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Dispute sur la légitimité d’une élection au sein du Parti conservateur uni

Cette dispute menace la confiance des Albertains dans le processus démocratique, selon une experte.

Leela Aheer et Jason Kenney se serrent la main en souriant.

Le conseil d'administration local de la députée Leela Aheer (à gauche) a été défait lors d'une élection, le 8 janvier 2022.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Les instances locales et provinciales du Parti conservateur uni (PCU) se disputent présentement pour savoir qui a été légitimement élu au conseil d’administration du parti dans la circonscription de Chestermere-Strathmore, celle de la députée Leela Aheer. Les responsables locaux affirment que le vote du 8 janvier a été entaché d’irrégularités et manipulé, ce que nient les responsables provinciaux.

Cette bataille remet de l’avant des questions sur la sécurité et la légitimité des élections internes du Parti conservateur uni, alors que le vote de confiance des membres du parti envers le chef Jason Kenney doit avoir lieu en avril.

CBC/Radio-Canada a obtenu de plusieurs sources une copie de la lettre que John Kittler, le président de l’association de circonscription du Parti conservateur unidans Chestermere-Strathmore, a envoyée à la présidente provinciale du parti, Cynthia Moore, le 9 janvier, au lendemain de l’élection du nouveau conseil d’administration local lors d’une assemblée générale annuelle.

Il y affirme que son conseil d’administration a réclamé au parti, à la fin du mois de décembre, la liste des membres admissibles pour voter lors de l’assemblée générale annuelle de l’association de circonscription, conformément aux règlements du parti.

John Kittler affirme que la liste fournie par le parti quelques jours plus tard comprenait les noms de plus de 50 personnes non admissibles, qui ont néanmoins voté. John Kittler affirme qu’il n’avait pas accès à la base de données des membres du parti pour faire des vérifications.

Notre conseil d’administration a déterminé qu’un nombre suffisant de votes non admissibles ont été enregistrés pour invalider les résultats de l’assemblée générale annuelle, écrit-il.

Il ajoute que son conseil d’administration actuel continuera de gérer les affaires locales du parti dans Chestermere-Strathmore, le temps d’organiser une assemblée générale spéciale.

Soyez assurés que cette assemblée générale spéciale se déroulera équitablement et en tout respect de nos règlements. Nous n’allons pas permettre la manipulation des résultats de cette rencontre par des personnes non admissibles comme elles ont tenté de le faire lors de notre assemblée générale annuelle du 8 janvier, conclut John Kittler.

Celui-ci n’a pas souhaité donner d’entrevue à ce sujet.

Le 12 janvier, le directeur provincial du parti, Dustin Van Vugt, a répondu par écrit à John Kittler que les résultats du vote sont valides. Il affirme qu’il a enquêté personnellement sur l’affaire et assure que les personnes qui ont voté étaient toutes admissibles. Il termine sa lettre sur un message d’avertissement.

Afin d’être clair, vous n’êtes pas le président et devez cesser de vous présenter comme tel. L’ancien conseil d’administration, en date du 7 janvier, n’a pas l’autorité de gérer les affaires du conseil d’administration, écrit Dustin Van Vugt, qui ajoute qu’il doit envoyer les fonds restants au conseil provincial du parti.

La confiance au processus démocratique ébranlée

Ce n’est pas la première fois que la sécurité d’un vote du Parti conservateur uni est remise en question. La Gendarmerie royale du Canada mène depuis trois ans une enquête criminelle sur du vol d’identité lors du vote de la course à la direction du parti, en 2017. Radio-Canada a démontré que de faux courriels ont alors été utilisés pour subtiliser le code d’accès de dizaines de membres du parti, à leur insu.

Inquiète que le vote de confiance envers Jason Kenney, prévu le 9 avril, soit teinté des mêmes irrégularités, un quart des associations de circonscription du Parti conservateur uni ont réclamé auprès du parti que le vote soit géré par une firme indépendante. Le parti a refusé cette demande.

Plusieurs membres du parti s'inquiètent que le parti ne pose pour l’instant aucun geste pour calmer ces inquiétudes sur la sécurité et la légitimité du vote.

Des membres lèvent des cartons de vote.

La base militante et les partisans de Jason Kenney se livrent bataille sur plusieurs fronts depuis plusieurs mois.

Photo : CBC / Elise Von Scheel

La professeure de sciences politiques de l’Université Mount Royal Lori Williams estime que le parti tente de réduire au silence les personnes qui ont critiqué le premier ministre, comme la députée Leela Aheer et les responsables de son association de circonscription. Leela Aheer a été rétrogradée de son poste de ministre peu de temps après ses critiques à l’égard de Jason Kenney de l’été dernier. Cet automne, elle a carrément appelé à sa démission.

Selon Lori Williams, les manœuvres des partisans de Jason Kenney pour contrôler la base militante ont des répercussions sur tous les Albertains, car elles minent leur confiance dans le processus électoral.

Il y a des membres du parti qui disent que ce n’est qu’une affaire interne et qu’Élections Alberta ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, il y a de réelles questions d’équité démocratique. Ce n’est pas une association de ski qui n’a rien à voir avec le reste des Albertains. Il s'agit de l’avenir du premier ministre, souligne-t-elle.

Elle croit que bien des membres du Parti conservateur uni pourraient voter pour un autre parti ou ne pas voter du tout aux prochaines élections, car ils voient que le processus de vote interne de leur parti est manipulé.

Lori Williams estime que Jason Kenney a démontré à maintes reprises que ses partisans et lui étaient prêts à tout pour obtenir et conserver le pouvoir et que cela démontre une tendance autoritaire.

Avec les informations d'Elise von Scheel

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