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Les inégalités se sont aggravées durant la pandémie, déplore Oxfam

Un sans-abri s’est installé dans un mini-campement sur le boulevard René-Lévesque à Montréal.

Plus de 160 millions de personnes dans le monde ont sombré dans la pauvreté depuis l'éclatement de la crise, selon Oxfam.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des fortunes qui doublent pendant que les revenus de la quasi-totalité de la planète sont en baisse; des millions de personnes mortes de la COVID-19, faute d’avoir pu être vaccinées, et un système qui continue de favoriser les plus riches au détriment des plus pauvres : depuis l’éclatement de la pandémie, les inégalités ont continué de se creuser, affirme Oxfam dans son plus récent rapport en la matière. L’organisation rapporte cependant quelques progrès encourageants.

Malheureusement, j’aimerais dire l’inverse, mais [la situation] s’est dégradée, concède d’emblée Catherine Caron, analyste des politiques et des campagnes chez Oxfam-Québec, lors d’un entretien téléphonique.

Au dire des experts d’Oxfam, les écarts sont flagrants : si, depuis le début de la pandémie, on compte un milliardaire de plus toutes les 26 heures, ce sont aussi 160 millions de personnes dans le monde qui ont basculé dans la pauvreté.

Qui plus est, quelque 17 millions de personnes, selon des données colligées par le magazine The Economist, sont mortes de la COVID-19 depuis l’éclatement de la crise. Le bilan de Radio-Canada fait plutôt état de 5,5 millions de morts, mais l’incidence de la pandémie est sans aucun doute mal mesurée dans des pays où les systèmes de santé sont moins bien développés, notamment en Inde et dans plusieurs pays d'Afrique.

Ce sombre bilan fait dire à Oxfam que les inégalités de revenus sont plus déterminantes que l’âge comme facteur de risque de mourir de la COVID-19.

Les inégalités présentes avant la pandémie ont été exacerbées pendant la pandémie. En fait, la crise a été extrêmement rentable pour les milliardaires, alors que, de l’autre côté du spectre, 21 000 personnes meurent chaque jour en raison des inégalités, renchérit Mme Caron.

Cette hécatombe serait imputable non seulement au manque d’accès aux soins de santé mais aussi à la violence genrée, à la faim et à la dégradation du climat, l’autre grande crise mondiale qui fait rage plus que jamais. La pandémie de COVID-19 est cependant un facteur aggravant qui a fortement contribué à empirer les choses, mentionne Oxfam.

« Neuf personnes sont devenues milliardaires grâce aux vaccins. On nous dit que nous vivons une crise collective, mais on s'aperçoit que ce n’est pas vrai : nous ne sommes pas tous dans le même bateau. »

— Une citation de  Catherine Caron, analyste des politiques et des campagnes chez Oxfam-Québec

Toujours au dire de Mme Caron, ces nouvelles fortunes ont été largement financées par de l’argent public puisque de nombreux gouvernements ont dépensé sans compter pour venir en aide aux différentes économies nationales et aux populations.

Au Canada, les dépenses en matière de santé auraient dépassé la barre des 300 milliards de dollars l’an dernier, selon des données de l’Institut canadien d’information sur la santé.

Si Ottawa ne souhaitait pas, au début de l’an dernier, fournir des données précises sur le coût d’achat des doses de vaccin, le gouvernement fédéral a commandé plus de 300 millions d’entre elles à plusieurs entreprises.

Récemment, le premier ministre Justin Trudeau a assuré que les stocks étaient suffisants pour garantir une dose de rappel et une éventuelle quatrième dose à tous les Canadiens.

Pour le troisième trimestre de 2021, Pfizer, un des principaux producteurs de vaccins de la planète, a rapporté de son côté des revenus d’environ 24 milliards de dollars américains, dont environ 15 milliards attribuables à la vente de vaccins, y compris celui contre la COVID-19.

Cette somme s’ajoute à un peu plus de 19 milliards au deuxième trimestre et à environ 15 milliards au premier trimestre de l’an dernier.

