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Stablecoins : nouvelle révolution ou prochaine crise financière?

Un homme passe devant un bureau de change en Turquie.

Devant un bureau de change en Turquie où l'intérêt pour les devises virtuelles explose alors que la livre turque se dévalue.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

En 2021, la valeur du Bitcoin est passée du simple au double. Une volatilité qui le rend toujours risqué. Un autre type de jetons virtuels règle ce problème et séduit de plus en plus : les cryptomonnaies stables. Mais certains experts et gouvernements veulent les réglementer pour éviter une crise financière.

Tether, USD Coin, Binance USD... Des noms qui ne vous disent peut-être rien, mais ces dernières 24 heures, près de 90 milliards $ ont été échangés dans ces devises virtuelles stables.

Les plus connues sont, théoriquement, indexées à une monnaie fiduciaire. Par exemple : un USDT (Tether) vaut un dollar américain. Un EURS (Stasis Euro) équivaut à un euro.

Ces monnaies protègent leurs usagers contre la volatilité du marché, observée avec des jetons comme le Bitcoin.

Les stablecoins servent à acheter et vendre des cryptomonnaies ou à épargner à des taux alléchants sur des plateformes virtuelles.

L’Albertain Kelly Sullivan a investi pour la première fois dans cet univers il y a trois ans. Je les utilise tous les jours. Les stablecoins représentent la moitié de mon portefeuille, avoue-t-il.

209 milliards $

Le volume des trois plus célèbres (USDT, USDC et BUSD) a été multiplié par cinq en 2021. La capitalisation totale de toutes les cryptomonnaies stables actuellement en circulation atteint 209 milliards $, soit plus que le PIB de l'Ukraine ou de la Hongrie.

Elles sont devenues si populaires que Facebook compte créer la sienne, Diem (anciennement Libra), dont le lancement n'est pas encore certain. Visa et Mastercard ont annoncé la mise en place de partenariats permettant d'utiliser leurs cartes pour faire des achats avec des stablecoins.

Les cryptomonnaies stables ont tous les avantages, estime Sean Stein Smith, professeur associé à la City University de New York. 

Elles sont traçables et offrent des transactions plus rapides, plus faciles, moins chères qu’avec les banques. Elles sont beaucoup plus adaptées à une utilisation dans notre quotidien, pour acheter une pizza ou un café.

Un homme regarde les cours du Bitcoin devant un bureau de change.

Les cryptomonnaies stables sont très utilisées pour acheter ou vendre d'autres actifs numériques comme le Bitcoin.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

Ces cryptomonnaies font partie des grands enjeux de 2022, selon Laëtitia Bonaventure, analyste indépendante. Le stablecoin pourrait attirer plus de monde et notamment les plus sceptiques [...] ceux qui ne veulent pas supporter des risques parfois assez élevés, juge-t-elle.

Mais, selon des experts, un danger existe pour les utilisateurs et le système financier traditionnel. Certaines cryptomonnaies sont basées dans des paradis fiscaux opaques. Il est difficile de connaître leur véritable état de santé.

La crypto qui fait peur

Tether (USDT), qui représente à lui seul près de la moitié du marché, inquiète. Basée entre les Îles Vierges britanniques et Hong Kong, l’entreprise derrière le projet n’aurait pas autant d’argent qu’elle prétend.

En février 2021, à la suite d’une enquête, la procureure de l'État de New York a déclaré que contrairement aux affirmations de Tether, assurant que leur monnaie virtuelle était entièrement adossée à des fonds en dollars, il y a eu des moments où ce n’était pas le cas.

Cette phrase insinue que la valeur de la cryptomonnaie pourrait potentiellement s’écrouler. Tether a nié les accusations de la procureur et, depuis, publie tous les trimestres un rapport détaillant les fonds de l’entreprise. Mais le doute persiste.

Letitia James pendant un discours.

À la suite d'une enquête lancée par la procureure générale de New York, Letitia James, le public a découvert que Tether n'est pas couvert à 100 % par des dollars américains.

Photo : Associated Press / Seth Wenig

Plusieurs figures du milieu des cryptomonnaies lèvent le drapeau rouge. Le français Owen Simonin, de la chaîne YouTube Hasheur, a avoué à ses 475 000 abonnés le 4 novembre : J’ai plus confiance en USDC [qu'en USDT/Tether].

Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins, appelle à la prudence. On pourrait avoir un effondrement de certains stablecoins, si leurs réserves se sont effondrées. Si elles sont fortement utilisées, ça peut avoir des impacts sur d’autres secteurs financiers.

Éviter une nouvelle crise financière

Pour évoluer, le milieu devra faire preuve de transparence. Il faut que ça puisse être vérifié par de tierces parties avec une certaine régulation, ajoute Hendrix Vachon.

Charles St-Arnaud, économiste en chef à Alberta Central, estime que le futur des cryptomonnaies est probablement du côté des jetons stables, mais pas sans encadrement gouvernemental.

C’est comme ce qu’on demande aux banques, qui doivent détenir un certain montant de billets de banque pour qu’on puisse avoir notre argent si on veut le retirer. C’est la même réglementation qu’on veut pour les stablecoins afin d'éviter une crise.

Selon Gary B. Gorton, professeur de finance à l’Université Yale, sans régulation, les cryptomonnaies stables pourraient entraîner un chaos.

Des dizaines de gouvernements étudient la question, notamment au Canada. Les régulateurs sont entre le marteau et l'enclume, mais ils reconnaissent qu'ils doivent faire quelque chose, reconnaît Gary B. Gorton.

Laisser les stablecoins seuls comporte des dangers, mais trop intervenir pourrait étouffer l'innovation. En attendant, des milliards de dollars continuent de s'échanger chaque jour.

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