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Des opérations de cancer annulées à cause du délestage, « ça commence » au Québec

Des interventions urgentes sont déjà reportées, comme celle d'Anne-Marie, qui souffre d'un cancer de stade 4.

Une femme, un foulard sur la tête, regarde par la fenêtre, couchée dans un lit.

3845 Québécois attendent une opération pour un cancer.

Photo : iStock / Ridofranz

Des Québécois malades du cancer jugés prioritaires ont la désagréable surprise d'apprendre ces jours-ci que leur intervention pour retirer une tumeur est annulée, à cause du délestage. L'association qui représente les médecins oncologues du Québec confirme que des reports ont débuté et que la mortalité par cancer risque d'augmenter.

Tout commence par un courriel de Dominique, le conjoint d'Anne-Marie Simard :

Ma blonde, 41 ans et mère d’une fillette de 11 ans, a un cancer de stade 4 qui a super bien répondu à la chimiothérapie. Suite à huit mois de traitements, elle est maintenant opérable. Cela veut dire que son espérance de vie passe de mois à années. Peut-être suffisamment pour voir sa fille devenir majeure. Mais le délestage a maintenant annulé sa chirurgie.

La mauvaise nouvelle est arrivée lundi. L'hôpital a informé Anne-Marie que son opération du 18 janvier, pour retirer la masse cancéreuse dans son côlon, était annulée à cause du délestage, qui permet de libérer des lits et du personnel afin de faire face à la cinquième vague de COVID.

Aucune nouvelle date ne lui a été donnée et elle n'a pas parlé à un médecin depuis.

« On a un grand sentiment d'injustice, d'iniquité. Pourquoi on priorise les patients COVID par rapport à d'autres traitements qui sont tout autant nécessaires? »

— Une citation de  Dominique, conjoint d'Anne-Marie Simard, en entrevue avec Radio-Canada

Anne-Marie Simard pensait êtreprioritaire. Aujourd'hui, elle se trouve dans le néant. C'est stressant, confie-t-elle. Est-ce que ça va être dans un mois? Dans six mois?

Tout était planifié et calculé, explique-t-elle, le timing est très important. Elle a terminé son traitement de chimiothérapie mi-décembre. Entre Noël et le jour de l'An, elle a fait de la radiothérapie pour éliminer des métastases dans ses poumons.

Je n'ai plus l'effet de la chimio sur mon corps, donc plus les semaines avancent, plus ça peut se propager à nouveau dans mon corps, dit-elle, inquiète. En étirant ça, si les métastases commencent à se propager à nouveau, peut-être que je ne serai plus opérable.

« Peut-être que je vais y passer à cause de ça [...] C'est frustrant de voir que la moitié des gens hospitalisés sont des non-vaccinés. C'est frustrant que nous autres, on paie pour ça. »

— Une citation de  Anne-Marie Simard, 41 ans, atteinte d'un cancer colorectal

Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), où doit être opérée Anne-Marie, n'a pas voulu commenter un cas particulier. En ce moment, les activités chirurgicales du Centre universitaire de santé McGill se poursuivent à environ 50 % dans la plupart des secteurs sur les sites adultes, dit la chef du service des communications, Gilda Salomone.

Un comité de priorisation est en place pour s'assurer de bien analyser la situation de chaque patient en attente, explique la porte-parole. « Ce système nous permet d’identifier les patients ayant besoin de chirurgies urgentes, incluant les chirurgies cardiaques et oncologiques, et toutes celles qui peuvent être réalisées le sont.

Une source médicale au Centre universitaire de santé McGill confirme que des opérations pour des cancers sont bel et bien annulées et que les équipes s'efforcent de traiter les cas les uns après les autres, en partant des plus graves.

Très préoccupant, disent les oncologues

Il commence à y avoir des reports qui sont variables d'une institution à l'autre, confirme le président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, Martin Champagne.

Cette situation va devenir présente dans les prochaines semaines. C'est très préoccupant, ajoute-t-il.

Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec

Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec

Photo : Radio-Canada

Martin Champagne explique que les difficultés croissantes sont de deux ordres pour les opérations de cancers. D'abord, la nécessité d'offrir un milieu sécuritaire pour les personnes immunosupprimées dans des hôpitaux aux prises avec des éclosions peut retarder l'accès de ces patients. Ensuite, il y a le défi de l'accessibilité aux plateaux techniques et aux lits dans le contexte actuel.

En date du 1er janvier 2022, un total de 3845 patients attendaient une chirurgie pour un cancer, selon les données du ministère de la Santé du Québec.

« Les retards allant en s'accentuant, il y a un prix à payer. On s'attend à ce qu'il y ait une augmentation de la mortalité par cancer pendant plusieurs années. »

— Une citation de  Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec

Avant même que la cinquième vague de COVID-19 ne déferle, l'Association médicale canadienne (AMC) constatait que le dépistage du cancer a chuté de 25 à 35 % avec la pandémie.

Les patients dont les symptômes finiront par se manifester seront beaucoup plus malades et il faudra plus de ressources pour les traiter. Et l’issue, pour eux, risque d’être plus grave que s’ils avaient été soignés plus tôt, expliquait l'AMC.

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