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Les Maliens manifestent massivement contre les sanctions ouest-africaines

Des manifestants maliens marchent   dans une rue de Bamako en brandissant des pancartes.

Les manifestants ont largement répondu à l'appel du gouvernement de transition à Bamako.

Photo : Reuters / PAUL LORGERIE

Agence France-Presse

Les Maliens ont répondu massivement vendredi, à Bamako et à travers le pays, à l'appel de la junte à manifester contre les sanctions ouest-africaines et à s'opposer aux pressions internationales qui ne faiblissent pas, ont constaté les correspondants de l'AFP.

Aujourd'hui, le monde entier voit où se trouve la légitimité populaire, a déclamé le premier ministre de transition Choguel Kokalla Maïga devant des milliers de Maliens parés aux couleurs nationales vert, jaune et rouge, et massés dans la capitale sur la place de l'Indépendance.

Toute l'Afrique regarde le Mali aujourd'hui, dans une certaine mesure le destin de l'Afrique se joue au Mali aujourd'hui, a déclamé dans une harangue aux forts accents de patriotisme, de résistance et de panafricanisme ce vétéran de la politique intronisé par les militaires à la tête d'un gouvernement dit de transition.

Choguel Kokalla Maïga, qui avait troqué pour la circonstance son habituel boubou pour l'uniforme, a évoqué l'histoire de résistance au colonisateur français pour dire que ce sont les enfants, fils et arrière-petits-fils de ces hommes-là qui sont à la tête de l'État aujourd'hui.

« Dieu et le peuple sont avec le gouvernement de transition [...] Tous ceux qui vont se mettre contre cette transition, Dieu ne les aidera pas, Dieu va leur barrer la route. »

— Une citation de  Choguel Kokalla Maïga, premier ministre de transition au Mali

Au cours d'un après-midi orchestré par la junte et ses soutiens, les participants – officiels et anonymes – ont entendu différents orateurs éreinter l'organisation des États ouest-africains Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, exalter la souveraineté malienne, faire ovationner l'armée ou réclamer le désengagement de la France.

Le nom du président Vladimir Poutine a été scandé pour exprimer le vœu, nourri par une partie de la population, d'une intervention russe.

Le chef du gouvernement a remercié la Russie et la Chine de s'être opposées mardi à l'adoption au Conseil de sécurité d'un texte soutenant les sanctions de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest contre le Mali.

La faute à la France

Vive Assimi (Goïta), vive Choguel (Maïga), s'enthousiasmait Abdoulaye Yanoga, chômeur de 27 ans, en parlant dans le vacarme ambiant des chefs de la junte et du gouvernement. Nous les soutenons et nous avons compris que c'est la France qui est derrière [les organisations ouest-africaines] Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest et Union économique et monétaire ouest-africaine, mais ces sanctions ne passeront pas ici.

Ceux qui doutaient que la transition [les autorités] soit soutenue par le peuple malien ont leur réponse, se réjouissait Nouhoum Sarr, membre de ce qui fait office d'organe législatif.

Grosse affluence aussi à Tombouctou, sur la place Sankoré, devant la mosquée, ont indiqué plusieurs Tombouctiens à l'AFP.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une foule dense marchant et chantant derrière le drapeau national dans les rues de Kadiolo, frontalière de la Côte d'Ivoire. Scène analogue à Bougouni, également dans le sud.

Le colonel Goïta lance un appel à la mobilisation

Le gouvernement malien a lancé lundi, au lendemain des mesures de rétorsion extrêmes selon lui prises par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, un appel à une mobilisation générale sur toute l'étendue du territoire national.

Le colonel Assimi Goïta, porté à la tête du Mali par un premier coup d'État en août 2020 et intronisé président de la transition à la suite d'un second en mai 2021, a exhorté les Maliens à défendre [leur] patrie.

Le Mali, déjà plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012, fait face depuis dimanche à de lourdes sanctions de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.

Le colonel Goïta est assis à une table.

Le colonel Assimi Goïta s'est fait investir en mai dernier en tant que président de transition du Mali.

Photo : Reuters / Francis Kokoroko

Celles-ci punissent le projet des militaires de continuer à gouverner pendant plusieurs années, et l'engagement révoqué d'organiser en février 2022 des élections qui auraient ramené les civils à la tête du pays.

La fermeture des frontières de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, l'embargo sur les échanges commerciaux (sauf les produits de première nécessité) et sur les transactions financières ainsi que le gel des avoirs maliens dans les banques ouest-africaines menacent dangereusement l'économie d'un pays parmi les plus pauvres du monde, enclavé et éprouvé par les violences et la pandémie.

Des compagnies ouest-africaines ainsi qu'Air France ont suspendu leurs vols vers Bamako. Le pays risque l'asphyxie faute de liquidités. Le Mali n'a pas pu réaliser une opération sur le marché financier régional mercredi. Il est coupé du reste du monde, dit Kako Nubukpo, commissaire pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Concert de réprobations

Les sanctions ont suscité un concert de réprobations au Mali. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest est accusée d'être un club dépassé de dirigeants coupés des populations et l'instrument de l'étranger, dont la France, l'ancienne puissance coloniale engagée militairement au Sahel.

Les Maliens se sont ralliés en nombre vendredi derrière le slogan de défense des intérêts nationaux, sans vouloir brûler tous les ponts avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouestou la communauté internationale, ou même soutenir inconditionnellement la junte.

Je suis venu soutenir mon pays face au danger qui nous guette, déclarait dans la foule à Bamako Alassane Kanouté, professeur, mais soyons raisonnables : une guerre contre le monde est perdue d'avance.

Un plan de riposte

Le colonel Goïta, a validé vendredi un plan de riposte gouvernemental aux sanctions ouest-africaines, ont indiqué ses services sur Facebook. Le plan a plusieurs composantes, diplomatiques ou économiques, disent-ils sans plus de précisions.

L'objectif de ce plan n'est pas d'être dans une posture de bras de fer avec les organisations ouest-africaines, et le Mali reste ouvert au dialogue, disent-ils.

Le chef de l'ONU Antonio Guterres a réclamé jeudi du gouvernement malien un calendrier électoral acceptable, rappelant que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouestpourrait alors lever graduellement les sanctions.

Des partenaires du Mali aussi importants que la France et les États-Unis ont apporté leur soutien aux sanctions ouest-africaines. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a indiqué jeudi que l'Union européenne allait prendre des dispositions dans la même ligne que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.

La France et les Européens, engagés militairement contre les djihadistes, veulent rester au Mali, mais ne le feront pas à n'importe quel prix, a dit le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

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