•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus de 300 sans-abris atteints du coronavirus en quarantaine au Stade de soccer

Des lits de camp alignés dans un gymnase où des panneaux ont été érigés pour former des cloisons.

Le stade de soccer peut accueillir jusqu'à 350 personnes en quarantaine. Le séjour dure environ une semaine.

Photo : Radio-Canada

Pour une deuxième année consécutive, le Stade de soccer de Montréal change temporairement de vocation et devient un centre d'hébergement d'urgence pour des personnes en situation d'itinérance qui sont atteintes du coronavirus.

L'aménagement du stade en dispensaire s'est fait dans l'urgence. Jusqu'à 350 personnes pourront y faire leur quarantaine. Leur arrivée allait bon train, jeudi.

En soirée vendredi, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a appelé la Ville de Montréal pour lui dire que ça déborde, a expliqué Sonia Bélanger, directrice de l'établissement.

Ce qui débordait, c'étaient les hôpitaux, soumis à une pression croissante en raison de la vague de contaminations causée par le variant Omicron. C'était aussi le cas à l'hôtel Chrome et à l'Abri du voyageur, transformés en refuges et dont les places étaient toutes occupées. Un nombre croissant de sans-abris y tombaient malades de la COVID-19, ce qui posait un risque sanitaire de taille.

Les organismes d’aide aux sans-abris de Montréal étaient, eux aussi, débordés; jusqu'à la Mission Old Brewery, qui avait, au sein même de ses installations, une zone rouge. Depuis le début janvier, environ 500 Montréalais en situation d'itinérance ont reçu un diagnostic de COVID-19, selon l'organisme.

Il fallait agir d'autant plus vite, cette semaine, que des épisodes de grand froid s'annonçaient.

Heureusement, l'opération a fonctionné; un soulagement pour James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, l'organisme mandaté pour gérer ce site d'hébergement d'urgence. Le stade nous donne cet oxygène qu'on n'avait pas avant, a-t-il décrit à l'émission Tout un matin, à l'antenne d'ICI Première.

Des personnes en situation d'itinérance se tiennent devant la Mission Old Brewery, un jour d'hiver.

Des personnes en situation d'itinérance se tiennent devant la Mission Old Brewery. Comme d'autres refuges à Montréal, cet organisme abritait des personnes atteintes de la COVID-19 qui ont été transférées au Stade de soccer, transformé en dispensaire.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

En conférence de presse, jeudi, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s'est félicitée du travail d'équipe qui a permis l'aménagement du stade en un tournemain.

Chacun doit jouer son rôle, comme l'a expliqué la mairesse : La Ville trouve des lieux; le réseau de la santé [trouve] du personnel et s'occupe du parcours clinique; le gouvernement du Québec fournit les ressources financières et établit les cibles avec le réseau de la santé au niveau du nombre de places.

Il y a aussi la sécurité civile qui rend le tout opérationnel avec l'aide de la Ville; la Croix-Rouge qui fournit les lits; et, bien sûr, les organismes communautaires, qui connaissent leur monde et qui font un travail incroyable d'accompagnement, a ajouté Valérie Plante.

Lorsque des gens en situation d'itinérance se retrouveront aux urgences, notamment pour se réchauffer, chaque hôpital suivra la même procédure. S'ils sont infectés par la COVID-19, mais qu'ils n'ont pas besoin de soins, ils seront amenés directement au stade, explique Mme Bélanger, du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« C'est une belle collaboration, un beau service 24/7. Moi, j'appelle ça une innovation sociale. »

— Une citation de  Sonia Bélanger, directrice du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

De la chaleur, des repas et des soins

Situé sur l'avenue Papineau, sur le site de l'ancienne carrière Miron, en bordure du Complexe environnemental de Saint-Michel, le Stade de soccer est la propriété de la Ville de Montréal.

Sur les terrains intérieurs, des centaines de lits de camp sont alignés. La section réservée aux femmes, lesquelles représentent environ 15 % de la clientèle, est installée à part. Il y a des douches, une cafétéria... Les personnes hébergées y sont au chaud et reçoivent des repas et des soins, comme l'explique Chantal Rouleau, ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, présente lors de l'inauguration.