Chez Moderna, l’autre principal fournisseur de vaccins anti-COVID-19 en Occident, les revenus (et les profits) sont moins élevés, mais se chiffrent malgré tout en milliards de dollars.

Taxer les riches, une solution

Toutefois, tout n’est pas sombre dans ce plus récent rapport sur les inégalités, publié peu de temps avant le sommet annuel de Davos, en Suisse, qui se déroulera de nouveau selon la formule virtuelle, pandémie oblige. Selon Mme Caron, il faut en effet souligner la volonté de plusieurs pays, dont le Canada, de venir en aide à leurs populations en déboursant parfois des sommes colossales.

Ce qui est très positif aussi pour moi, c’est que l’argent est là; il n’est pas question de revenir à une austérité. […] On a les moyens économiques [de financer la lutte contre les inégalités], on les connaît; ça prend juste le courage politique de le faire, juge-t-elle.

Les moyens en question, ce sont notamment la taxation des revenus des individus et des entreprises les plus riches du monde.

Une taxe unique de 99 % sur les profits pandémiques des dix hommes les plus riches du monde pourrait, à titre d’exemple, payer suffisamment de vaccins pour le monde entier ou le financement de l’adaptation aux changements climatiques partout sur la planète. Et tout cela en laissant à ces dix hommes huit milliards de dollars de plus qu’avant la pandémie, lit-on ainsi dans le rapport d’Oxfam.

Et au Canada, une solution simple pourrait être appliquée, estime Mme Caron.

Si on avait un impôt sur la fortune des multimillionnaires et des milliardaires, donc sans toucher la très grande majorité de la population, on aurait assez d’argent pour augmenter le budget de la Santé [fédérale] de 57 %, affirme-t-elle.

Un des aspects les plus encourageants de cette idée selon laquelle on pourrait taxer les grandes fortunes, ajoute encore Mme Caron, c'est que depuis le début de la pandémie, cette proposition recueille l’appui d’une majorité de Canadiens.

Je pense qu’il y a cinq ans, il y a dix ans, on n’aurait pas pu parler de la taxation de la richesse avec un même enthousiasme.

Autre preuve que la taxation des grandes richesses est une idée qui fait du chemin : 136 pays ont conclu, l'automne dernier, un accord pour imposer les multinationales à une hauteur minimale de 15 %, y compris les géants de la technologie.

Pour le Canada, a alors estimé la ministre des Finances, Chrystia Freeland, cela équivaudra à des gains d’environ 45 milliards par année.

Au pays, la volonté de la ministre Freeland, dans son budget du printemps dernier, de taxer les produits de luxe et de demander à ceux qui ont prospéré pendant la pandémie d’aider les autres Canadiens est considérée comme un bon pas en avant par Oxfam-Québec.

Malgré ces progrès, Catherine Caron estime qu’il y a encore beaucoup de choses à faire. La pandémie a ouvert les yeux des gens, qui ont constaté qu’il était important de redistribuer la richesse, a-t-elle déclaré.

Notre système économique est brisé. Voilà ce que nous essayons de démontrer avec ce rapport-là : les questions de violence économique, ajoute Mme Caron.

Et si le gouvernement fédéral a posé des gestes en faveur d’une redistribution de la richesse afin de financer les divers programmes économiques, sociaux, environnementaux, etc., pour s’attaquer aux inégalités, qu’en est-il du Québec?

Je pense qu’on pourrait aller plus loin avec des infrastructures qui bénéficient à la majorité; ce sont des femmes qui absorbent la majorité du choc de la pandémie – c’est vrai partout dans le monde –, en matière de reconnaissance du travail de soins non rémunéré, en tant que violence basée sur le genre […]. Ça prend peut-être une prise de conscience un peu plus forte, croit Catherine Caron.

On est en train de développer un nouveau variant, un variant de richesse, qui est lui aussi très dangereux pour la planète, conclut-elle.

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