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Des résidus forestiers qui nourrissent la forêt

Pour produire de la pâte et du papier, l’industrie forestière coupe beaucoup d’arbres. Et elle génère une énorme quantité de résidus, qui finissent souvent dans des sites d’enfouissement. Mais ces déchets ont des propriétés insoupçonnées et peuvent servir à la fertilisation des arbres.

Plan en plongée d'une forêt de peupliers hybrides.

Au pied des monts Stoke, en Estrie, Domtar a remplacé une forêt peu productive par une plantation de peupliers hybrides.

Photo : FÉLIX BROCHU-MARIER

L’usine de Domtar à Windsor, dans les Cantons de l’Est, produit du papier fin et de la pâte commerciale de bois de feuillus. Elle tire une partie de son approvisionnement en fibre de bois dans les 160 000 hectares de terrains que l’entreprise possède à proximité de l’usine.

Pour obtenir un meilleur rendement en fibre, Domtar a transformé 5 % de son territoire en plantations de peupliers hybrides. Dans de bonnes conditions, l’hybride pousse trois fois plus vite que le peuplier naturel.

Or, les sols acides du sud du Québec se prêtent mal à la culture des peupliers, la populiculture. Et les rendements peuvent être très décevants.

Plan aérien de l'usine et de la forêt.

Domtar s’approvisionne en partie sur les 160 000 hectares de terrains privés qu’elle possède, à proximité de l’usine.

Photo : FÉLIX BROCHU-MARIER

La clé de la réussite : les résidus forestiers

Pour mettre toutes les chances de son côté, Domtar a fertilisé les sites de plantations avec les résidus forestiers générés par l’usine. Une pratique peu courante dans l’industrie forestière.

C'est quelque chose qui n'est pas fait ailleurs au Québec, déclare Félix Brochu-Marier, superviseur aux opérations forestières chez Domtar, et très peu au Canada et en Amérique du Nord.

Félix debout avec son drone.

Félix Brochu-Marier est le superviseur aux opérations forestières chez Domtar.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Résultat : même dans les sites très peu fertiles, les peupliers hybrides poussent environ cinq fois plus vite que ceux qui n’ont pas bénéficié de ce traitement.

« Même site, même année de plantation, 2011. Même clone exactement. On a un arbre ici qui pousse environ cinq fois plus vite que l'autre côté. Après 10 ans de croissance, obtenir des arbres avec des diamètres comme ça, c'est très intéressant. »

— Une citation de  Éric Lapointe, surintendant terrains privés et opérations forestières, Domtar

La technique

La récolte des arbres laisse derrière des résidus, des branches et de la biomasse forestière.

Ils vont être récupérés, mis en andains, broyés, transportés par des camions à l'usine, explique Éric Lapointe. On va alimenter nos deux usines de cogénération, produire de l'énergie pour avoir un résidu, la cendre, qu'on va tamiser. Et on va ramener ça en forêt.

Éric dans la forêt.

Éric Lapointe est surintendant en terrains privés et opérations forestières chez Domtar.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Le traitement des eaux utilisées pour la fabrication du papier et le procédé chimique de la fabrication de la pâte à papier génèrent aussi des déchets : des biosolides papetiers et des boues de chaux. L’usine de Windsor produit environ 100 000 tonnes de résidus par année, riches en matières organiques.

La moitié retourne maintenant en forêt. D’autres matières résiduelles sont utilisées en agriculture. Au total, c’est environ 95 % des résidus de l’usine qui sont maintenant valorisés. Cette pratique a aussi l’avantage de doubler la durée de vie du site d’enfouissement de Domtar, son quatrième, presque rempli au maximum de sa capacité.

Camion vidant son contenu.

Chaque année, 1400 chargements de résidus sont acheminés dans les plantations.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Les sites consacrés à la populiculture sont fertilisés avec les matières résiduelles (MRF) dans l’année précédant la plantation. Un épandeur spécialement conçu pour Domtar épand l’équivalent de trois à quatre camions-bennes de biosolides papetiers à l’hectare.

On ajoute aussi des cendres et des lies. Toute cette matière organique est mélangée dans les monticules de sols où seront plantés les peupliers hybrides.

Forêt de peupliers.

La plantation de peupliers hybrides a été nourrie à même les résidus générés par l’industrie forestière.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Une importante source d’éléments nutritifs

Selon le chercheur Nicolas Bélanger, cet enrichissement mobilise davantage d’éléments nutritifs dans les sols forestiers. Les biosolides papetiers apportent des nutriments alors que la boue de chaux permet d’alcaliniser le sol.

Les effets sur la croissance des arbres sont convaincants. Après une dizaine d’années de croissance, les arbres fertilisés sont deux fois plus hauts que les peupliers qui ne l'ont pas été et atteignent 15 mètres de hauteur.

Le chercheur fait aussi le suivi de l’azote, du phosphore et des éléments nutritifs enfouis dans le sol.

« Et ce qu'on a observé, c'est qu'il y a tellement une croissance accrue, un prélèvement accru des éléments nutritifs – soit par les arbres ou la végétation de sous-bois –, qu’il n'y a pratiquement pas d'azote et de phosphore qui réussit à migrer à de grandes profondeurs. Donc tout est prélevé pratiquement ou immobilisé dans le sol. »

— Une citation de  Nicolas Bélanger, professeur, Département science et technologie, université TELUQ
Nicolas dans la forêt.

Nicolas Bélanger est professeur au Département science et technologie de l'université TELUQ.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Lors des épandages, on s’assure également de respecter des distances séparatrices de 10 à 20 mètres avec les cours d’eau et les milieux humides, et de 75 mètres dans le cas des zones habitées.

Planteur avec un casque orange

Depuis la fin des années 90, pour obtenir un plus grand rendement en fibre, Domtar a transformé 5 % de son territoire en plantations de peupliers hybrides.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Un projet à exporter?

Ce modèle de sylviculture intensive, sur un faible pourcentage du territoire, sert les intérêts de l’industrie, mais permet de mieux protéger le reste de la forêt.

« Avec un système de plantation comme ça, on va pouvoir doubler, peut-être, la superficie de conservation. Ça nous permet de produire autant de biomasse ligneuse tout en gardant la forêt pour d'autres usages que l'exploitation forestière. »

— Une citation de  Nicolas Bélanger, professeur, Département science et technologie, université TELUQ

La stratégie de production de bois du gouvernement québécois met justement l’accent sur la plantation et la sylviculture intensives. Et des essais de fertilisation avec des matières résiduelles ont déjà été réalisés en forêt boréale, où les sols sont généralement pauvres. Les résultats s’annoncent prometteurs, tant dans les plantations de feuillus, comme le peuplier hybride, que dans les résineux.

Le reportage de France Beaudoin et de Pier Gagné est diffusé à l'émission La semaine verte le samedi à 17  h et le dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 20 h.

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