De rassembler ainsi ces personnes contaminées pour les isoler de manière adéquate et sécuritaire permet de protéger le restant du monde, dit James Hughes, si bien que seuls les sans-abris épargnés par le coronavirus séjournent désormais à l'hôtel Chrome et à l'Abri du voyageur, où l'on procède à des tests de dépistage rapide pour éviter la création de foyers d'éclosion.

Le séjour au stade dure en moyenne de six à huit jours. Les personnes qui développent des symptômes importants sont transférées aux urgences, précise James Hughes, de la Mission Old Brewery.

Vulnérables au départ, les personnes en situation d'itinérance peuvent être frappées sans merci par le coronavirus. Elles courent 10 fois plus de risques de se retrouver aux soins intensifs et 5 fois plus de risques de mourir, selon M. Hugues.

Le transport du refuge au stade s'effectue par navettes, selon un protocole sanitaire strict. À bord, le chauffeur, l'agent de sécurité et l'intervenant sont tous équipés de masques respiratoires N95. Le retour aux refuges, à la fin du séjour, sera effectué par taxi.

Valérie Plante en gros plan, vêtue d'un manteau et d'un foulard, répond à une question.

La mairesse de Montréal Valérie Plante affirme qu'on ne peut pas forcer une personne en situation d'itinérance à se mettre en quarantaine parce qu'elle souffre de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Et que fera-t-on de ceux, atteints par le coronavirus, qui refuseront d'être cantonnés au Stade de soccer? On ne peut pas forcer les gens, a répondu la mairesse Plante, qui souhaite que les gens se présentant dans les refuges dévoilent leur véritable statut s'ils sont infectés. J'espère que la qualité des installations ici [au stade] va convaincre ceux qui hésiteraient, a-t-elle dit.

« On se fie à la bonne volonté et à la collaboration de tout le monde. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal

Des temps difficiles à Montréal

Bien que l'aménagement du stade de soccer témoigne de ce qui peut être mis en œuvre rapidement pour cette clientèle, la situation demeure critique. La pandémie, le grand froid, la pénurie de main-d'œuvre et de logements abordables font en sorte qu'on vit des temps très difficiles à Montréal, dit James Hughes.

Quelque 1500 personnes sont dans les refuges de la métropole à l'heure actuelle, mais le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal estime que ce nombre est en réalité plus élevé.

Lundi dernier, un refuge a été ajouté au Centre du Plateau, et une cinquantaine de personnes y résident. De ce nombre, une vingtaine avaient vécu jusque là dans des abris de fortune, selon la mairesse Plante.

Cette année, on a ouvert plus de lits pour les mesures hivernales pour les personnes en situation d'itinérance que durant toutes les années antérieures, dit Sonia Bélanger, du CIUSSS.

Ces 1800 places connaissent un taux d'occupation de 92 %. On est encore à l'intérieur de la capacité et on va s'ajuster, dit Mme Bélanger. Et au stade, on peut ajouter des places.

Ailleurs au Québec et au pays, d'autres villes composent avec des sans-abris atteints par le coronavirus : Chicoutimi, Toronto, Thunder Bay et Winnipeg, pour ne nommer que celles-là.

Un cocktail explosif

Il fait froid et on a la COVID; c'est comme un cocktail explosif, a souligné Valérie Plante, qui rappelle que les situations vécues par les personnes itinérantes nécessitent plus que des mesures à court terme.

Il faut sortir les gens de la rue, insiste-t-elle. Il faut qu'il y ait les sommes et les efforts nécessaires de la part du gouvernement. Il faut l'appui du réseau de la santé au niveau du soutien communautaire. Et il faut que les ressources suivent.

En campagne électorale, l'automne dernier, Valérie Plante avait promis de faire passer le financement destiné à cet enjeu de trois à six millions de dollars par année; une promesse jugée insuffisante par des organismes à l'œuvre dans ce secteur.

En octobre dernier, le gouvernement de François Legault a déposé un plan pour contrer l’itinérance, doté d'une enveloppe de 280 millions de dollars. Toutefois, aux yeux de Québec solidaire, deuxième groupe d'opposition à l'Assemblée nationale, ce plan ne suffira pas à résorber la crise.

Avec les informations d'Aimée Lemieux et de Benoît Chapdelaine

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !