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Des professeurs de l’UQAR s’insurgent contre le projet de 3e lien

Un grand panneau publicitaire en bordure d'une autoroute de Québec sur lequel est écrite la phrase « 10 milliards pour plus de trafic ici? ».

Avec plus de 160 universitaires québécois, ils demandent l'abandon du projet de troisième lien entre Québec et Lévis (archives).

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Radio-Canada

Cinq professeurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) ont signé une lettre ouverte de plus de 165 universitaires qui demandent l'abandon du projet de troisième lien entre Québec et Lévis.

Dans cette lettre publiée par le quotidien La Presse, ils font valoir que le projet de tunnel, dont le coût est évalué à au moins 10 milliards de dollars, coûte beaucoup trop cher compte tenu des bénéfices que le gouvernement promet pour la région de Québec.

En résumé, les universitaires signataires dénoncent un projet coûteux, peu rassembleur et risqué, de même que sa gouvernance problématique.

Dominique Berteaux, professeur d'écologie à l'UQAR et spécialiste en effets des changements climatiques sur les écosystèmes, a signé cette lettre pour des raisons environnementales.

On a vraiment changé d'époque. Il faut apprendre à développer des relations beaucoup plus douces et intelligentes avec notre planète, plutôt que des relations bêtes et brutales. C'est vraiment un projet que je ne comprends pas du tout, étant donné l'urgence de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre.

« Nos dirigeants vont à des conférences internationales où ils promettent de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et ils reviennent à la maison en nous proposant de gros projets d’infrastructures routières : c’est complètement illogique et incohérent. »

— Une citation de  Dominique Berteaux, professeur d'écologie à l'UQAR

M. Berteaux réfute d'ailleurs l’argument de l’utilisation du troisième lien par des véhicules électriques.

Ce n’est pas un bon argument : une auto électrique, ça oblige aussi à émettre beaucoup de gaz à effet de serre lors de la construction. Il faut inventer des moyens pour avoir moins d’autos sur les routes, pas plus d’autos.

Suivre la science

Nathalie Lewis, sociologue de l'environnement et professeure titulaire en développement territorial à l'UQAR, se questionne sur les réactions du gouvernement devant les critiques des diverses expertises scientifiques qui prennent position à propos du troisième lien.

On ne s'oppose pas pour s'opposer. On peut s'opposer en discutant et, dans ce cadre-là, c'est vraiment le type de projet qu’il faut arrêter et qu'il faut changer. Il faut changer notre façon de voir le développement.

Elle rappelle que de nombreuses études réalisées depuis les années 1980 démontrent les effets délétères de ce type de projet d’infrastructures.

« On se demande à quoi servent finalement les travaux scientifiques si on les utilise au gré des désirs politiques. »

— Une citation de  Nathalie Lewis, sociologue de l'environnement et professeure titulaire en développement territorial à l'UQAR

Fausses solutions

De son côté, Jean Bernatchez, politologue spécialisé en éducation et professeur à l'UQAR, croit que le gouvernement n’a pas démontré que le projet de troisième lien allait résoudre les problèmes pour lesquels il a été conçu.

Il n’a jamais été démontré de façon scientifique, de façon empirique, que la congestion des ponts puisse être résolue par l’ajout d’un troisième lien. Le problème, ce n’est pas tant un problème de circulation sur les ponts, même en période de pointe – les véhicules se déplacent à 60 km/h –, c’est un problème d’accès aux ponts, explique-t-il.

D’autres solutions existent selon lui pour désengorger l’accès aux ponts, par exemple la gestion dynamique de la circulation.

Les priorités budgétaires du gouvernement devraient elles aussi être révisées, prône-t-il.

On pourrait faire d'autres choix politiques qui seraient beaucoup plus avantageux pour l'ensemble de la population québécoise, qui va d’ailleurs être invitée à contribuer à ce projet-là qui va servir les intérêts de très très peu de personnes.

De nouvelles écoles, de nouveaux hôpitaux et de nouveaux logements sociaux pourraient être bâtis, donne-t-il comme exemples.

Un projet dépassé

Anthropologue de l'environnement et professeure à l'UQAR, Geneviève Brisson déplore aussi les répercussions environnementales liées à ce projet, qui ne concerne pas uniquement les habitants de la région de Québec mais l’ensemble des Québécois.

Avec ce projet, on reste dans les années 1970. On n'a plus le choix de changer. On n'a plus les moyens, au moment où on est maintenant dans la crise des changements climatiques, de laisser passer encore ce genre de projet, soutient-elle.

Le projet est aussi grevé par des défis techniques colossaux.

Les professeurs rappellent que le gouvernement n’a pas hésité à admettre ses erreurs dans sa gestion de la pandémie et à rectifier le tir : ils demandent maintenant à François Legault de faire de même pour le projet du troisième lien et d'envisager de l'abandonner.

D’après un reportage de Marguerite Morin

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