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« On rame beaucoup » : l’improbable union de la gauche française

Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice, a ajouté son nom, en fin de semaine, à la longue liste de candidats associés à des formations politiques progressistes. Rencontre avec quelques électeurs d'une gauche fort divisée à l'approche de la présidentielle.

Des militants, sur une estrade, tiennent devant leurs visages des photos des principaux acteurs de la gauche.

Les militants de la Primaire populaire tentent d'unir les différents candidats de gauche.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

En observant les résultats des récents sondages en vue de l’élection présidentielle française, il faut descendre à la cinquième position afin de voir apparaître le nom d’un représentant une formation politique de gauche.

Derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour, le candidat du parti de gauche radicale La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, obtient environ 10 % des intentions de vote. Suivent l’écologiste Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo – la mairesse de Paris –, qui reçoit moins de 4 % de la faveur, dans certains sondages.

Pour des militants de gauche, le verdict est sans appel : si les forces progressistes ne s’unissent pas avant le premier tour de scrutin prévu le 10 avril, le second tour se jouera entre le centre, la droite et l’extrême droite.

Des citoyens ont donc proposé un processus appelé la Primaire populaire, qui permettrait aux électeurs progressistes de choisir parmi plusieurs des candidats celui ou celle qui pourrait devenir le principal porte-étendard de la gauche.

Une femme porte des pancartes réclamant cette Primaire populaire.

Une militante de la Primaire populaire à Paris, samedi.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Samedi, à Paris et ailleurs en France, les initiateurs du mouvement ont tenu des événements pour dévoiler les sept candidats soumis au vote, qu'ils jugent avoir suffisamment en commun pour représenter l’ensemble des forces progressistes.

Si la gauche perd la présidentielle, c’est cinq ans de perdus face à l’urgence climatique, a fait valoir Arnaud, un militant favorable à l’initiative rencontré sur place.

« Il faut qu'il y ait un candidat qui soit en mesure de l'emporter. Il faut qu'on ait un programme cohérent. Il faut qu'on ait un programme d'unité. Il faut vraiment arrêter cette guerre des ego. »

— Une citation de  Arnaud, un militant en faveur de la Primaire populaire
Plan rapproché d'Arnaud.

Arnaud, un militant en faveur de la Primaire populaire croit que les partis de gauche doivent unir leurs forces.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Jusqu’à présent, la Primaire populaire a enregistré 250 000 électeurs, qui se prononceront à la fin du mois.

Des candidats qui ne veulent pas s’allier

Le hic, c'est que le résultat du vote ne sera pas contraignant.

Si l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira a assuré qu’elle se pliera à la volonté des militants, plusieurs autres candidats ont déjà déclaré qu’ils n'en feraient rien.

Je ne suis pas leur copain, que ce soit dit une fois pour toutes, a par exemple déclaré le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors d’un rassemblement à Nantes, pendant le week-end.

Le processus a également été rejeté par l’écologiste Yannick Jadot et même par la socialiste Anne Hidalgo, qui s’était pourtant montrée intéressée au cours des derniers mois.

Une banderole invite les Français à voter dans le cadre de la Primaire populaire.

250 000 Français ont adhéré à la Primaire populaire.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Des egos partout et des gens qui veulent être en avant : voilà le verdict de Violaine, une électrice de gauche rencontrée à l’événement parisien de la Primaire populaire, pour expliquer l’état de déliquescence, de décrépitude, dans lequel se trouve à ses yeux le mouvement progressiste français.

À côté d'elle, Louis avançait d’autres raisons pour expliquer les difficultés auxquelles sa famille politique est confrontée. D'après lui, c'est le bilan des gouvernements de gauche des dernières décennies qui est à blâmer.

Même la social-démocratie est passée au libéralisme comme organisation économique avec des privatisations, a-t-il signalé.

Des militants de La France insoumise, qui ont installé un kiosque à quelques coins de rue du rassemblement parisien de la Primaire populaire, samedi, évoquent justement des désaccords idéologiques sur des questions sociales avec d’autres formations, notamment les socialistes et les écologistes, pour expliquer leur opposition au projet d’union.

Portrait d'un homme et d'une femme tenant des feuillets de La France insoumise.

Ces militants de La France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, rejettent l'idée d'une union des partis de gauche.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Il y a vraiment une idée de rupture; il faut aller vers une transformation radicale du système, a affirmé Thomas, jugeant de toute façon irréaliste d’unir des partis et de former un programme commun à trois mois du premier tour de l’élection présidentielle. C’est n’importe quoi.

Un autre facteur contribue possiblement à la réticence de certains politiciens à l’endroit d’une candidature unique : l’élection présidentielle sera suivie, deux mois plus tard, par des élections législatives. Retirer un candidat à la présidence peut enlever de la visibilité à son parti à l'approche de ce scrutin.

Vu le contexte et le rejet du processus par plusieurs candidats, on rame beaucoup, a admis Julie, une jeune organisatrice de la Primaire populaire.

Mais elle a assuré ne pas perdre espoir. Son organisation, qui a recueilli l’appui de dizaines de milliers d’adhérents en quelques jours seulement, promet de s’impliquer lors des élections législatives et européennes.

Mais pour ce qui est de la présidentielle, les signes de rapprochement se font rares.

Samedi, Christiane Taubira et Anne Hidalgo participaient séparément à des événements à une dizaine de kilomètres l’une de l’autre, dans la région de Lyon.

Mercredi soir, la distance sera encore plus petite entre Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. À peine deux kilomètres et demi sépareront leurs rassemblements à Strasbourg.

Même s’ils sont appelés à se croiser, tout indique que les candidats de gauche continueront de sillonner la France en empruntant des routes séparées.

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