•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Climat et catastrophes naturelles : des pistes pour bâtir un Canada résilient

Un rapport relève un déficit d'informations, souvent obsolètes et inutilisables.

Justin Trudeau marchant dans une zone boueuse derrière un muret de sacs de sable.

Le premier ministre Justin Trudeau constate les dommages causés par les eaux des inondations à Abbotsford le vendredi 26 novembre 2021.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Face à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des catastrophes naturelles liées aux changements climatiques, un rapport commandé par le gouvernement fédéral évoque un déficit d'information et explore des pistes pour anticiper, atténuer et prévenir les risques.

Mardi et mercredi, une nouvelle rivière atmosphérique s'est abattue sur la Colombie-Britannique, ce qui a fait planer la menace de nouvelles inondations, deux mois à peine après celles ayant provoqué de considérables dégâts matériels et humains.

Des événements climatiques extrêmes qui, notent les experts du Conseil des académies canadiennes, sont de plus en plus fréquents et intenses à l'échelle nationale.

Selon le rapport, en 2020, les catastrophes climatiques ont causé 2,4 milliards de dollars de dommages.

Pour 2021, ce bilan sera certainement encore plus lourd, puisque l’ouest du pays a subi des vagues de chaleur qui ont entraîné près de 600 décès en Colombie-Britannique, de nombreux feux de forêt et des inondations sans précédent.

Le défi de l'information et de son utilisation

Le rapport mentionne en premier lieu un déficit d'informations, souvent obsolètes et inutilisables, et invite à améliorer la qualité et la disponibilité des données sur le climat et les catastrophes.

Ironiquement, même les représentants du gouvernement utilisent souvent des chiffres des compagnies d'assurance pour démontrer que c'est un enjeu, explique Alain Bourque, directeur général du Comité d’experts sur la résilience aux catastrophes face aux changements climatiques.

Les réseaux officiels de données climatiques du Canada ont subi d’importants changements depuis les années 1990, avec une baisse généralisée du nombre de stations et une hausse des données manquantes en provenance des stations d’observation restantes, peut-on lire dans le rapport.

Ce déficit d'informations affaiblit aussi le processus décisionnel, par ailleurs déjà très diffus, entre de nombreuses entités, alors que les experts plaident pour une meilleure intégration.

« La complexité des risques de catastrophe, que ce soit en ce qui concerne la variété des aléas, l’étendue géographique et l’échelle de compétences concernées […], justifie une réponse complexe. Aucune autorité ne possède à elle seule les connaissances, la capacité et le pouvoir d’agir sur tous les fronts. »

— Une citation de  Extrait du rapport « Bâtir un Canada résilient »

Les municipalités sont de plus en plus nombreuses à dénoncer les échelons de gouvernement supérieurs qui leur transfèrent la responsabilité de la gestion des risques sans que cela soit accompagné d'un transfert de ressources financières.

Pourtant, à travers leurs plans d'occupation des sols et d'urbanisme, elles décident de l’expansion de l’implantation humaine et des activités industrielles.

Par ailleurs, la Colombie-Britannique a entrepris des consultations pour la modernisation de sa loi sur la gestion des urgences, qui devrait être introduite en 2022.

Reconnaître et valoriser les savoirs autochtones

La plupart des gens et même des organisations sont devenus un peu déconnectés de l'importance de la météo et du climat, alors que les communautés rurales, les communautés autochtones, les gens qui vivent dans des régions éloignées, qui sont très affectées par l'évolution de la météo, ont gardé cette connexion-là, qui est parfois très rationnelle, mais aussi parfois très intuitive, à bien comprendre l'évolution des écosystèmes naturels, explique Alain Bourque.

Les experts citent en exemple le recours au savoir autochtone pour décider du meilleur moment pour effectuer du brûlage durant l’année et pour choisir les emplacements optimaux, afin de lutter de manière préventive contre les incendies de forêt.

Un automobiliste arrêté au bord de la route Transcanadienne observe un feu de forêt à flanc de montagne à Lytton, en Colombie-Britannique, le jeudi 1er juillet 2021.

La Colombie-Britannique a fait face à une saison record en matière de feux de forêt.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Ils écrivent aussi que la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature est essentielle pour réduire les risques de catastrophe : Améliorer la gestion des combustibles forestiers, bâtir une infrastructure verte en ville et conserver des écosystèmes qui protègent des effets des aléas sont toutes des solutions qui améliorent la résilience et offrent de nombreux autres avantages pour la santé des humains et des écosystèmes.

Les dégâts matériels : la pointe de l'iceberg

Selon le rapport, la plupart des gouvernements continuent de sous-investir dans la réduction des risques et en paient ensuite le prix en termes de réponse aux catastrophes et de rétablissement.

En 2016 déjà, un rapport indiquait que 71 % des 600 km de digues qui protègent les collectivités du delta du Fraser contre les inondations étaient vulnérables et que, si aucune modification n’est apportée au système actuel, des dommages estimés à environ 24 millions de dollars pour une inondation côtière et à 32 millions de dollars pour une inondation fluviale pourraient survenir.

En novembre dernier, dans ce secteur, les pluies diluviennes ont fait céder une digue à Abbotsford, et les eaux ont envahi la plaine Sumas. Près de 700 personnes ont dû être évacuées, et la réparation en urgence a nécessité l’envoi de personnel militaire.

« On a toujours tendance à dire que c'est le résultat de Dame nature, mais le facteur déterminant des catastrophes naturelles, c'est plutôt le comportement de l'humain. »

— Une citation de  Alain Bourque, directeur général, Comité d’experts sur la résilience aux catastrophes face aux changements climatiques

Au-delà du coût matériel des dommages causés par ces catastrophes, il y a aussi celui, difficilement quantifiable, du coût social et humain.

Des premières études émergent, qui montrent que les impacts humains, même en valeur économique, pourraient être aussi importants, voire même dépasser les impacts économiques physiques directs qu'on a continuellement l'habitude d'utiliser lorsqu'on fait des analyses coûts/avantages, soutient Alain Bourque.

De plus, le rapport souligne que ce coût augmente avec la multiplication des aléas en cascade qui conduisent à l'enchaînement de catastrophes. Par exemple, les feux de forêt provoquent l'érosion des sols, qui favorise à son tour les inondations.

Une route emportée par les eaux.

Le réseau routier de la Colombie-Britannique a été fortement endommagé par les inondations de novembre 2021, comme ici sur la route 5, sur le pont Peers Creek.

Photo : Ministère des Transports et de l'Infrastructure de la C.-B.

On le voit de plus en plus, il y a des gens qui sont frappés par des inondations, parfois même deux ou trois fois au cours des dix dernières années, qui sont mentalement sérieusement affectées et qui ont vu leur vie, qui ont vu leur retraite, totalement hypothéquée à cause de désastres naturels , se désole Alain Bourque.

Vers une révolution des normes?

Il est essentiel de concevoir des codes et des normes permettant aux structures et aux systèmes d’infrastructure de supporter les futurs stress climatiques , indique aussi le rapport.

L'un des grands défis de la communauté du génie est de produire une nouvelle génération de codes normatifs, de codes de construction de bâtiments qui anticipent les conditions climatiques qui vont prévaloir, indique Alain Bourque.

Par ailleurs, pour soutenir le renouvellement du Programme de normes pour des infrastructures résilientes, le budget fédéral 2021 prévoit un investissement de 11,7 millions sur cinq ans.

Enfin, Alain Bourque évoque une réforme de la gestion du risque, indiquant que les polices d’assurance habitation peuvent sensibiliser leurs clients aux risques de catastrophe, récompenser les activités d’atténuation des risques, voire les exiger, et affirme que les partenariats public-privé constituent un moyen d’accroître la couverture d’assurance lorsque les risques sont élevés.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !