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Les CHSLD ne sont devenus un « enjeu nommé » qu’à partir du 11 mars 2020

Deux personnes en habits de protection, avec des visières, accompagnent un patient sur une civière.

Des ambulanciers transportent un patient hors du CHSLD Herron, le 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La Presse canadienne

Contrairement à ce qu’ont affirmé sous serment trois importants témoins, dont l’ex-ministre de la Santé Danielle McCann, les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ne sont apparus sur le radar du gouvernement que le 11 mars 2020.

C'est ce qu'a soutenu lundi, à l'enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès en CHSLD, l'ancien gestionnaire responsable de la sécurité civile au ministère de la Santé Martin Simard.

Il se trouvait ainsi à corroborer les propos de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et à contredire Mme McCann, son ancien sous-ministre Yvan Gendron et l'ex-directeur national de santé publique Horacio Arruda.

Tous les trois avaient affirmé à l'enquête que Québec avait eu une préoccupation pour les CHSLD dès janvier 2020. Une lettre du 28 janvier adressée aux coordonnateurs de sécurité civile en était d'ailleurs la preuve, selon eux.

Cette lettre était plutôt une demande à portée générale au réseau de se préparer. À ce moment-là, il n'y avait pas d'indicateurs permettant de demander [...] de regarder dans une seule direction, a déclaré M. Simard.

La coroner Géhane Kamel

La coroner Géhane Kamel

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Le risque pour les CHSLD ressortait-il du risque global? lui a demandé la procureure Julie Roberge. Non, il n’était pas question à ce moment-là d’une clientèle qui était particulièrement vulnérable, a répondu M. Simard.

Ce n’était pas un enjeu nommé. […] C’est le 11 mars qu’on peut considérer […] qu’on parlait d’un enjeu exprimé par quelqu’un en autorité ou par un répondant de la santé publique, a-t-il ajouté.

Le Dr Jacques Ramsay, qui assiste la coroner dans ses travaux, est alors intervenu : Les CHSLD, attention, ça va être un tsunami.

Même au 11 mars, on n’a pas encore cette lecture-là. […] Il est où, ce moment clé où on dit : "ayoye, ça va faire mal"? Je pense que ce moment clé là, il est rendu au mois d’avril, et ça fait déjà mal, dit le Dr Ramsay.

En rétrospective, le rôle de Martin Simard était-il suffisant ? a voulu savoir le procureur Dave Kimpton, qui s’est interrogé sur le leadership et les démarches actives de la sécurité civile pendant la crise.

Oui, a répondu le principal intéressé. Le leadership que nous avons exercé, c’est un leadership de coordination.

La participation des principaux répondants, à notre point de vue, elle était exemplaire, a ajouté M. Simard. Tout le monde était bien préparé, présent, assidu aux rencontres de coordination. On n’a pas eu de difficultés.

La coroner sidérée

Tout va bien, Madame la marquise, c’est quelque chose qui me sidère, a alors lancé la coroner Kamel.

Ça fait un an que ce qu’on nous répète, c’est : "je ne peux pas vous affirmer, je ne peux pas vous dire, et c’est peut-être pas notre ministère ou notre groupe qui gérait."

« Il me semble que les gens devraient être en mesure de nous dire en toute franchise : "écoutez là, on a eu peut-être un petit angle mort sur les CHSLD." »

— Une citation de  La coroner Géhane Kamel

Au mois d’avril, le feu était pris dans les établissements des CHSLD, a continué la coroner, et encore à ce jour, on est incapables de me dire que les CHSLD étaient dans l’angle mort de cette crise-là. Les deux bras me tombent.

Me Kamel, qui, avant les Fêtes, avait qualifié le témoignage à venir de M. Simard de morceau de puzzle qui manque, a dû concéder lundi que le morceau de puzzle manquant, il sera toujours manquant.

Elle a dit penser aux familles endeuillées sans réponses. On n’arrive pas à se rendre au bout de cette histoire-là. […] Est-ce que c’est normal que, jusqu’à ce jour, on ne soit pas capables d’avoir une histoire qui se tienne?

« Ça me dérange profondément. […] La coroner va partir avec une impression, mais personne […] est capable de nous dire : […] "effectivement, avant le début avril, les CHSLD n’étaient pas dans le radar du gouvernement". »

— Une citation de  La coroner Géhane Kamel

Arruda écorché, McCann et Gendron pas crédibles

Martin Simard était la toute dernière personne à témoigner à l'enquête de la coroner. Lundi après-midi, cette dernière a aussitôt entamé le volet des représentations.

C'est l'avocat de six familles d'aînés décédés en CHSLD, Patrick Martin-Ménard, qui a lancé le bal. Il a été particulièrement sévère à l'endroit de la santé publique d'Horacio Arruda.

La santé publique québécoise a réagi au même rythme que la population, a déploré l'avocat, alors qu'elle aurait dû discerner la menace réelle dès janvier 2020; la ville entière de Wuhan, en Chine, s'était placée en isolement.

La lenteur à réagir du Québec est d'autant plus inexplicable, selon lui, que la santé publique avait en sa possession un Plan de lutte à une pandémie d'influenza pouvant être déployé rapidement.

À cause de cette inaction-là, à cause de cette confusion-là, de ce manque de clarté et de leadership, on a perdu des semaines cruciales, a plaidé Me Martin-Ménard.

En outre, il rejette la version de Mme McCann et de M. Gendron – selon laquelle une attention a été portée aux CHSLD dès janvier – comme n'étant pas crédible.

Les décisions concernant les aînés en CHSLD ont plutôt tardé. Elles ont été improvisées.

Une véritable histoire d'horreur, a conclu Me Martin-Ménard. On les a laissés mourir seuls, [...] dans l'indignité la plus totale; pas parce que c'était une situation inévitable, mais parce qu'on ne s'est pas préparés adéquatement.

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