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La crise dans les CHSLD était imprévisible avant mars 2020, dit Marguerite Blais

Marguerite Blais en point de presse.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais (archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Marguerite Blais affirme avoir été informée seulement le 9 mars 2020 que les personnes âgées étaient particulièrement vulnérables à la COVID-19. La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants a témoigné vendredi devant la coroner Géhane Kamel dans le cadre de l'enquête sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD.

La ministre Blais a soutenu qu'elle croyait que la crise toucherait surtout les hôpitaux parce que c’est là que pointaient les indicateurs à l’échelle nationale et internationale.

Au début de 2020, l'espace-temps, rappelez-vous, ça déboule, a lancé la ministre. Il n'y a personne qui croyait que ça allait toucher les milieux de vie, on croyait que ça allait toucher les hôpitaux.

De janvier à mars 2020, elle a indiqué que les risques étaient considérés comme étant faibles pour les Canadiens, selon l’Agence de santé publique du Canada et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Lorsque la lettre du 28 janvier est transmise aux directions des Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux et des Centre intégré de santé et de services sociaux, Marguerite Blais affirme néanmoins que c’est clair que ça touche tous les établissements, même si les Centre d'hébergement et de soins de longue durée ne sont pas précisément ciblés. Le virus qu’elle qualifie de caméléon était méconnu.

Le 28 janvier, on ne sait pas que ça va toucher les personnes âgées [...]. On l'apprend par l'Organisation mondiale de la santé le 9 mars.

La coroner a réagi avec étonnement : Des témoignages sont venus dire totalement l'inverse de ce que vous dites ce matin, souligne-t-elle. Trois témoins, dont l'ex-ministre de la Santé Danielle McCann, ont déclaré qu'ils connaissaient les risques concernant les personnes âgées dès le mois de janvier.

Les Centre d'hébergement et de soins de longue durée savent comment gérer des éclosions

Si les établissements de soins de longue durée sont restés si longtemps sous le radar, c’est qu’ils avaient l’habitude de faire face aux éclosions et de les contenir, estime la ministre. Ça fait partie de leur routine presque quotidienne.

« Madame la coroner, les Centre d'hébergement et de soins de longue durée sont reconnus pour gérer des éclosions. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des éclosions dans les Centre d'hébergement et de soins de longue durée et ce ne sera pas la dernière. »

— Une citation de  Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

Marguerite Blais a été impliquée tardivement dans les discussions. Elle a été talonnée à différents moments de son témoignage pour savoir quel rôle elle a joué avant le 9 mars.

Vous, avant le 9 mars, a questionné Géhane Kamel, vous n'êtes pas impliquée de façon concrète? Ce à quoi Marguerite Blais a finalement acquiescé. Vous avez raison, a-t-elle concédé, ajoutant qu’elle ne s’occupait pas des questions qui préoccupaient le gouvernement à ce moment-là : les hôpitaux, la sécurité civile et les laboratoires, par exemple. Ce [n’était] pas mon rôle. À maintes reprises, elle a insisté pour se remettre dans le contexte de l’époque.

Cela témoigne, selon la coroner, d’un manque de préparation dans les Centre d'hébergement et de soins de longue durée.

« [Les Centre d'hébergement et de soins de longue durée], ça a été les grands oubliés du système. Je suis revenue en politique pour changer ça et je n'ai pas eu le temps, c'est ça, la réalité. »

— Une citation de  Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Retour sur l’entrevue à Enquête

En septembre 2020, Marguerite Blais avait indiqué qu’elle n'était pas dans des conditions favorables pour accorder une entrevue à l'émission Enquête sur sa responsabilité dans le fiasco des CHSLD. Elle avait alors déclaré à la journaliste Madeleine Roy que sa voix n’avait pas été entendue. Aujourd'hui, j'ai le recul nécessaire. Je ne regarde pas seulement l'arbre mais la forêt.

« J'étais dans des émotions extrêmes [...]. Cette entrevue-là ne reflète pas l'objectivité que j'ai aujourd'hui. »

— Une citation de  Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

En deuil

À 71 ans, Marguerite Blais tenait à prendre ses responsabilités en livrant sa version des faits dans le cadre de cette enquête, malgré son congé de maladie actuel. J'ai été aux premières loges, d'une certaine façon, de ce qui s'est passé. Je fais partie de votre enquête. Elle a obtenu une autorisation spéciale de son médecin.

Son témoignage devait initialement avoir lieu en novembre, mais il a été reporté en raison de son épuisement professionnel. J'étais trop émotive, a-t-elle confié. Voir des aînés mourir, on ne peut pas être indifférent à ça.

Elle a indiqué que l’enquête était fondamentale pour l'amélioration des soins. Elle a d’ailleurs commencé son témoignage en offrant ses condoléances aux familles éprouvées. Ces gens sont en deuil. Je le suis aussi, a-t-elle confié.

Géhane Kamel a conclu l’audience en remerciant la ministre. J’ai insisté un peu pour vous voir, a-t-elle reconnu. La coroner jugeait inconcevable de mener cette enquête sans le pilier que représente la ministre responsable des Aînés et des Aidants naturels. Ça aurait été une histoire inachevée, a-t-elle dit.

Émotive, Marguerite Blais a répondu à quel point la cause des aînés lui tenait à cœur. Ils sont à la base de son implication politique. C’est pour eux qu’elle est revenue en politique, a-t-elle réitéré.

C'est insultant

Les partis d'opposition ont vivement critiqué la ministre Blais après avoir entendu son témoignage.

C’est comme si elle avait dit : "Le feu était pris dans la maison, moi, je savais qu’il y avait des extincteurs, même si les flammes étaient à l’extérieur, je n’avais pas besoin de caller les pompiers." C’est insultant. Peut-être qu’elle le fait candidement dans ses réponses. On n'a pas été chanceux d’avoir eu Marguerite Blais comme ministre des Aînés durant cette pandémie-là, s'est insurgée Lorraine Richard, porte-parole du Parti québécois pour les aînés.

Pour la libérale Monique Sauvé, porte-parole de l'opposition officielle pour les aînés et les proches aidants, la ministre Blais a failli à sa tâche. Elle est ministre responsable des Aînés, elle est responsable des CHSLD et des proches aidants et, à mon avis, avec les réponses de ce matin, elle a failli à ses trois tâches.

Elle ne savait même pas, à ce moment-là, alors que les autres savaient, que les aînés dont elle est supposée être responsable étaient particulièrement vulnérables, s'est étonné le porte-parole de Québec solidaire pour les aînés, Sol Zanetti.

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