il est difficile de trouver quelqu’un qui souhaite relancer l’installation de Thurso.

« Ça fait deux ans qu'on cherche partout dans le monde des gens intéressés à reprendre l’usine de Thurso pour une nouvelle vocation, sans succès. Si cette usine était située dans une région économiquement forte, l’usine aurait été fort probablement fermée. »

— Une citation de  Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec
Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon (Archives)

Photo : Radio-Canada

L’usine Fortress de Thurso est fermée depuis plus de deux ans. Les quelques 300 travailleurs transformaient alors de la pâte dissolvante pour en faire de la cellulose destinée au marché asiatique.

L’arrêt des activités de l’usine ne devait au départ durer que quelques mois. Mais 27 mois plus tard, l’avenir est plus que jamais incertain.

Depuis que la production a cessé à l’usine de Thurso, Québec a injecté des millions de dollars pour le maintien des infrastructures. Le gouvernement subventionne aussi le transport des copeaux et résidus de feuillus qui doivent désormais être traités à l’extérieur de la région. Le ministre Fitzgibbon est catégorique: La vocation présente de Thurso n’est pas viable. Il ajoute que cette situation est intenable à long terme.

Je veux trouver une solution

Pierre Fitzgibbon déclare que le gouvernement travaille étroitement avec l’industrie forestière pour trouver une nouvelle vocation à l’usine de Thurso. Il faut être résilient dans ce dossier fort complexe, dit-il, car l’impact de Thurso sur les opérations forestières et la vitalité de l’industrie sur la région sont très importants. Le ministre admet avoir rejeté des propositions de relance pour lesquelles le gouvernement aurait été le seul pourvoyeur de capitaux.

Un panneau.

L'entreprise Fortress Global à Thurso

Photo : Radio-Canada / CBC - Radio-Canada © 2018 / Michel Aspirot

L’élu croit primordial d’investir pour que l’usine fabrique de nouveaux produits à valeur ajoutée. C’est une démarche qui, selon lui, peut facilement engendrer des dépenses de 200 à 300 millions. Il ajoute que ces décisions doivent cependant être prises avec des investisseurs prêts à s’impliquer financièrement avec le gouvernement.

Plan B

Même dans un scénario où la fermeture définitive de l’usine de Thurso devait être annoncée d’ici l’automne, Pierre Fitzgibbon assure que son gouvernement multipliera les efforts pour protéger les emplois des travailleurs de l’industrie forestière. Il faudra alors revoir toute l’opération forestière parce que les emplois indirects sont très importants dans la région, et on veut les maintenir.

Un plan B existe, avance Pierre Fitzgibbon. « C'est d’utiliser la matière ligneuse et de faire d'autres projets, qui ne seront pas nécessairement à Thurso, mais qui seront à quelque part dans la grande région », soutient-il.

Le ministre demeure optimiste et affirme que les chances de garder l’usine ouverte sont actuellement de 50-50.

« Il y a des scénarios pour lesquels je serais confortable de faire une recommandation au moment d’investir. Mais s'il n’y a personne qui vient cogner à la porte, va falloir réaliser que c'est impossible de la faire vivre. »

— Une citation de  Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec

Pour relancer l’usine de Thurso et donner un nouveau souffle à cette industrie fragilisée depuis des années, il faut aussi de la relève, ajoute le ministre. Une denrée précieuse, beaucoup trop rare. La pénurie de main-d'œuvre risque de durer, dit l'élu, tant qu’il y aura de l’incertitude dans les marchés visés par l’industrie.

« L’usine de Thurso, [si] on la rouvre demain [et si] on y fait la même chose qu’avant, est-ce que les jeunes seront attirés par ça? Je ne pense pas », avance-t-il.

Pour éviter que le problème ne se perpétue, l’élu souligne l’importance de trouver des produits de niche qui sont pérennes, avec des emplois bien rémunérés.

Accueil prudent

Des élus de l’Outaouais trouvent encourageant de savoir que Québec souhaite toujours relancer l’usine de Thurso, mais ils soutiennent que le temps presse.

Chantal Lamarche, préfète de MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, insiste sur l’urgence d’agir pour sauver cette industrie durement malmenée, selon elle, par l’implantation du nouveau régime forestier en 2013. L’implantation de ce régime a été dévastatrice pour l’industrie de l’Outaouais, affirme l’élue dans une déclaration écrite.

« Il faut donc agir maintenant et rapidement pour éviter d’autres fermetures qui engendrent des conséquences économiques néfastes pour les familles et les régions du Québec. »

— Une citation de  Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau
Une femme chaudement habillée accorde une entrevue à l'extérieur.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, en Outaouais (Archives)

Photo : Radio-Canada

Le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoit Lauzon, se réjouit également de la détermination exprimée par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pour sauver cette usine.

Il affirme qu'il voit les avancées dans le dossier, sans en connaître tous les détails.

Selon le maire, le gouvernement aurait reçu des offres d'entreprises qui auraient intérêt à relancer la papetière.

Il rappelle que, si la ville de Thurso peut survivre sans l'usine, elle reste une pierre angulaire non seulement dans la communauté, mais bien sur tout le territoire de l’Outaouais. Benoit Lauzon indique que les travailleurs forestiers vivent dans une soixantaine de municipalités de la région.

« Si jamais la papetière ne repart pas, c’est ces gens-là qui vont perdre leur emploi. Et l'impact négatif va se faire ressentir pas seulement à Thurso, mais partout en Outaouais. »

— Une citation de  Benoit Lauzon, maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau

L’entreprise Fortress avait annoncé la fermeture temporaire de son usine à Thurso en octobre 2019, évoquant la dispute commerciale sino-américaine et le recul sans précédent du prix de la cellulose spécialisée sur le marché mondial.

Près de 300 employés avaient été mis à pied et l’entreprise s’était placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Les sommes que l'entreprise doit à ses créanciers s'élèvent à environ 2 millions de dollars.

Avec des informations de Christian Milette

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