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Les océans se réchauffent à un rythme sans précédent

Des coraux (Dendrogyra cylindricus) dans l'océan près des Îles Vierges américaines.

Les coraux, les varechs, les macroalgues, les herbiers marins, les mangroves, les poissons, le plancton et les mammifères marins sont tous concernés par le réchauffement et la désoxygénation des océans.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Conséquence directe des dérèglements climatiques, les océans de la planète se réchauffent et enregistrent des records de chaleur d’année en année. Cette hausse de température menace et bouleverse des écosystèmes entiers, tout en mettant en sursis des communautés côtières.

Le constat est sans appel : l’année 2021 a été la plus chaude jamais enregistrée dans les océans, selon une récente étude publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences (Nouvelle fenêtre).

Les auteurs affirment que les océans ont absorbé 14 zettajoules de plus en un an, soit l’équivalent de 145 fois la production mondiale d’électricité.

Leurs résultats montrent que la température des océans ne cesse d’augmenter depuis la fin des années 1950 et que des records sont battus pour la troisième année consécutive.

Aucun océan ne semble épargné. L'étude montre que ce sont les océans Atlantique et Austral qui risquent d'être le plus touchés par le réchauffement climatique à long terme.

Concernant le Pacifique Nord, le réchauffement est majeur et touche les profondeurs, selon les scientifiques. En 2021, les températures y ont augmenté d’environ deux degrés Celsius à la surface, et d’environ un degré Celsius à 300 mètres de profondeur par rapport à la période 1981-2010.

Les vagues de l'océan pacifique

L'océan Pacifique Nord a connu un réchauffement anormal en 2021, selon les auteurs de l'étude.

Photo : Radio-Canada / Philippe Moulier

Cette vague de chaleur marine est également associée, selon les auteurs de l’étude, au dôme de chaleur que cette zone du Pacifique, y compris la Colombie-Britannique, a connu l’été dernier.

Le réchauffement des océans en 2021 est une preuve irréfutable que le réchauffement de la planète se poursuit, affirme Lijing Cheng, coauteur de l’étude.

L’océan, essentiel pour ralentir les réchauffements climatiques

Les résultats de cette étude sont loin de surprendre Gabriel Reygondeau, associé de recherche à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), qui s’attend à ce que chaque année établisse désormais un nouveau record.

« Les humains ont intensifié l’effet de serre, à une vitesse qui n’a jamais été vue. Avec l'augmentation des températures de l'atmosphère, on aura une augmentation de celle des océans. »

— Une citation de  Gabriel Reygondeau, associé de recherche, UBC

Le chercheur rappelle que, sans océans, l'augmentation des températures de l'atmosphère serait plus importante.

L’océan a un effet de tampon. Il absorbe de 80 à 90 % des chaleurs excédentaires depuis l'ère industrielle, en les séquestrant dans ses profondeurs, explique-t-il.

Menace sur les pêches et la biodiversité

L’augmentation de ces températures des océans a des conséquences dramatiques, en premier lieu, sur les espèces et les écosystèmes qui y vivent.

Plus il va faire chaud, plus les espèces seront en état de stress, donc on augmente leur potentiel de mortalité, explique Gabriel Reygondeau.

Un océan plus chaud peut également avoir un impact sur la taille des poissons et des autres espèces, selon le chercheur.

Des coraux autour de Kiritimati.

De nombreux coraux autour de Kiritimati, une île de l'océan Pacifique, ont blanchi et sont morts (à droite) lors d'une longue vague de chaleur, mais d'autres ont survécu (à gauche).

Photo : Université de Washington/Danielle Claar et Kevin Bruce

Autre conséquence : le réchauffement des océans force des espèces à migrer vers les pôles, là où les températures leur sont plus adéquates.

Le professeur à l'UBC note par exemple que la Colombie-Britannique voit déjà dans ses eaux des espèces qu’elle n’avait pas l’habitude de voir auparavant.

On a eu des requins qu’on ne voyait qu’en Californie du Sud. On commence à voir des espèces comme le poisson lune, qui normalement vient des zones plus tropicales, aux abords de l'Île de Vancouver.

Ces migrations risquent de poser d'énormes enjeux et défis, notamment pour les communautés côtières et l’industrie des pêches, selon Gabriel Reygondeau.

Toutes les espèces auront-elles la capacité de migrer? Avec de nouvelles espèces dans leurs eaux, comment les pays vont-ils s'entendre pour repenser les façons de pêcher, se questionne le professeur à l'Université de la Colombie-Britannique.

« Ce sont les pays pauvres, qui vivent dans les tropiques et qui dépendent le plus de la pêche, qui vont perdre le plus. C’est une conséquence cynique du réchauffement climatique. »

— Une citation de  Gabriel Reygondeau, associé de recherche, UBC

Des solutions pour renverser la tendance?

Les auteurs de l’étude publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences exhortent les gouvernements à davantage intégrer les données des océans dans leurs évaluations et plans de lutte contre les réchauffements climatiques.

Une meilleure prise de conscience et une meilleure compréhension des océans sont à la base des actions de lutte contre le changement climatique, explique Michael Mann, l'un des co-auteurs.

Gabriel Reygondeau, estime que la prise de conscience commence à se faire au Canada.

Les gouvernements commencent à voir les conséquences avec de nouvelles espèces, [puis aussi avec] des conflits de pêche. D’autres pays sont plus avancés, explique-t-il.

Le professeur à l'UBC appelle quant à lui à respecter les Accords de Paris pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Tout le monde doit se mettre d’accord et en même temps. Le réchauffement, c’est maintenant. On y est. L’horloge a fini de tiquer.

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