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Réserve faunique de Portneuf : les Hurons-Wendat demandent un moratoire de chasse

Un orignal est debout dans une forêt.

Les Hurons-Wendat veulent préserver les populations d'orignaux dans les réserves fauniques de Portneuf et des Laurentides. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Devant la diminution importante de plusieurs indicateurs concernant le cheptel d’orignaux de la réserve faunique de Portneuf, le Conseil de la nation huronne-wendat demande une interdiction de la chasse sportive pour protéger les cervidés.

Selon des données du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), la densité d’orignaux dans la réserve de Portneuf a diminué de moitié en dix ans. Elle est maintenant située entre 2 et 3 orignaux par 10 km² d’habitat.

Cette situation n’est pas alarmante, écrit le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui estime que le retour relativement rapide à de plus fortes densités est possible.

La lecture que les Hurons-Wendat font de ces données est très divergente. Le grand chef Rémy Vincent parle d’un contexte inacceptable pour sa nation et les autres chasseurs.

On est loin de l’objectif de 4 ou 5 orignaux par 10 km² d’habitat. Si le ministère avait conservé cet objectif, nous ne serions pas là aujourd’hui à dire que le ministère n’a pas maintenu un niveau acceptable de ressources pour protéger le cheptel et assurer la récolte de nourriture des Premières Nations, exprime-t-il.

Un homme souriant devant un décor d'automne

Le grand chef Rémy Vincent (archives)

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Un moratoire impliquerait que les non-autochtones ne seraient plus autorisés à chasser dans cette réserve. Les autochtones y auraient encore accès pour la chasse de subsistance, avec des modalités à respecter.

Pour combien de temps? Le temps nécessaire pour s’assurer qu’on retrouve une densité acceptable sur ce territoire, répond Rémy Vincent.

Une densité erronée

Plusieurs indicateurs inquiètent la nation huronne-wendat. D’abord, on regarde les succès de chasse. Avec 14 % dans Portneuf, en 2021, c’est une baisse significative alors qu’on avait, il y a 5 ans environ, des taux de succès de 40 %, fait valoir le chef Vincent.

Le directeur au bureau du Nionwentsïo à la nation huronne-wendat, Louis Lesage, poursuit en pointant les densités de population estimées du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs pour la réserve faunique voisine, celle des Laurentides.

On retrouve aussi une densité d’environ 2 orignaux par 10 km² d’habitat dans la réserve faunique des Laurentides. C'est exactement la même densité pour les deux réserves. Et nous, ce qu’on voit, c’est qu’il y a plus d’observations d’orignaux dans les Laurentides. Ça nous fait douter des données du ministère. On croit que la densité de population dans la réserve de Portneuf est plus basse que celle des Laurentides, souligne-t-il.

Louis Lesage précise que seulement 44 femelles ont été observées en 2021, en comparaison avec 77 en 2019, dans la réserve faunique de Portneuf.

Une carte sur laquelle on voit le territoire de la réserve faunique de Portneuf (plus petite) et celle des Laurentides (beaucoup plus grande).

La nation huronne-wendat est celle qui traditionnellement chasse sur le territoire actuel de la réserve faunique de Portneuf. Cette nation ainsi que les Innus de Mashteuiatsh se partage le territoire de la réserve faunique des Laurentides. Sans compter les chasseurs non autochtones autorisés qui y ont aussi accès.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

La situation préoccupe d'autres groupes. C'est le cas de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. Mais, elle n'exige pas un moratoire, d'après le président Marc Renaud.

Oui, le cheptel a diminué. Mais est-ce que c'est parce que c'est qu'il a beaucoup explosé, mais que ça se stabilise. Je fais confiance aux gens du ministère, soutient-il.

Il estime que des données supplémentaires doivent être recueillies pour avoir une meilleure idée de la situation. Il manque aussi comment les autochtones récoltent le gibier, précise M. Renaud.

Ce dernier croit que des mesures comme la protection des femelles peuvent aider à protéger la population d'orignaux avant d'avoir recours à un moratoire.

Demande de cogestion

Le grand chef Rémy Vincent va plus loin. Il demande au ministère d’être officiellement impliqué dans la gestion des récoltes dans les réserves fauniques des Laurentides et de Portneuf.

Nous avons des rencontres à ce sujet. On sent l’écoute. On ne connaît pas encore la position du ministère. Mais pour nous, il est clair que les gens des Premières Nations doivent être impliqués dans la prise de décision, indique le grand chef.

Ce modèle est connu ailleurs au Québec. Récemment, la gestion commune de la réserve faunique Ashuapmushuan a été confirmée entre la communauté innue de Mashteuiatsh et la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq).

En réponse aux questions de Radio-Canada vendredi, le cabinet du ministre Pierre Dufour écrit que des échanges ont lieu présentement avec la Nation huronne-wendat. Le cabinet poursuit en mentionnant ne pas vouloir faire de commentaire pour le moment.

Le grand chef espère pouvoir être aux tables de discussions pour protéger les deux réserves fauniques dans lesquelles sa nation est active.

Vue sur des conifères aux abords d'une route, près d'un lac, en été.

La réserve faunique des Laurentides est un territoire de 7861 km2.

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Nous devons aussi entreprendre des actions importantes dans la réserve des Laurentides, parce qu’on observe aussi des diminutions. Il n’est pas trop tard pour agir, pour ne pas qu’elle devienne comme la réserve de Portneuf, ajoute le directeur au bureau du Nionwentsïo, Louis Lesage.

Avec la collaboration de David Rémillard

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