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Une caution d’environ 42 millions réclamée pour l’ex-président ukrainien Porochenko

Petro Porochenko lève la main devant une foule. Près de lui flottent des drapeaux ukrainiens.

Petro Porochenko a été président de l'Ukraine de 2014 à 2019.

Photo : afp via getty images / Aleksey Filippov

Agence France-Presse

La justice ukrainienne a demandé lundi l'arrestation de l'ex-président Petro Porochenko, soupçonné de « haute trahison », ou de lui imposer une caution d'environ 30 millions d'euros (42,8 millions de dollars canadiens), une affaire qui risque de provoquer une crise politique intérieure, en pleines tensions géopolitiques avec la Russie.

Après une journée d'audience, le juge Oleksiï Sokolov est parti délibérer. Tard en soirée, il a fini par déclarer que sa décision serait annoncée mercredi à 15 h (heure locale).

Nous n'avons pas remporté la guerre, même pas une bataille, mais nous avons préservé nos positions, s'est félicité M. Porochenko à la sortie du tribunal, devant des centaines de ses partisans réunis dehors, malgré les températures proches de 0° C.

Ex-chef de l'État et opposant au président Volodymyr Zelensky, dont il est le principal rival, Petro Porochenko, un milliardaire de 56 ans, est retourné en Ukraine dans la matinée, après un mois d'absence, malgré la menace d'une arrestation.

Des personnes sont rassemblées et tiennent des affiches à l'effigie de Porochenko.

L'ex-président Porochenko a prononcé un discours devant des milliers de partisans à son retour en Ukraine.

Photo : afp via getty images / Genya Savilov

Accueilli par des milliers de ses partisans rassemblés devant l'aéroport, il s'est aussitôt rendu dans un tribunal de la capitale, Kiev, devant décider de son éventuel placement en détention.

Pendant l'audience, un des procureurs, Kostiantyn Chvets, a demandé une caution d'un milliard de hryvnias ainsi que le port d'un bracelet électronique en échange de son maintien en liberté. Autrement, Petro Porochenko sera placé en détention provisoire.

Dénonçant la justice sommaire, l'ex-président a accusé les autorités de faire les affaires de Moscou avec les poursuites qui le visent.

Il est impossible de diviser le pays quand l'ennemi, Poutine, est à la porte, a-t-il déclaré.

Petro Porochenko entouré de militaires aux douanes.

Petro Porochenko, au moment de faire vérifier son passeport en rentrant en Ukraine

Photo : afp via getty images / Aleksey Filippov

L'un des hommes les plus riches d'Ukraine, avec une fortune estimée à 1,6 milliard de dollars américains par le magazine Forbes, M. Porochenko accuse son successeur d'avoir ordonné les poursuites contre lui pour détourner l'attention des problèmes réels du pays et ternir l'image de son rival.

Des liens avec des séparatistes prorusses?

Les autorités le soupçonnent d'avoir entretenu, pendant sa présidence, des liens commerciaux avec des séparatistes prorusses de l'est, ce qui constituerait un acte de haute trahison, crime passible d'un maximum de 15 ans de prison.

Ce bras de fer intervient au moment où l'Ukraine craint d'être envahie par la Russie voisine, qui masse depuis des mois des troupes à ses frontières.

Moscou nie tout projet d'offensive militaire, mais réclame, sous peine de représailles, qu'Américains et Européens s'engagent à ne jamais accepter l'Ukraine au sein de l'OTAN; une revendication jusqu'ici rejetée.

M. Porochenko a dirigé son pays de 2014 à 2019, avant d'être battu par M. Zelensky, un ex-comédien novice en politique.

Aujourd'hui député, l'ex-président a depuis été cité dans plusieurs dizaines d'affaires judiciaires.

En décembre, les autorités ont annoncé qu'elles le soupçonnaient de haute trahison. Petro Porochenko rejette en bloc ces accusations. Washington et Londres ont déclaré suivre cette affaire de près.

Début janvier, un tribunal de Kiev a ordonné le gel des avoirs de l'ex-président qui possède notamment une grosse entreprise de confiserie, Roshen, et deux chaînes de télévision.

Les enquêteurs l'ont accusé lundi d'avoir travaillé avec le richissime magnat prorusse Viktor Medvedtchouk, un proche du président Vladimir Poutine, pour faciliter l'achat en 2014 et 2015 de charbon à des entreprises situées dans l'est de l'Ukraine, aux mains des séparatistes prorusses qui sont en guerre contre Kiev.

Selon le parquet, l'ex-président avait ainsi de facto utilisé des fonds d'État pour financer les séparatistes.

L'Ukraine est déchirée depuis 2014 par un conflit dans l'est de son territoire entre forces de Kiev et séparatistes prorusses qui a commencé après l'annexion de la Crimée par Moscou et qui a fait plus de 13 000 morts.

Toute tentative de coopération avec les séparatistes, dont Moscou est largement considéré comme le parrain militaire, est très mal perçue par nombre d'Ukrainiens.

Petro Porochenko, qui semble déterminé à prendre sa revanche et compte notamment sur des milieux patriotiques, voire nationalistes, assure que l'objectif de cette affaire est de lier son nom au proche de Poutine, présenté comme son complice, afin d'entamer son soutien électoral.

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