•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les refuges pour femmes victimes de violence devraient être plus inclusifs

Un poing serré au premier plan et une femme assise, tête baissée, en arrière plan.

Les nouvelles arrivantes hésitent à recourir aux ressources pour femmes victimes de violence du Manitoba, ce qui les expose davantage à la violence conjugale, selon le groupe de pression Breaking the Silence on Domestic Violence.

Photo : Pixabay / Alexandra Fotos

Radio-Canada

Des organismes qui luttent contre la violence conjugale réclament davantage d’actions pour tenir compte des réalités culturelles des nouvelles arrivantes dans les refuges pour femmes victimes de violence du Manitoba.

Le groupe de pression Breaking the Silence on Domestic Violence estime qu’une meilleure considération de la dimension culturelle dans les refuges du Manitoba pourrait inciter plus de femmes immigrantes ou réfugiées victimes de violence conjugale à se tourner vers ces ressources.

Autrement, les femmes peuvent penser qu'elles n’ont d’autres choix que de rester chez elles, croit l’organisme.

Comme la mosaïque de la population du Manitoba change, il faut absolument changer aussi la façon dont nous offrons les services […] ce qui n'est pas fait à l'heure actuelle , regrette Zita Somakoko qui dirige le groupe Breaking the Silence on Domestic Violence.

Zita Somakoko regarde de côté et sourit.

Selon Zita Somakoko du groupe Breaking the Silence on Domestic Violence, il faut changer la façon dont les services sont offerts dans les refuges qui accueillent les femmes victimes de violence au Manitoba.

Photo :  CBC / Lyza Sale

Elle a donné l'exemple d'une mère et de son fils qui n'ont mangé que du pain et de l'eau pendant une semaine parce qu'un refuge ne tenait pas compte de leurs besoins alimentaires religieux.

Elle cite aussi le cas d’un homme qui a été autorisé à entrer dans le logement d'un groupe de femmes musulmanes qui avaient déjà enlevé leur hijab, ce vêtement que portent de nombreuses femmes musulmanes pour préserver leur pudeur et leur intimité vis-à-vis d'hommes avec lesquels elles n'ont aucun lien de parenté.

Par ailleurs, Mme Somakoko raconte qu'elle a dû intervenir personnellement auprès du directeur général d'un refuge qui était sur le point d'expulser une femme qui y était venue pour échapper à la violence.

Le foyer avait considéré que l'hésitation de la femme à discuter du divorce avec son mari violent était la preuve qu'elle avait tout inventé.

Cette femme nous a contactés parce qu'elle a dit : "ils nous traitent comme je ne sais quoi, c'est horrible ce qui se passe ici", relate Zita Somakoko.

La solution ailleurs

Mme Somakoko affirme que certaines immigrantes et réfugiées ont cessé de s'adresser aux refuges du Manitoba, car elles craignent de subir une victimisation secondaire. Elles se tournent vers des solutions à l'extérieur de la province.

La directrice nationale de Nisa Homes, Yasmine Youssef, dont le refuge couvre quatre provinces et qui sert principalement les nouvelles arrivantes musulmanes, explique que les femmes qui s’y présentent évoquent des raisons culturelles.

Les clientes que nous avons servies […] nous disent : "La seule raison pour laquelle j'ai quitté mon foyer violent, c'est parce que je savais que vous parliez ma langue, que vous me ressembliez et que vous compreniez ma culture".

Elle explique que des femmes de Winnipeg ont contacté son organisme pour ouvrir un refuge au Manitoba. Mais le projet est resté au point mort à cause de la pandémie de COVID-19.

Des changements possibles

Mme Youssef pense que les refuges en activité au Manitoba peuvent faire l’effort d’être plus inclusifs.

Les changements que nous apportons dans nos maisons... sont si petits; ce ne sont pas des changements énormes qui nécessitent de modifier la structure du bâtiment ou quoi que ce soit d'autre, explique-t-elle.

Il s'agit notamment d'avoir du personnel qui parle la langue des clientess et de s'assurer que les employés ont suivi une formation contre le racisme, ainsi qu'une formation sur l'équité et la diversité, note-t-elle.

Yasmine Youssef porte un hijab et sourit.

Yasmine Youssef est la directrice nationale du refuge pour femmes Nisa Homes.

Photo : Yasmine Youssef

Autre changement possible : fournir des repas qui répondent aux exigences religieuses des clientes comme des aliments casher ou halal.

Des choses comme ça, qui ne sont pas la fin du monde à mettre en œuvre, mais qui sont suffisantes pour soutenir ces personnes, affirme Yasmine Youssef.

L'Association des refuges pour femmes du Manitoba dit prendre au sérieux la question culturelle depuis un certain temps.

Selon la responsable des communications de l’organisme, Amrita Chavan, en novembre 2021, l’Association a lancé une campagne de sensibilisation en cinq langues pour faire connaître aux femmes nouvellement arrivées les services disponibles.

Au mois de décembre, elle a aussi lancé un projet intitulé Centrer les droits des femmes en marge.

Ce projet, qui devrait durer de deux à trois ans, vise à servir les immigrantes, les nouvelles arrivantes et les réfugiées. Il s'adresse également aux femmes et aux filles autochtones ainsi qu'à d’autres catégories de personnes vulnérables.

L'un des objectifs de ce projet est de rendre l'ensemble du système de lutte contre la violence sexiste au Manitoba plus inclusif et plus respectueux des cultures, précise Mme Chavan.

Les organismes pensent que les refuges manitobains peuvent s’inspirer d’exemple de refuges autochtones où la façon dont ils abordent la guérison est très ancrée dans la culture autochtone et cela donne aux clientes un sentiment d'appartenance, un sentiment de sécurité.

Avec les informations de Andrew Wildes

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !